Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, N°28, juin-décembre 1999
GENDARMES FRANÇAIS EN CILICIE (1918-1922)
Yves LE LANNOU
Le 7 mars 1918, une décision ministérielle crée la prévôté du Détachement Français de Palestine-Syrie: dix gendarmes à cheval et cinq gendarmes à pied "munis de bicyclettes". L'unité s'embarque à Marseille le 16 avril et arrive à Port-Saïd, en Egypte, le 25. Le 8 mai, les quinze hommes parviennent au camp de Ramlah, en Palestine, à l'Etat-Major du DFPS. A partir de cette date, l'histoire de la prévôté suit celle du détachement français et des troupes britanniques qui luttent contre l'armée ottomane en retraite vers le nord.
L'Empire ottoman abandonne le combat le 30 octobre 1918 par l'armistice de Moudros. Les troupes alliées du Moyen-Orient doivent occuper de très vastes territoires. L'armée britannique domine: en Palestine, au Liban, en Syrie, il y a 70 000 soldats de Sa Majesté, dont beaucoup d'Indiens. A côté d'eux, seulement 7 000 Français: un bataillon d'infanterie territoriale, des tirailleurs algériens, la Légion d'Orient formée de volontaires surtout arméniens et ... les quinze gendarmes de la prévôté. Les Britanniques s'emparent donc de toutes les provinces qu'il était prévu d'enlever à l'Empire ottoman. En Cilicie, province située au sud de l'Anatolie, promise à Paris par les accords entre les Alliés, la France est représentée par une partie de la Légion d'Orient rebaptisée Légion arménienne.
Après de nombreuses objurgations françaises, l'armée britannique évacue enfin les provinces destinées à la France en octobre et novembre 1919. Mouvement très rapide, peut-être pour démontrer l'incapacité de Paris à prendre la relève: les contingents français sont si peu nombreux. En Cilicie, trois bataillons d'infanterie et quelques escadrons de chasseurs d'Afrique. Et pourtant, au cours du mois de novembre 1919, les soldats français réalisent l'impossible et parviennent à établir des postes, squelettiques il est vrai, partout. Telle ville reçoit une section, qui était auparavant tenue par plusieurs bataillons indiens. Mais l'Etat-Major dépêche de nouvelles forces. Finalement, les forces françaises de Cilicie se composent de cinq régiments d'infanterie: un métropolitain, le 412e, un sénégalais et trois algériens. On trouve également des unités indochinoises, malgaches, des spahis ...


















