Blut und Boden

L'idéologie Blut und Boden [ˈbluːt ʊnt ˈboːdn̩] (« le sang et le sol », en abrégé : BluBo) considère l'ascendance (Blut, le sang) et le sol (en tant que source de nourriture par l'agriculture et en tant qu'habitat naturel), comme étant liés et indissociables[1]. Elle s'est construite à partir des théories racistes et pangermanistes développées à la fin du XIXe siècle en Allemagne, et a constitué un élément central de l'idéologie nationale-socialiste.
Cette idéologie peut être considérée comme une des sources des crimes de guerre nazis, en affirmant que l'origine raciale est à la base de la nation allemande, et en justifiant son maintien et son expansion par la destruction d'autres peuples et l'appropriation de leurs territoires.
La traduction immédiate de cette idéologie dès les premiers lendemains de l'opération Barbarossa fut effectuée par la planification stratégique désignée sous le terme de Generalplan Ost.
Origine
[modifier | modifier le code]L'expression Blut und Boden apparaît dès 1922 dans Le Déclin de l'Occident d'Oswald Spengler, où il évoque un « combat du sang et du sol contre une forme d'hybride interne entre l'homme et l'animal ». L'image fut ensuite reprise par August Winnig, dans un texte de 1926 intitulé Libération et dans le livre Das Reich als Republik (1928), à chaque fois au début de la même phrase : « Le sang et le sol sont le destin du peuple allemand »[2].
À la fin des années 1920, Blut und Boden était le nom d'un périodique affilié aux Artamans, rédigé par August Georg Kenstler (de).[réf. souhaitée]
Ce n'est qu'à partir de 1930 que l'expression devient un concept central de l'idéologie nazie, avec le livre La Race - Nouvelle noblesse du sang et du sol de Walther Darré, alors membre des Artamans, dans lequel il essaye de démontrer qu'il existe une relation spécifique entre les politiques raciales, économiques et agricoles[2].
Le syntagme Blut und Boden fut un slogan très répandu par la propagande nazie, il avait comme fonction d'enrayer l'exode rural vers les villes[3] et de faire en sorte que l'Allemagne atteigne l'autosuffisance alimentaire[3].
Utilisation
[modifier | modifier le code]En , Walther Darré affirme dans la revue Politique agricole allemande : « Nous voulons que le sang et le sol constituent à nouveau le fondement de la politique agricole allemande ». Lui-même impliqué dans l'élaboration des politiques agricoles du Troisième Reich puisque ministre de l'Agriculture, Walther Darré considère que "le sang du peuple germanique jaillit de ses fermes"[4]et que "les paysans sont la source de vie de la race nordique"[4]. L'idéologie Blut und Boden est transcrite dans la loi allemande sur l'héritage Reichserbhofgesetz du 29 septembre 1933. Elle établit une exploitation patrimoniale des terres (« Erbhof » en allemand)[5], indivisible à la succession, inaliénable et non hypothécable[5]. Les deux premières phrases de cette loi affirment la protection de la paysannerie allemande : « Conformément à l'ancienne tradition de l'hérédité allemande, le Reich reconnaît dans la paysannerie la source du sang du peuple allemand. Les fermes doivent être protégées contre la faillite et le fractionnement dus à la transmission par héritage, afin qu'elles restent la possession héréditaire du peuple, aux mains de paysans libres. » [6] Et plus loin : « En tant que citoyens allemands, les paysans sont forcément de sang allemand ou d'un équivalent honorable. »
L'idéologie nazie Blut und Boden suppose que chaque ethnie est associée à un territoire ou une zone géographique déterminée, autrement dit que le sang serait lié au sol[7]. Selon cette thèse, le peuple allemand s'epanouirait qu'à cet endroit, ce qui est une condition nécessaire pour la formation de la nation germanique. Cette hypothèse ne serait donc pas justifiée par des facteurs socio-culturels mais par un « esprit du temps biologique »[8].
L' idéologie nazie active le concept de l'Altreich pour justifier son invasion des territoires à la est de l'Europe[8]
Blut und Boden Dichtung
[modifier | modifier le code]La Blut und Boden Dichtung (« poésie du sang et de la terre ») est un courant littéraire allemand - le seul autorisé sous le Troisième Reich - exaltant une race rurale supérieure et homogène dans des romans agricoles ou coloniaux.
Années 2000
[modifier | modifier le code]Le cri Blood and Soil chanté par les groupes proches du Ku Klux Klan, notamment pendant la Manifestation Unite the Right de 2017 à Charlottesville est directement inspiré du slogan nazi Blut und Boden[9].
Blood & Honour est un réseau de promotion de musique néo-nazi fondé en 1987 composé de skinheads et d'autres nationalistes. Ian Stuart, chanteur du groupe de rock anticommuniste Skrewdriver en a été le fondateur et l'un des dirigeants les plus éminents avec l'activiste Nicky Crane jusqu'à leurs morts en 1993. L'expression désigne des groupes néonazis[réf. souhaitée].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (all + en) Der Dokumentations- und Lernort Bückeberg, « Blut und Boden », sur https://www.dokumentation-bueckeberg.de, (consulté le )
- 1 2 (de) Cornelia Schmitz-Berning, Vokabular des Nationalsozialismus, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-092864-8, lire en ligne), p. 110-112
- 1 2 Monika Losher, « The Reichsnährstand », sur LebendigesMuseumOnLine, (consulté le )
- 1 2 Richerd Walther Darré, Blut und Boden : ein Grunddanke des nationalsozialismus, Berlin, Reichsdruckerei, , 11 p. (lire en ligne), p. 8
- 1 2 Johann Chapoutot, « Les nazis et la « nature » », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 113, no 1, , p. 31 (ISSN 0294-1759 et 1950-6678, DOI 10.3917/vin.113.0029, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Reichserbhofgesetz (1933) », sur www.verfassungen.de (consulté le )
- ↑ Johann Chapoutot, La loi du sang: penser et agir en nazi, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 978-2-07-289955-3)
- 1 2 Christian Ingrao, La promesse de l'Est: espérance nazie et génocide, 1939-1943, Éditions du Seuil, coll. « L'univers historique », (ISBN 978-2-02-133296-4)
- ↑ (en) Meg Wagner, « 'Blood and soil': Protesters chant Nazi slogan in Charlottesville », cnn.com, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (de) Götz Aly, Susanne Heim : Vordenker der Vernichtung – Auschwitz und die deutschen Pläne für eine neue europäische Ordnung. Fischer, Francfort-sur-le-Main, 1993, (ISBN 3-596-11268-0)