Kondiaronk
| Naissance |
c. 1625 Michillimakinac |
|---|---|
| Décès |
Montréal, colonie de Canada |
| Nationalité | Huron |
| Pays de résidence |
Huronie Canada (Nouvelle-France) |
| Activité principale |
chef des Hurons de Michillimackinac avant 1701 |
| Distinctions |
Le nom du canton Kondiaronk dans la région de l'Outaouais. |
Kondiaronk, Gaspar Soiaga, Souoias, Sastaretsi, (vers 1625[1] - 1701) est un chef wendat (appelé alors Huron) de la nation des Pétuns ou Tionontates de la fin du XVIIe siècle. L'acte de sa sépulture le désigne sous le nom de Gaspard Soiaga-dit-le-Rat[2].
Orateur brillant et redoutable stratège, il considère les Iroquois comme ennemis et il craint que ceux-ci attaquent sa nation. Malgré son opposition de longue date au christianisme, les Jésuites disent l'avoir converti au catholicisme sur son lit de mort. Les recherches actuelles rejettent généralement cette idée[3].
« Les Français le surnommaient Le Rat en raison des diverses ruses et de l'habileté qu'il était capable de déployer pour arriver à ses fins dans ses tractations avec les Iroquois, les Miamis, les Anglais et, bien entendu, avec eux-mêmes. Son décès survint alors qu'il participait, à Montréal, aux négociations de paix entre les Français et plus de 700 délégués amérindiens de plusieurs nations. Ses funérailles, qui eurent lieu à Montréal même le 3 août 1701, furent presque une cérémonie d'État. On fut unanime, en tous les cas, à reconnaître l'importance du personnage. Le lendemain, le 4 août, le traité de la Grande Paix de Montréal est signé. »
— Noms et lieux du Québec, ouvrage de la Commission de toponymie paru en 1994 et 1996[4]
Faits saillants
[modifier | modifier le code]Embuscade et fausses accusations avant le massacre de Lachine
[modifier | modifier le code]Kondiaronk joue un rôle important dans les événements qui précèdent le massacre de Lachine. L'historien François-Xavier Garneau relate sa ruse et la fausse propagande qui suivit, lors des négociations entre les nations Autochtones et les Français :
« L'hiver (1687-1688) se passa en allées et venues et en conférences inutiles pour la paix, qui se prolongèrent dans l'été.[...] Il dressa une embuscade aux députés des diverses nations indiennes disposées à traiter ; les uns furent tués, les autres faits prisonniers. Il se vanta après ce coup d'avoir tué la paix.
Quand ces derniers lui dirent le sujet de leur voyage, il fit semblant de montrer le plus grand étonnement, et leur assura que c'était Denonville qui l'avait envoyé à l'anse de la Famine pour les surprendre. Poussant la feinte jusqu'au bout, il les relâcha tous sur le champ, excepté un seul qu'il garda pour remplacer un de ses Hurons tués dans l'attaque.
Il se rendit ensuite avec la plus grande diligence à Michilimackinac, où il fit présent de son prisonnier au commandant, M. de la Durantaye, qui ne sachant pas qu'on traitait avec les Iroquois, fit passer ce malheureux Sauvage par les armes. L'Iroquois protesta en vain qu'il était ambassadeur, le Rat fit croire à tout le monde que la crainte de la mort lui avait dérangé l'esprit.
Dès qu'il eût été exécuté, le Rat fit venir un vieux Iroquois, depuis longtemps captif dans sa tribu, et lui donna la liberté pour aller apprendre à ses compatriotes, tandis que les Français amusaient leurs ennemis par des négociations, ils continuaient à faire des prisonniers et les massacraient. Cet artifice, d'une politique vraiment diabolique, réussit au gré de son auteur; car quoi qu'on parût avoir détrompé les Iroquois sur cette prétendue perfidie du gouverneur, ils ne furent pas fâchés d'avoir un prétexte pour recommencer la guerre[5]. »
Le baron de Lahontan, qui s'était lié d'amitié avec Kondiaronk à Michilimackinac, fournit un récit plus détaillé de cet épisode ainsi que de ses suites funestes dans sa Lettre XVII[6],[7].
Rapport au gouverneur de Montréal
[modifier | modifier le code]Jean-Michel Sallman rapporte les propos suivants, adressés par Lahontan au gouverneur du Canada Frontenac en 1682:
Saretsi [autre nom de Kondiaronk] ton fils, Onontio, se disait autrefois ton frère, mais il a cessé de l'être car il est maintenant ton fils, et tu l'as engendré par la protection que tu lui as donnée contre ses ennemis.
Il faut remarquer que, la société huronne-wendate de l'époque étant matrilinéaire, la paternité symbolique n'est pas une paternité dominatrice, mais généreuse et clémente. Le surnom "Onontio" est la traduction, dans la langue wendate, du nom du premier gouverneur français du Canada, Charles Jacques Huault de Montmagny. A plus forte raison, la politique monarchiste absolue envers les natifs n'était pas de soumission, mais d'alliance. Un marqueur de cette alliance constitue le faste des funérailles accordées à Kondiarionk lui-même, par le gouvernement colonial français, peu après la signature de la Grande Paix de Montréal[8].
La Grande Paix de Montréal
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Kondiaronk joue un rôle capital auprès des artisans de la Grande Paix de Montréal, mais il meurt durant les négociations. Ses funérailles sont grandioses, son corps est inhumé sous la basilique Notre-Dame de Montréal.
L'historien François-Xavier Garneau en écrit ceci :
« La consommation de ce traité fut accompagnée d'un événement qui fit une grande impression sur les esprits, et qui fournit une nouvelle preuve du respect que le vrai patriote impose même à ses ennemis. Dans une des conférences publiques, tandis qu'un des chefs hurons parlait, le Rat, ce célèbre Indien, dont le nom a déjà été cité plusieurs fois, se trouva mal. On le secourut avec d'autant plus d'empressement qu'on lui avait presque toute l'obligation de ce merveilleux concert et de cette réunion, sans exemple jusqu'alors, de tant de nations diverses pour la paix générale. Quand il fut revenu à lui, ayant manifesté le désir de dire quelque chose, on le fit asseoir dans un fauteuil au milieu de l'assemblée, et tout le monde s'approcha pour l'entendre. Il parla au milieu d'un silence profond. Il fit avec modestie et avec dignité le récit de toutes les démarches qu'il avait faites pour amener une paix universelle et durable. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cette paix, et les avantages qui en reviendraient à toutes les nations, en démêlant avec une adresse étonnante les intérêts des unes et des autres. Puis se tournant vers le gouverneur général, il le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu'on avait en lui. Sa voix s'affaiblissant, il cessa de parler. Doué d'une grande éloquence et de beaucoup d'esprit, il reçut encore dans cette circonstance si grave et si imposante ces vifs applaudissements qui couvraient sa voix chaque fois qu'il l'élevait dans les assemblées publiques, et qu'il arrachait même à ses ennemis pour ainsi dire malgré eux.
Sur la fin de la séance, il se trouva plus mal. On le porta à l'Hôtel-Dieu, où il mourut sur les deux heures après minuit. Les Hurons sentirent toute la perte qu'ils venaient de faire. Jamais Sauvage n'avait montré plus de génie, plus de valeur, plus de prudence et plus de connaissance du cœur humain. Des mesures toujours justes, les ressources inépuisables de son esprit, lui assurèrent des succès constants. Passionné pour le bien et la gloire de sa nation, ce fut par patriotisme qu'il rompit, avec cette décision qui compte le crime pour rien, la paix que le marquis de Denonville avait contractée avec les Iroquois contre ce qu'il croyait être les intérêts de ses compatriotes. Connaissant la politique et la force de ses ennemis, peut-on blâmer ce chef barbare d'avoir employé les moyens dont il fit usage pour réussir, lorsque les peuples les plus civilisés proclament le principe qu'il suffit qu'un peuple soit moins avance qu'un autre pour que celui-ci ait droit de le conquérir.
Le Rat (ou Kondiaronk son nom huron) brillait autant dans les conversations particulières que dans les assemblées publiques, par son esprit et ses reparties vives, pleines de sel et ordinairement sans réplique. Il était le seul homme en Canada qui pût, en cela, tenir tête au comte de Frontenac, qui l'invitait souvent à sa table ; et il disait qu'il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, ce gouverneur et le P. de Carheil. L'estime qu'il portait à ce Jésuite fut ce qui le détermina, dit-on, à se faire chrétien.
Sa mort causa un deuil général ; son corps fut exposé, et ses funérailles auxquelles assistèrent le gouverneur, toutes les autorités, et les envoyés des nations indiennes qui se trouvaient à Montréal, se firent avec une grande pompe et les honneurs militaires. Il fut inhumé dans l'église paroissiale. L'influence et le cas que l'on faisait de ses conseils parmi sa nation étaient tels, qu'après la promesse que M. de Callières avait faite à ce chef mourant de ne jamais séparer les intérêts de la nation huronne de ceux des Français, les Hurons gardèrent toujours à ceux-ci une fidélité inviolable[9]. »
Un penseur méconnu des Lumières radicales? Adario, Lahontan et Kandiaronk
[modifier | modifier le code]Selon David Graeber et David Wengrow, il semble évident que le personnage d'Adario (signifiant « mis en scène »), dans les Dialogues avec un sauvage du Baron de Lahontan, est un pseudonyme pour Kandiarionk lui-même. Ils s'inscrivent ainsi dans le sillon de Barbara Alice Mann, et s'appuient sur des témoignages d'époques du caractère et de l'éloquence du philosophe huron-wendat pour étayer leur propos. Les propos sur la religion chrétienne et le lien européen entre possession de richesses et domination d'autrui proférés par Adario-Kondiaronk sont dans la droite ligne des observations des natifs sur l'Europe en général, et celles de Kondiaronk en particulier. Sur le droit en particulier, la tension entre un système de justice punitive et un système économique encourageant le vol et la corruption apparaît comme une contradiction au coeur de tous les maux européens - l'égalité native-américaine apparaît, in fine, comme le projet volontaire et réfléchit permettant de destituer les iniquités françaises[10].
Jonathan Israël range Lahontan au rang des spinozistes et des précurseurs de Rousseau, et ignore tout à fait, dans son récit historiographique, l'argumentaire pour une racine indigène des propos d'Adario, et réduit les Dialogues à l'exposé d'origine du mythe du bon sauvage. L'égalitarisme natif se voit plaqué sur l'antimonarchisme républicain de Spinoza, et la critique des moeurs européennes sont jugées annoncer le rejet de Rousseauiste pour le luxe français[11].
Plus loin, Lahontan est rapproché de Gueudeville, en particulier sur les propos anticléricaux. Qualifiant les indiens dépeints dans les Dialogues d'Iroquois (alors que l'ethnie de Kondiaronk était Wendate). Israël écrit notamment:
Sur un point en tout cas, il est clair que Lahontan a moins rapporté fidèlement les conceptions des Indiens [sic] qu'il n'a échafaudé lui-même une construction philosophique radicale: c'est lorsqu'il fait dire aux Indiens que les hommes devraient veiller à ne jamais se départir des avantages apportés par la "raison" en matière de religion, puisque c'est la plus noble faculté que Dieu nous ait donnée.
Et l'historien, ayant ainsi vidé Adario de tout ancrage historique réel, fait de Lahontan, avec Guedeville, le chaînon manquant entre Spinoza et Rousseau dans la critique des moeurs européennes basées sur l'idéal de l'homme naturel[12]. Au sujet général des historiens rejetant l'identification entre Adario et Kondiaronk, notamment sur base des envolées lyriques que se permet Lahontan, Wengrow et Graeber rétorquent :
Prétendre que les Dialogues ne sauraient refléter les véritables propos de Kandiaronk [Sic] parce qu'ils tombent dans le piège de la "romantisation", c'est faire comme si personne ne cédait à la tentation d'enjoliver un peu. A l'évidence, n'importe quel débatteur talentueux aurait suivi cette pente dans des circonstances semblables - et Kandiaronk était peut-être le plus talentueux de tous, à en croire de multiples sources concordantes.
L'opposition à l'argent serait alors un cas de schimosgenèse, où le natif Kondiaronk s'oppose, dans son débat, à l'européen Lahontan, utilisant l'argent moins comme un objet philosophique neutre que comme un marqueur de distinction, d'opposition identitaire. Ainsi, l'anthropologie, et l'expérience des débats intellectuels et de la rhétorique grandiloquente, permettent, selon les deux auteurs, de rendre raison des propos parfois outranciers ou volontairement provocateurs de Kondiaronk, alias Adario, dans les Dialogues sans devoir souscrire à la thèse d'une pure fabrication[13].
Hommages
[modifier | modifier le code]- Le belvédère Kondiaronk devant le chalet du parc du Mont-Royal, le plus important belvédère du parc du Mont-Royal à Montréal, est nommé en son honneur depuis le [14].
- Une salle communautaire est nommée en son honneur dans la communauté wendat de Wendake, près de la ville de Québec.
- Le nom du canton Kondiaronk dans la région de l'Outaouais, dans la MRC de La Vallée-de-la-Gatineau dans la réserve faunique La Vérendrye[15].
- Lac Kondiaronk 46° 55′ 57″ N, 76° 45′ 25″ O
- Pont Kondiaronk (non retenu) fut proposé par Ronald Rudin, historien de l’Université Concordia, pour nommer le Pont Champlain de remplacement. « Sur quatre liens entre Montréal et la Rive-Sud, il serait bien d’en nommer un en l’honneur d’un autochtone[16]. »
- Rue de l'Homme-Célèbre (Kondiaronk) à Stoneham-et-Tewkesbury, Québec[17]. 46° 51′ 24″ N, 71° 21′ 10″ O
- KONDIARONK est le nom d'un corps de cadets de la marine situé dans l'ancienne ville de Loretteville (fusionné avec Québec) située près de Wendake
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- William N. Fenton, « KONDIARONK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 14 déc. 2014, .
- Réal Ouellet et Alain Beaulieu, Lahontan. Œuvres complètes I et II, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, , 1474 p.
- Réal Ouellet, Dialogues avec un sauvage, Montréal, LUX Éditeur, 2026.
- David Graeber et David Wengrow, Au commencement était..., une nouvelle histoire de l'humanité, Paris, Les liens qui libèrent, 2021, pp. 71 à 93.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Vieux-Montréal : Gaspar Soiaga Kondiaronk en 1701
- Salle Kondiaronk
- Mémoires des Montréalais
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/169542/kondiaronk-guerrier-huron-paix-serge-bouchard
- ↑ Cyprien TANGUAY, A TRAVERS LES REGISTRES NOTES RECUEILLIES PAR M. L'ABBE CYPRIEN TANGUAY, MONTREAL, LIBRAIRIE SAINT-JOSEPH, Cadieux & Derome, , 294 p. (lire en ligne)
- ↑ Barbara Alice Mann, Native American speakers of the Eastern woodlands : selected speeches and critical analyses, Greenwood Press, , 301 p. (ISBN 978-0-313-07509-4 et 0-313-07509-3, OCLC 317404003, lire en ligne)
- ↑ Topomymie Qc op. cit.
- ↑ Garneau, François-Xavier (1809-1866), Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, Tome I de IV., Québec, IMPRIMERIE DE N. AUBIN, RUE COUILLARD, No. 14., 1845. (ISBN 3849145093, lire en ligne)
- ↑ Réal Ouellet 1990, p. 440-442.
- ↑ Nouveaux voyages, p. 189-193.
- ↑ Jean-Michel Sallmann, L'Amérique du Nord: de Bluefish à Sitting Bull 25000 av. notre ère-XIXe siècle, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 978-2-410-01586-7), « Les cadres politiques et juridiques », p. 181
- ↑ Garneau, François-Xavier (1809-1866), Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours., t. Tome II de IV, Québec, N. Aubin, 1846 (première édition) (présentation en ligne, lire en ligne [html])
- ↑ David Graeber, David Wengrow et Élise Roy, Au commencement était: une nouvelle histoire de l'humanité, Éditions les Liens qui libèrent, (ISBN 979-10-209-1030-1), « Où l'on fait la connaissance de Kandiaronk... », p. 71-80
- ↑ Jonathan Irvine Israel, Pauline Hughes, Charlotte Nordmann et Jérôme Rosanvallon, Les Lumières radicales: la philosophie de Spinoza et la naissance de la modernité, 1650-1750, Éditions Amsterdam, (ISBN 978-2-35480-219-6), « L'égalité et la quête de "l'homme naturel" », p. 320-321
- ↑ Jonathan Irvine Israel, Pauline Hughes, Charlotte Nordmann et Jérôme Rosanvallon, Les Lumières radicales: la philosophie de Spinoza et la naissance de la modernité, 1650-1750, Éditions Amsterdam, (ISBN 978-2-35480-219-6), « Gueudeville et Lahontan », p. 652-655
- ↑ David Graeber, David Wengrow et Élise Roy, Au commencement était: une nouvelle histoire de l'humanité, Éditions les Liens qui libèrent, (ISBN 979-10-209-1030-1), « Où l'on fait la connaissance de Kandiaronk... », p. 80-82
- ↑ | Ville de Montréal, le site officiel du Mont Royal.
- ↑ Toponymie Qc« Fiche Descriptive, Kondiaronk », sur www.toponymie.gouv.qc.ca (consulté le )
- ↑ « Nom d'un pont », (consulté le )
- ↑ Commission de toponymie du Québec, LA TOPONYMIE DES HURONS-WENDATS, Dossiers toponymiques, 28, Québec (Québec), Commission de toponymie du Québec, Linda Marcoux, Guylaine Pichette, , 65 p. (ISBN 2-550-37018-X, lire en ligne), p. 24