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Shirazi (peuple)

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Shirazi
Populations importantes par région
Drapeau de la Tanzanie Tanzanie 726 000[1]
Drapeau des Comores Comores 138 000 (2010)[2]
Autres
Langues Swahili
Religions Islam (sunnisme et chiisme)

Les Shirazi forment un groupe ethnique, sous-groupe du peuple Swahili, vivant sur la côte swahilie en Afrique de l'Est, en particulier sur les îles de Zanzibar, de Pemba et des Comores[3].

Ils parlent swahili et pratiquent l'islam sunnite et chiite[4].

Les Shirazis, que certains auteurs considèrent liés à une population originaire de Chiraz, sont selon la plupart des historiens une population originaire de l'archipel de Lamu qui essaime la côte dès le Xe siècle. L'archéologie permet d'associer les Shirazis à une architecture de mosquée spécifique portant des inscriptions en écritures koufique telle que celles de Kizimkazi (en)[5].

À l'instar de la plupart des Swahilis, les Shirazi ont leurs propres dialectes locaux, dérivés de la langue swahili, comme langue maternelle. Elle appartient à la branche bantoue de la famille nigéro-congolaise[6]. Néanmoins, les dialectes de la langue swahili sont mieux décrits comme une langue syncrétique et métisse, qui mélange des mots ainsi que des structures grammaticales sabaki bantous, comoriens, pokomo, iraniens, arabes et indiens, reflétant la fusion de populations d'origines diverses qui forment le peuple shirazi[7],[8].

Le comorien est divisé en deux groupes linguistiques : un groupe occidental composé à la fois du shingazidja et du shimwali, et un groupe oriental composé à la fois du shindzwani et du shimaore. Le shingazidja est parlé en Ngazidja, et compte environ 312 000 locuteurs au total[6]. Le shindzwani est parlé sur le Ndzwani, et compte environ 275 000 locuteurs au total[9]. Le shimaore est parlé à Mayotte, et compte environ 136 500 locuteurs au total[10]. Le shimwali est parlé sur le Mwali, et compte environ 28 700 locuteurs au total[11].

Les locuteurs des langues comoriennes utilisent l'Alphabet arabe comme système d'écriture[10].

De nos jours, la majorité des habitants de la côte swahilie suivent le madhhab shafi'i de l'islam sunnite[12].

Société et Culture

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Le peuple Shirazi a principalement été une communauté marchande, prospérant grâce au commerce. À l'origine, entre le Xe et le XIIe siècle, ce sont les régions productrices d'or du Mozambique, qui les ont amenés sur la côte africaine. Plus tard, le commerce s'est diversifié, avec notamment des échanges d'esclaves africains, d'ivoire, d'épices, de soie et de produits issus des plantations de giroflier, de noix de coco et d'autres cultures exploitées par des esclaves devint l'essentiel de cette activité commerciale[13],[14],[15]. Ces esclaves africains furent capturés lors de multiples raids réalisés l'intérieur des terres[16]. Leur présence dans les villes swahilies est mentionnée dans les mémoires de voyageurs islamiques des XIVe et XVe siècles, comme celle de l'explorateur et érudit maghrébin du XIVe siècle, Ibn Battuta[17],[18]. Les Shirazi étaient également un important fournisseur de ces esclaves, principalement pour les plantations européennes de l'époque coloniale ainsi que pour divers sultanats. Selon August Nimtz, après l'abolition du commerce international des esclaves, la communauté Shirazi a été économiquement paralysée[14].

L'arrivée de l'islam, avec les Perses et les Arabes, a grandement affecté l'identité ainsi que les structures sociales des Shirazis de multiples façons. Selon Helena Jerman, le mot « Sawahil », chez les Shirazi, désignait les sphères « libres mais sans terre » de la société, qui avaient adopté l'islam, formant alors une nouvelle catégorie sociale sur la côte swahilie[19]. Chez les musulmans, il s'agissait de la sphère sociale la plus basse des personnes libres, étant juste supérieure à celle des esclaves. Outre les sphères Wa-shirazi, il existait d'autres sphères, telles que les Wa-arabu, Wa-manga, Wa-shihiri, Wa-shemali et la catégorie des nobles souverains arabes purs appelée Wa-ungwana[19],[20],[21]. Les sphères sociales du peuple Shirazi comportaient leurs propres tabous, croyances et privilèges. Par exemple, les sphères supérieures Waungwana (également appelés Arabes swahilis [22],[23] ) avaient le droit exclusif de construire des maisons en pierre prestigieuses, et les hommes Waungwana possédaient de grands privilèges, ils pratiquaient notamment l'hypergamie polygynique, c'est-à-dire qu'ils avaient des enfants de statut inférieur avec des femmes esclaves. La pureté rituelle et sexuelle des femmes Waungwana était protégée en les confinant dans certains locaux à l'intérieur de ces maisons de pierre, appelés Ndani[24].

Selon Michel Ben Arrous et Lazare Ki-Zerbo, la société Shirazi a été « fracturée par les implications de caste de la race et de la classe »[25]. Lorsque les Arabes, arrivés de Perse et des terres arabes, devinrent propriétaires et commerçants d'esclaves. De plus, ils considéraient leurs esclaves comme inférieurs et inaptes à l'islam. Les femmes esclaves étaient généralement leurs concubines, qui leur donnaient des enfants. Les garçons, issus de ces unions, étaient considérés comme musulmans et « hommes libres », mais les filles héritaient de leur esclavage et de leur héritage non musulman. Même dans la société postcoloniale, les relations et distinctions résiduelles, associées à un système de castes raciales, sont restées présentes chez certains Shirazi[25]. Selon le sociologue Jonas Ewald et d'autres chercheurs, la stratification sociale dans la société shirazi ne se limite pas uniquement aux critères raciaux et religieux, mais s'étend au statut économique et à la région d'origine[26],[27].

La culture shirazi est de nature islamique, s'identifiant largement à ses racines persanes et arabes[28]. Il existe également des influences bantoues, comme la langue swahilie, très largement répandue dans cette culture[29].

Selon G. Thomas Burgess, Ali Sultan Issa et Seif Sharif Hamad, de nombreux Africains « revendiquaient l’identité shirazi pour dissimuler leurs origines d’esclaves, pour affirmer leur statut de propriétaires terriens ou pour accéder aux rations de la Seconde Guerre mondiale distribuées par l’État colonial selon des critères ethniques ». Les Shirazi se considèrent principalement d’origine perse et se perçoivent plus systématiquement comme n’étant ni Arabes ni de récents migrants de travail venus d’Afrique continentale[30].

Cette identité fut donc un symbole de prestige, permettant, en y étant associé, de ne subir des discriminations raciales.

Notes et références

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  • Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Shirazi people » (voir la liste des auteurs). *
  1. https://joshuaproject.net/people_groups/14915/TZ
  2. (en) Anthony Appiah et Henry Louis Gates (éds.), Encyclopedia of Africa, Oxford University Press, , 690 p. (ISBN 978-0-19-533770-9, présentation en ligne), p. 187–188.
  3. Tanzania Ethnic Groups, East Africa Living Encyclopedia, consulté le 28 juin 2010
  4. Nimtz 1980 : 4
  5. Fauvelle-Aymar 2018, p. 156.
  6. 1 2 « Comorian, Ngazidja », Ethnologue (consulté le )
  7. August H. Nimtz, Islam and Politics in East Africa, University of Minnesota Press, , 3–11, 30–33, 39–47 (ISBN 978-0-8166-0963-5, lire en ligne)
  8. Adriana Piga, Rivista L'architettura delle città: The Journal of the Scientific Society Ludovico Quaroni no. 3-4-5/2014, Edizioni Nuova Cultura, Sapienza Universita di Roma, , 122–123 p. (ISBN 978-88-6812-355-0, lire en ligne)
  9. « Comorian, Ndzwani », Ethnologue (consulté le )
  10. 1 2 « Comorian, Maore », Ethnologue (consulté le )
  11. « Comorian, Mwali », Ethnologue (consulté le )
  12. Adriana Piga, Rivista L'architettura delle città: The Journal of the Scientific Society Ludovico Quaroni no. 3-4-5/2014, Edizioni Nuova Cultura, Sapienza Universita di Roma, (ISBN 978-88-6812-355-0, lire en ligne), p. 122 :
    « In the traditional centers of Swahili culture most Muslims adhere to the Shafi madhab, within Sunni Islam. »
  13. Adriana Piga, Rivista L'architettura delle città: The Journal of the Scientific Society Ludovico Quaroni no. 3-4-5/2014, Edizioni Nuova Cultura, Sapienza Universita di Roma, , 123–126 p. (ISBN 978-88-6812-355-0, lire en ligne)
  14. 1 2 August H. Nimtz, Islam and Politics in East Africa, University of Minnesota Press, , 39–41, 45–47 (ISBN 978-0-8166-0963-5, lire en ligne)
  15. Adriana Piga, Rivista L'architettura delle città: The Journal of the Scientific Society Ludovico Quaroni no. 3-4-5/2014, Edizioni Nuova Cultura, Sapienza Universita di Roma, , 124–126, 132–133 (ISBN 978-88-6812-355-0, lire en ligne)
  16. Pierre Vérin, The History of Civilisation in North Madagascar, A.A. Balkema, (ISBN 9061910218, lire en ligne), p. 61 :
    « Although we have some evidence concerning raids made against the African populations of the interior, some symbiosis seems to have taken place between the Africans and the coastal people. »
  17. Slavery Across Time and Space: Studies in Slavery in Medieval Europe and Africa, University of Virginia, (ISBN 8277650418, lire en ligne), p. 23
  18. J. D. Fage et Roland Oliver, The Cambridge History of Africa, Cambridge University Press, , 209–210, 224–225 (ISBN 978-0-521-20981-6, lire en ligne Inscription nécessaire)
  19. 1 2 Helena Jerman, Between Five Lines: The Development of Ethnicity in Tanzania with Special Reference to the Western Bagamoyo District, Nordic Africa Institute, , 101–102 p. (ISBN 978-91-7106-408-0, lire en ligne)
  20. Diedrich Westermann, Edwin William Smith et Cyril Daryll Forde, Africa, Oxford University Press, , 147–149 p. (lire en ligne)
  21. Chuo Uchunguzi, Kiswahili, Volumes 47-49, Chuo Kikuu cha Dar es Salaam, , 78–79 p. (OCLC 241337134, lire en ligne)
  22. Kasfir, « Tourist aesthetics in the global flow: Orientalism and "warrior theatre" on the Swahili Coast », Visual Anthropology, vol. 17, nos 3–4, , p. 319–343 (DOI 10.1080/089460490468171, S2CID 143710769)
  23. Harries, « The Arabs and Swahili Culture », Africa, Cambridge University Press, vol. 34, no 3, , p. 224–229 (DOI 10.2307/1158023, JSTOR 1158023, S2CID 146183143)
  24. Diane Lyons, Worlds of Gender: The Archaeology of Women's Lives Around the Globe, Rowman Altamira, (ISBN 978-0-7591-1084-7, lire en ligne), p. 24
  25. 1 2 Michel Ben Arrous et Lazare Ki-Zerbo, African Studies in Geography from Below, African Books Collective, , 110–111 p. (ISBN 978-2-86978-231-0, lire en ligne)
  26. Jonas Ewald, Challenges for the Democratisation Process in Tanzania: Moving Towards Consolidation 50 Years After Independence?, African Books Collective, , 115–116 p. (ISBN 978-9987-08-250-6, lire en ligne)
  27. Bernard Calas, From Dar Es Salaam to Bongoland: Urban Mutations in Tanzania, African Books Collective, , 173–174 p. (ISBN 978-9987-08-094-6, lire en ligne)
  28. Molefi Kete Asante, The History of Africa: The Quest for Eternal Harmony, Routledge, , 159–160 p. (ISBN 978-1-135-01349-3, lire en ligne)
  29. Spear, « The Shirazi in Swahili Traditions, Culture, and History », History in Africa, Cambridge University Press, vol. 11, , p. 291–305 (DOI 10.2307/3171638, JSTOR 3171638, S2CID 162212370)
  30. G. Thomas Burgess, Ali Sultan Issa et Seif Sharif Hamad, Race, Revolution, and the Struggle for Human Rights in Zanzibar, Ohio University Press, , 19–20 p. (ISBN 978-0-8214-1851-2, lire en ligne) :
    « Many Africans claimed Shirazi identity to obscure their slave ancestry, to mark their status as landowners, or to gain access to World War II rations distributed by the colonial state along ethnic lines. To complicate matters further, the Shirazi usually regard themselves as primarily of Persian ancestry. If it is not always clear what the label represents in a positive sense, its negative claims are more consistent: Shirazi are neither Arabs nor "mainlanders", recent labor migrants from the African mainland. »

Bibliographie

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Articles connexes

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