Bambou
Les bambous sont des plantes à fleurs monocotylédones appartenant à la famille des Poaceae (graminées), sous-famille des Bambusoideae. Ils se distinguent des autres graminées par leur port arborescent et leurs tiges ligneuses souvent de grande longueur, et sont répartis dans la classification botanique en trois tribus : les Bambuseae originaires des régions tropicales et subtropicales, les Arundinarieae originaires des régions tempérées et les Olyreae, des bambous herbacés originaires des régions tropicales d'Amérique latine. Ils sont caractérisés notamment par leurs tiges formées d'un chaume, généralement creux, lignifié, à la croissance très rapide.
Les bambous se sont adaptés à de nombreux climats (tropicaux, subtropicaux et tempérés) et sont présents naturellement dans tous les continents à l'exception de l'Antarctique. On en connaît environ 1 000 espèces ; les plus grands peuvent dépasser 30 m de hauteur, le plus petit (Raddiella vanessae) n'est haut que de 1 à 2 cm[1].
Le bambou a été et reste très largement utilisé en tant que plante ornementale, plante alimentaire et matériau de construction (échafaudage).


Description
[modifier | modifier le code]Rhizome
[modifier | modifier le code]
Tous les bambous ont des tiges souterraines, appelées rhizomes. Ils permettent à la plante de croître en formant des touffes plus ou moins serrées. C'est aussi un organe de réserve. Les racines sont adventives et se développent autour des nœuds du rhizome.
On peut distinguer généralement deux grands types de système de rhizome.
Rhizomes pachymorphes
[modifier | modifier le code]Ils sont courts et épais et se rencontrent chez les bambous cespiteux (Bambusa glaucescens, Bambusa vulgaris, Fargesia murielæ, Fargesia nitida)
Rhizomes leptomorphes
[modifier | modifier le code]Ils sont longs et minces et se rencontrent chez les bambous traçants
Turion
[modifier | modifier le code]


Les jeunes pousses de bambous s'appellent des turions[2]. Le turion est un type de bourgeon qui se développe sur la partie souterraine des bambous (les rhizomes). Turion vient du latin turio : « jeune pousse, tendron, rejeton »[3]. Le turion est un bourgeon enterré[4], donnant naissance à une jeune pousse, qui deviendra chaume.
Feuille
[modifier | modifier le code]

Comme pour toute Poaceae (graminée), les feuilles comprennent une gaine ou fourreau, enveloppe du chaume, qui présente à son sommet une ligule et des oreillettes plus ou moins développées. Le pétiole est assez court et le limbe très allongé, à nervures parallèles, constitue la partie la plus apparente de la feuille.
La feuille du bambou est donc clairement découpée, fait assez unique chez les monocotylédones, chez les Poacées. Les bambous n'étant pas des arbres, ils n'ont pas de branches et il ne faut pas parler, à tort, de « branche » de bambou, pour nommer en réalité la feuille du bambou.
Les feuilles des bambous permettent de les distinguer des cannes de Provence, ces dernières ayant des feuilles effilées ressemblant plus à celles des feuilles de maïs.
Chaume
[modifier | modifier le code]


La tige principale est un chaume, ou canne, lignifié, fistuleux (c'est-à-dire en tube) cloisonné aux nœuds. La cicatrice visible aux nœuds est la trace de la gaine des feuilles tombées. Le chaume peut se diviser en rameaux feuillés, eux-mêmes divisés en ramuscules.
Le bois des chaumes, riche en silice, est très dur et très résistant. La taille des tiges varie selon les espèces de moins d'un mètre jusqu'à 30 m. La vitesse de croissance peut chez certaines espèces être spectaculaire, jusqu'à presque un mètre par jour[5] (vigueur que les Chinois auraient utilisée pour en faire un supplice).
Les chaumes se balancent aux vents forts et se plient sous le poids de la neige mais ils ne se cassent que rarement. Cette flexibilité est due aux entrenœuds creux de chacun des chaumes.
Floraison
[modifier | modifier le code]

La floraison des bambous présente des caractéristiques particulières, qui ne sont cependant pas toujours vérifiées :
- la floraison n'est pas régulière et souvent espacée de plusieurs dizaines d'années. Le record est détenu par le bambou à chaumes noirs, dont la dernière floraison remonte à 1932.
- pour une espèce donnée, elle se produit simultanément dans toute une région, voire dans le monde entier, quel que soit l'âge de la plante ;
- les chaumes se dessèchent et meurent après avoir fleuri.
Constatée maintes fois[6], la simultanéité de la floraison n'a pas encore été scientifiquement expliquée. Une des hypothèses serait une mémoire génétique, une information contenue dans l'ADN du bambou et différente selon chaque espèce.
Les fleurs, plutôt rares, apparaissent à l'aisselle des feuilles, aussi bien sur des tiges jeunes que sur des tiges âgées. Elles sont groupées en épillets.
Fruit
[modifier | modifier le code]Le fruit est avec la fleur la structure la moins connue des bambous. Des caryopses peuvent être trouvés chez certaines espèces d'Arundinariinae.
Arbre ou herbe ?
[modifier | modifier le code]Le bambou appartient à la sous-famille des Bambusoideae de la famille des graminées vivaces à feuilles persistantes Poaceae[7]. Le bambou est donc bien une herbe et non un arbre[7]. Cependant, la FAO inclut les espèces non ligneuses dans ses calculs[8], prenant donc les bambous et les palmiers comme des arbres.
Contrairement aux arbres et comme les herbes, les bambous n'ont pas de couche de cambium vasculaire ni de cellules méristématiques au sommet des tiges. Comme les herbes, la tige de bambou pousse et atteint sa hauteur définitive en une seule saison de croissance et persiste ensuite pendant plusieurs années. Sa hauteur et son diamètre ne varie plus mais le nombre de branches latérales et de ramifications augmente[7].
Le bambou a, par le passé, été considéré dans certaines régions comme un arbre. C'était le cas en Inde jusqu'en 2017[9]. En effet, en Inde, pour couper, déraciner ou transporter un arbre, il y a des contraintes législatives. Le bambou perdant son statut d'arbre, son exploitation en devient facilitée.
Principaux genres
[modifier | modifier le code]
Aire de distribution
[modifier | modifier le code]La majeure partie des espèces de bambous est originaire d'Asie et d'Amérique, où ils se trouvent à des altitudes variables, jusqu'à 3 000 m dans l'Himalaya. Quelques rares espèces sont spontanées en Afrique continentale et en Océanie. Si aucune espèce de bambous n'est indigène d'Europe, plusieurs espèces de climat tempéré, principalement des genres Phyllostachys et Fargesia, y sont introduites depuis la fin du IXe siècle et s'y sont pleinement acclimatées, au point de constituer aujourd'hui à la fois un matériau ornemental courant dans les jardins européens et la base d'une filière agricole émergente.
- Bien que le bambou ne soit pas un arbre du point vue botanique, on parle de forêt de bambous (Arashiyama, Kyoto, Japon).
- Forêt de bambous à Arashiyama (Kyoto, Japon). Juin 2021.
- Calumets (Nastus borbonicus), bambous endémiques de l'île de la Réunion (France).
| Distribution mondiale | ||||
|---|---|---|---|---|
| Localisation | Sous-tribus | Genres | Espèces | |
| Asie | 6 | 44 | environ 600 | |
| Amériques | 4 | 21 | environ 400 | |
| Madagascar | 2 | 6 | 20 | |
| Afrique | 2 | 3 | 5 | |
| Pacifique | 2 | 2 | 4 | |
| Australie | 2 | 2 | 3 | |
| total | 18 | 78 | plus de 1000 | |
Plante aux particularités uniques dans le monde végétal, le bambou ne présente pas pour autant un aspect uniforme. Il en existe plus d'un millier d'espèces aux caractéristiques propres. Suivant l'endroit où il pousse, la nature du terrain, le climat, l'altitude, il peut être très différent de taille, de forme, voire de couleur.
Bambou et environnement
[modifier | modifier le code]

C'est une graminée ligneuse qui forme un groupe végétal diversifié et écologiquement important notamment car pouvant moduler la structure, la composition et la fonction des forêts[10]. En croissance, une bambouseraie peut fixer 30 % de plus de CO2 que des arbres feuillus, jusqu'à 12 tonnes de CO2/ha/an (3 tonnes pour une forêt de feuillus). Elle libérerait alors 30 % d'oxygène de plus que des arbres[réf. nécessaire]. L'étroitesse de ses feuilles améliore l'infiltration de l'eau dans le sol (deux fois plus qu'une forêt de feuillus)[réf. nécessaire]. Il limite l'érosion des sols (grâce à son réseau racinaire très dense sur 60 centimètres de profondeur) et restaure des sols appauvris. On l'utilise pour l’élimination de certaines toxines du sol (phytoremédiation) et sa culture ne nécessite peu ou pas d'engrais, ni de produits phytosanitaires.
Dans le cadre d'une utilisation du bambou dans la construction comme matériel écologiquement performant, une équipe néerlandaise a comparé l'empreinte écologique de l'acier, du béton, du bois local et exotique, et du bambou — importé du Costa Rica — pour des constructions aux Pays-Bas. Le bambou a l'empreinte la moins importante[11].
Les bambous sont cependant répertoriés parmi les espèces invasives. Par leurs aptitudes à coloniser rapidement un milieu via leurs rhizomes, certaines espèces peuvent, localement, porter un réel préjudice à la biodiversité.
Dans une partie du monde, la part du bambou est mal estimée dans les inventaires forestiers. Un protocole standardisé spécifique au monitoring du bambou dans les parcelles de recherche permanentes a donc été proposé (en 2020), car les plans d'échantillonnage faits pour les arbres ne conviennent pas aux populations de bambou. Il doit aider à mieux dessiner et comprendre les modèles régionaux et mondiaux de la diversité du bambou et son rôle dans l'écologie forestière[10].
Culture
[modifier | modifier le code]
Culture agricole en Europe tempérée
[modifier | modifier le code]Bien qu'aucune espèce de bambou ne soit indigène d'Europe, plusieurs espèces tempérées du genre Phyllostachys se sont révélées adaptées aux conditions pédoclimatiques d'Europe de l'Ouest, jusqu'à −20 °C pour certains cultivars. Ces espèces appartiennent à la sous-tribu des bambous à rhizome leptomorphe (dit « traçant ») : leur système racinaire, principalement concentré dans les quarante premiers centimètres du sol, leur confère une grande capacité d'expansion horizontale et de colonisation[12]. Le programme européen Bamboo for Europe, conduit en Belgique, au Portugal et en Espagne à la fin des années 1990, a évalué une dizaine de génotypes en conditions de plein champ et démontré la faisabilité agronomique, mécanique et énergétique d'une filière bambou à l'échelle européenne[13].
Préparation et implantation
[modifier | modifier le code]La mise en place d'une bambousaie à vocation agricole nécessite une préparation rigoureuse du sol. Les pratiques recommandées comprennent un sous-solage profond (jusqu'à 60 cm), un amendement en matière organique pour enrichir le complexe argilo-humique, et un éventuel correctif calcaire pour optimiser la disponibilité des éléments nutritifs et l'activité biologique. Les plants, issus de multiplication végétative par division, sont mis en terre mécaniquement à une densité d'environ 400 plants/ha, puis immédiatement irrigués pour assurer un contact optimal entre le sol et les racines[13].
Un couvert végétal (mélange graminées/légumineuses) est semé dans les inter-rangs dès l'année de plantation afin de limiter l'érosion, enrichir le sol en matière organique par fauchage-andainage, et maintenir la structure des horizons de surface tant que la bambousaie n'est pas fermée. Aucun travail du sol n'est réalisé après la première saison, afin de préserver les rhizomes en cours de développement. Aucun traitement phytosanitaire n'est appliqué.
Développement pluriannuel
[modifier | modifier le code]Le bambou suit un cycle de développement caractéristique sur plusieurs années. Chaque printemps, de nouveaux chaumes (turions) émergent du rhizome avec leur diamètre définitif et atteignent leur hauteur maximale en 40 à 60 jours, sans croissance secondaire ultérieure. Ce développement rapide des chaumes n'est pas alimenté par la photosynthèse propre du turion, mais par les réserves carbonées transportées depuis les chaumes adultes via le système racinaire[14]. Chaque génération de chaumes présente un diamètre et une hauteur supérieurs à la génération précédente jusqu'à ce que la maturité de la bambousaie soit atteinte, généralement vers la huitième année.
La parcelle atteint une couverture complète du sol vers la cinquième année, marquant le début de la phase productive. À maturité, la biomasse annuelle récoltable peut atteindre 30 tonnes de matière sèche par hectare et par an en conditions européennes favorables.
La fertilisation d'entretien recommandée est de l'ordre de 120/40/120 kg/ha/an (N/P₂O₅/K₂O), fractionnée en plusieurs apports, calculée sur la base des exportations de la plante entière (chaumes, branches et feuilles)[15]. Ces valeurs sont conservatives : sur une bambousaie à maturité, le recyclage interne des éléments nutritifs via la litière foliaire et la décomposition des chaumes morts est tel que les besoins azotés effectifs peuvent en pratique être nuls ou très faibles, la minéralisation primaire et secondaire couvrant l'essentiel des exportations[16].
Récolte mécanisée
[modifier | modifier le code]La récolte s'effectue en période hivernale (octobre à février), lorsque l'activité photosynthétique est réduite. Elle repose sur une logique de coupe en bandes : seul un tiers de la surface est récolté chaque année, de façon à préserver la continuité de la photosynthèse et la capacité de régénération rhizomateuse. Cette approche, analogue à la sylviculture en taillis, garantit la durabilité de la production sur plusieurs décennies sans replantation.
La chaîne de récolte comprend trois étapes : la coupe mécanisée des chaumes et leur regroupement en fagots, le débardage vers un point de broyage en bordure de parcelle, puis le broyage en plaquettes similaires aux plaquettes de bois. La plante entière (chaumes, branches, feuilles) est valorisée. À la récolte, l'humidité du matériau se situe aux alentours de 50 % ; les transactions commerciales avec les industriels de l'énergie biomasse se font en tonnes de matière sèche (tMS), indépendamment du taux d'humidité à la livraison[13].
Gestion des bordures et fin de cycle
[modifier | modifier le code]Comme toute culture pérenne à développement rhizomateux, la bambousaie fait l'objet d'un entretien régulier des tours de champ. Les repousses périphériques sont maîtrisées par fauchage mécanique au gyrobroyeur, une opération simple intégrable dans l'itinéraire habituel d'entretien d'une exploitation agricole. Cette gestion courante suffit à maintenir la plantation dans ses limites parcellaires sans intervention spécifique.
En cas de changement d'usage de la parcelle, la destruction du système racinaire peut être réalisée mécaniquement au moyen d'un malaxeur de sol descendant à au moins 40 cm de profondeur, après une récolte intégrale des chaumes en période hivernale. La décomposition progressive des rhizomes résiduels constitue alors un apport significatif de matière organique au sol, bénéfique pour la culture suivante[17].
Bénéfices environnementaux en contexte agricole
[modifier | modifier le code]Comparée aux grandes cultures annuelles, la bambousaie présente un profil environnemental sensiblement différent sur plusieurs dimensions.
Séquestration carbone. Le bambou est une culture pérenne à fort potentiel de séquestration carbone. Sa vitesse de captation en phase de croissance est estimée entre 15 et 25 tC/ha/an, contre 1 à 10 tC/ha/an pour une jeune forêt nouvellement plantée[18]. Cette vitesse de séquestration élevée s'accompagne d'une capacité de stockage maximale atteinte plus tôt et inférieure à celle d'une forêt mature. En agrégeant la séquestration dans la biomasse et dans le sol, le stockage dans les matériaux à longue durée de vie et la substitution de matériaux carbonés (acier, béton), l'impact carbone global d'une bambousaie est estimé à environ 1 000 tCO₂/ha sur 30 ans[19].
Régénération des sols. Culture conduite sans travail du sol ni traitement phytosanitaire, le bambou génère un flux continu de matière organique vers le sol via le renouvellement racinaire rapide et la chute annuelle des feuilles[20]. Le réseau racinaire très dense dans les quarante premiers centimètres offre un habitat favorable à la pédofaune et favorise le retour d'une activité biologique comparable à celle d'un sol forestier. La bambousaie est également étudiée pour sa capacité à absorber certains polluants organiques et métaux lourds[21].
Cycle de l'eau. La forte densité racinaire en surface améliore la structure et la perméabilité du sol, favorisant l'infiltration au détriment du ruissellement et de l'érosion. Le renouvellement rapide des racines et leur décomposition créent des canaux facilitant la percolation, contribuant à la recharge des nappes phréatiques. Le mulch foliaire qui s'accumule au sol conserve l'humidité et réduit l'évapotranspiration de surface. L'activité photosynthétique et les flux d'évapotranspiration d'une bambousaie mature sont comparables à ceux d'une forêt tempérée[22].
Biodiversité. La bambousaie constitue un habitat pour de nombreuses espèces animales (insectes, oiseaux, petits mammifères). Conduite en récolte par bandes, elle maintient un couvert végétal permanent tout au long de l'année, y compris en période hivernale. Ce caractère de culture pérenne à couvert continu lui confère des bénéfices similaires à ceux documentés pour d'autres cultures ligneuses en rotation courte (miscanthus, TTCR de saule ou de peuplier) en matière de corridor écologique et de refuge pour la nidification[23]. L'absence totale de traitement phytosanitaire distingue par ailleurs la bambousaie des cultures conventionnelles à haute intensité d'intrants.
Production en pépinière
[modifier | modifier le code]La multiplication végétative est le mode de propagation quasi-exclusif des bambous tempérés du genre Phyllostachys, dont la floraison est un événement rare et imprévisible pouvant survenir une seule fois par siècle. En l'absence de semences disponibles de façon régulière, trois méthodes sont utilisées en pépinière : la division de touffe, le bouturage de rhizome, et la micropropagation par culture de tissus.
Division de touffe
[modifier | modifier le code]La division consiste à prélever une portion de plant mature — comprenant un ou plusieurs chaumes portant leur système racinaire et rhizomateux — et à la rempotée ou replantée directement. C'est la méthode la plus ancienne et la plus répandue en horticulture européenne[13]. Elle présente l'avantage de produire des plants vigoureux avec un rhizome bien développé, capables de tracer rapidement et de produire de gros turions dès les premières années. Sa limite principale est son faible rendement : chaque division mobilise une portion significative de la plante mère, ce qui contraint les pépinières à maintenir de vastes peuplements souches pour répondre à la demande.
Bouturage de rhizome
[modifier | modifier le code]Pour les espèces à rhizome leptomorphe (bambous traçants), le bouturage de rhizome est une alternative à la division. Il consiste à prélever des sections de rhizome d'une trentaine de centimètres portant des bourgeons actifs, puis à les placer en substrat drainant dans des conditions contrôlées d'humidité et de température. La propagation végétative par division de touffes, sections de rhizomes ou segments de chaumes est préférentielle pour le bambou, les espèces variant dans leurs réponses à chaque technique. Le sable pur ou un mélange sableux est reconnu comme substrat favorable pour le bouturage, offrant à la fois drainage, aération et maintien de l'humidité nécessaires à la rhizogenèse. Cette méthode permet une montée en charge plus rapide que la division, mais produit des plants initialement moins vigoureux.
Micropropagation (culture in vitro)
[modifier | modifier le code]Face aux contraintes de disponibilité en matériel végétal à grande échelle, la micropropagation par culture de tissus a été développée à partir des années 1990 comme solution industrielle. La méthode la plus efficace repose sur la prolifération des bourgeons axillaires : des segments nodaux prélevés sur des plants sélectionnés sont placés sur un milieu nutritif (type MS) supplémenté en cytokinines, principalement la benzyladénine (BAP), qui stimule le débourrement des bourgeons axillaires et leur multiplication en pousses secondaires[24]. Des protocoles ont été établis pour Phyllostachys pubescens (bambou Moso), montrant qu'un milieu MS supplémenté en BAP et méta-topoline permet d'obtenir jusqu'à 81 pousses par explant[25].
Un protocole commun de micropropagation par bourgeonnement axillaire a été développé pour plus de 60 espèces de bambous tempérés et tropicaux, permettant une production commerciale à grande échelle de génotypes sélectionnés[26]. Les plants obtenus sont génétiquement uniformes, ce qui garantit la stabilité des caractères agronomiques (vigueur, rusticité, productivité) au sein d'une plantation. La phase d'acclimatation post-vitro — transfert progressif des plantules de l'environnement stérile et humide du laboratoire vers les conditions extérieures — constitue une étape critique qui conditionne le taux de reprise final[27].
La micropropagation permet des cadences de production inaccessibles aux méthodes classiques : à partir d'un seul génotype, plusieurs centaines de milliers de plants peuvent être produits en moins d'un an, avec une logistique de transport facilitée par la petite taille des plantules. Elle constitue aujourd'hui le principal levier d'approvisionnement en matériel végétal pour les programmes de plantation à grande échelle en Europe.
Culture ornementale en jardin particulier
[modifier | modifier le code]Le bambou est utilisé en horticulture ornementale depuis plus de 150 ans en Europe, où il a été introduit principalement à des fins décoratives[13]. Il constitue aujourd'hui l'une des plantes structurantes les plus appréciées des jardins tempérés, en raison de sa tenue toute l'année, de la diversité de ses formes et coloris de chaumes, et de ses nombreux usages paysagers.
Choix de l'espèce selon l'usage
[modifier | modifier le code]Le critère de choix principal pour un particulier est le comportement rhizomateux de l'espèce, qui détermine son mode de développement et les contraintes de gestion associées.
Les espèces à rhizome pachymorphe (dites « cespiteuses » ou « non traçantes ») forment des touffes compactes qui s'étendent très lentement à partir du pied initial. Le genre Fargesia en est le représentant principal en Europe tempérée. Ces bambous conviennent particulièrement aux petits jardins, aux haies brise-vue, à la culture en bac ou en pot sur terrasse et balcon, et ne nécessitent aucun dispositif de confinement. Leur tolérance à la mi-ombre et leur rusticité (jusqu'à −20 °C pour certains cultivars) les rendent polyvalents. Ils préfèrent néanmoins les expositions fraîches et les sols humifères bien drainés, et peuvent souffrir en cas de chaleur prolongée.
Les espèces à rhizome leptomorphe (dites « traçantes »), principalement du genre Phyllostachys, s'étendent horizontalement par des rhizomes pouvant parcourir plusieurs mètres par an. Elles conviennent aux grands jardins, aux haies hautes et aux boisements décoratifs, mais requièrent un contrôle actif de leur extension. Ces espèces offrent une grande diversité ornementale : chaumes noirs (P. nigra), jaunes (P. aurea), jaunes striés de vert (P. aureosulcata 'Spectabilis'), ou verts à reflets bleutés (P. vivax). Leur hauteur à maturité varie de 3 à plus de 10 mètres selon l'espèce et les conditions stationnelles.
Pour les espaces intermédiaires ou les usages en massif, d'autres genres proposent des bambous de taille moyenne à port architecturé : Sasa, Pleioblastus (nains, couvre-sol), Semiarundinaria (port colonnaire), ou Pseudosasa.
Plantation
[modifier | modifier le code]La période optimale de plantation est l'automne (septembre-novembre), qui permet à la plante de développer ses racines avant les premières chaleurs printanières. Une plantation de printemps (mars-mai) est également possible à condition d'assurer un arrosage régulier la première saison. La plantation en période de gel ou de sécheresse est déconseillée.
La fosse de plantation doit être ameublie sur une profondeur d'au moins 40 cm. Un mélange de terre végétale et de terreau de plantation améliore la reprise. Un paillage au pied du bambou est recommandé pour conserver l'humidité, réguler la température du sol et favoriser le retour de matière organique. Un arrosage abondant immédiatement après la plantation — dit « arrosage de plombage » — assure le contact entre les racines et le sol.
Pour la culture en bac ou en pot, les espèces non traçantes (Fargesia) sont préférables, les espèces traçantes risquant de fissurer les contenants sous la pression des rhizomes. Un drainage de fond (billes d'argile ou graviers) est indispensable pour éviter l'asphyxie racinaire.
Gestion des espèces traçantes
[modifier | modifier le code]Pour les espèces traçantes plantées en jardin, la maîtrise de l'extension passe par l'entretien régulier du pourtour de la touffe. Les jeunes pousses périphériques (turions) sont sectionnées au couteau bêche ou à la bêche dès leur apparition au printemps, avant qu'elles ne lignifient. Cette opération, réalisée une à deux fois par an, est suffisante dans la plupart des configurations disposant d'un espace libre accessible autour de la plantation.
Lorsque l'espace disponible est très contraint — jouxtant directement une propriété voisine, un mur ou une terrasse — une barrière anti-rhizomes en polyéthylène haute densité (PEHD) d'au moins 60 à 70 cm de profondeur peut être installée en tranchée autour de la zone de plantation. Son efficacité à long terme reste cependant tributaire d'une vérification annuelle de l'absence de rhizomes passant par-dessus le bord supérieur.
Dans les situations où un tour de massif accessible est disponible, la méthode de fauchage printanier des turions périphériques — identique à celle pratiquée en contexte agricole pour la gestion des bambousaies à grande échelle — est plus économique et tout aussi efficace sur le long terme.
Entretien courant
[modifier | modifier le code]Le bambou est une plante peu exigeante une fois établi. Les principales interventions sont :
- Arrosage : indispensable la première et la deuxième année, puis réduit aux périodes de sécheresse prolongée pour les espèces bien implantées. Les Fargesia sont plus sensibles à la sécheresse que les Phyllostachys.
- Fertilisation : un apport de compost ou d'engrais organique au printemps favorise la vigueur. Les besoins sont modestes pour une touffe établie.
- Taille : le bambou ne nécessite pas de taille régulière. On se limite à l'élimination des chaumes morts ou trop vieux (reconnaissables à leur couleur jaunie et à leur ramification clairsemée), ce qui aère la touffe et favorise l'émergence de nouveaux chaumes plus vigoureux. La taille se pratique rase au sol au sécateur ou à la scie.
- Chute des feuilles : les bambous sont des sempervirents qui perdent une partie de leurs feuilles de façon progressive et non simultanée, générant un mulch naturel au pied de la touffe. Une chute foliaire importante au printemps, juste avant la sortie des turions, est normale et ne traduit pas un dépérissement.
Usages paysagers
[modifier | modifier le code]Les usages ornementaux du bambou au jardin sont nombreux. En haie ou brise-vue, les bambous cespiteux (Fargesia) permettent d'atteindre 2 à 4 m de hauteur avec une largeur contenue. En sujet isolé ou en bosquet, les grands Phyllostachys créent des effets structurants et apportent un mouvement sonore caractéristique par temps de vent. Les espèces naines (Pleioblastus pygmaeus, Sasa veitchii) s'utilisent en couvre-sol sous couvert. Enfin, certaines espèces à chaumes colorés sont cultivées pour leur valeur ornementale propre, indépendamment de leur feuillage.
Utilisation
[modifier | modifier le code]Usage ancestral en Chine
[modifier | modifier le code]

Il y a quelque 6000 ans, le caractère 竹 (zhu) désignant le bambou était gravé sur des poteries de la culture néolithique de Yangshao[28]. « Les usages du bambou sont si nombreux en Chine au XIXe siècle, les services qu'il rend sont si grands, qu'il mérite à juste titre le nom d'arbre national. Il est nécessaire à l'architecte et au navigateur, au médecin et à l'homme de lettres, au charpentier et au confiseur, au maître d'étude et au coolie, au soldat et au voyageur, au sculpteur et au fabricant de parapluies, au pêcheur et au musicien, au juge et au fumeur d'opium, à l'agriculteur et au bonze. On l'emploie pour les vergues des voiles et pour les étais des maisons, il fournit le pinceau avec lequel on trace des caractères et le papier sur lequel on écrit. Ses feuilles servent à couvrir le toit du pauvre, ajustées en manteau elles le préservent de la pluie. Ses jeunes pousses tendres et délicates constituent un légume qui s'accommode de diverses manières et elles valent dit-on nos asperges. Bouillies assaisonnées et confites, elles produisent d'excellentes conserves tellement recherchées qu'elles forment une branche assez importante du commerce intérieur et qu'on en fait de fortes expéditions dans les diverses parties de l'Empire et surtout pour la capitale où elles vont figurer aux banquets des grands. On emploie le bambou à élever des échafaudages et à construire en quelques heures des édifices propres aux représentations théâtrales. La concrétion siliceuse appelée tabaxir, en chinois tchou houong, que l'on trouve dans les cavités des nœuds du bambou s'emploie dans les préparations médicales. Le bambou entre dans la confection de la plupart des instruments aratoires. Ce sont des perches de bambou qui servent à porter à soutenir à pousser les fardeaux, c'est en bambou que sont faits le tchih, mesure de longueur, les trois mesures de capacité, les taou et les ching des vendeurs de riz, le seau à puiser l'eau, le manche de la lance du soldat, les claies des chevaux de frise aussi bien que les montants des parasols et des éventails. C'est en bambou qu'est tressé le large chapeau de l'homme du peuple, c'est sa tige qui découpée en bandes de diverses grandeurs se métamorphose en paniers aux formes variées, en tentes et en câbles pour la marine. Sa racine se convertit sous une main habile en magots et en sculptures fantastiques. Enfin le lit, le matelas, la chaise, la table du Chinois, sa pipe, une partie de sa nourriture, le bois avec lequel il la cuit, les kuàizi (筷子) ou baguettes avec lesquelles il la mange, le balai pour nettoyer sa chambre, le papier dont est fait le livre de l'écolier, la férule du pédagogue, le redoutable instrument qui sert à exécuter les arrêts du juge, la légère baguette qu'emploie le musicien pour tirer des sons mélodieux du houng ho, tout cela est dû au bambou. »[29]
Dès que l'on a coupé le bambou, on le tient debout dans un lieu sec et bien ventilé. Après un mois de séjour, il commence à se dessécher, mais il est bon de le passer au four pour en activer convenablement la dessiccation et lui enlever toutes les parties humides qui pourraient séjourner dans l'intérieur. Cette opération demande beaucoup de soins, car si le bambou est exposé à un feu trop vif il se fend, les tissus se disjoignent, ou bien il se tord et il devient alors très difficile de le redresser. Il est à remarquer que les mêmes effets se produisent s'il n'a pas été soumis à une température élevée car alors il n'y a que l'extérieur qui soit sec et l'intérieur conserve un reste d'humidité. Lorsque l'on coupe le bambou, il est habituellement vert, mais en se séchant il devient jaune-verdâtre. Certains vieux bambous, notamment ceux dont on se sert pour faire des objets de luxe ou d'agrément finissent par prendre une teinte rouge sombre naturellement. Le bambou est divisé de distance en distance par des nœuds dont le tissu intérieur est beaucoup moins dur que la tige. Ces nœuds peuvent être percés facilement. Les Chinois savent les perforer et les travailler intérieurement de manière que la dimension soit partout constamment la même. Les tiges ainsi préparées servent à faire des tubes d'instruments d'optique et « ils sont aussi justes que les tubes de métal ». Les gros bambous servent à faire des conduits à travers lesquels l'eau ne s'infiltre pas. Ils durent ainsi plusieurs années sans avoir besoin d'être remplacés. Afin de rendre le bambou plus solide et lui ôter sa porosité, on l'enduit d'huile extérieurement et intérieurement, on le fait ensuite noircir au feu. Ainsi préparé il est à l'abri des piqûres d'insectes et peut même être mis en terre sans crainte de le voir pourrir. Aussi les conduites d'eau sont elles exclusivement faites en bambou[30].
Plante alimentaire
[modifier | modifier le code]
Les turions de toutes les espèces sont comestibles[31], bien que certains puissent être assez amers. Phyllostachys viridiglaucescens a un goût doux et Phyllostachys edulis fait l'objet de cultures industrielles dans ce but (sa taille étant plus grande, donc plus rentable). Les jeunes pousses sont cueillies, un peu comme des asperges, dès qu'elles commencent à sortir de terre. La plupart des espèces ne se mangent pas crues à cause de leur amertume. On les fait bouillir ou griller dans leur enveloppe, que l'on enlève ensuite, avant d'émincer le cœur des pousses pour les préparer en salade, en friture ou en sauce. Les pousses de certaines espèces (Sasa) peuvent être grillées au four et dégustées directement.
- Certains bambous sont utilisés en phytothérapie.
- Les graines peuvent être moulues et donnent une farine nutritive.
- Certaines espèces peuvent être cultivées sous forme de pâturages pour le bétail.
- Les pandas géants se nourrissent exclusivement de bambous.
- Dans les régions montagneuses du Nord Vietnam, du fait de la situation géographique éloignée de la mer et difficile d'accès, le sel de mer manque cruellement dans l'aliment de la population locale qui n'hésite pas à consommer de la cendre de bambou afin de combler cette carence.
Plante fourragère
[modifier | modifier le code]
Le panda géant est habituellement représenté mangeant paisiblement du bambou. En effet, bien que classé parmi les carnivores, cet animal se nourrit principalement de végétaux. Même s'il a été rapporté qu'il mange à l'occasion des œufs et des insectes, son régime alimentaire est constitué à 99 % de végétaux, presque uniquement de bambous (jusqu'à 20 kg par jour) mais il peut inclure ponctuellement d'autres végétaux, voire un peu de viande (par exemple des carcasses abandonnées). Mais le panda géant ne possède que peu des bactéries que l'on retrouve chez les herbivores tels que les ruminants et qui décomposent la cellulose, composant principal du bambou (c'est pour cela qu'il doit ingurgiter quotidiennement de telles quantités de bambou, vu le faible rendement de son assimilation de la cellulose ; privé de cæcum, comme n'importe quel ursidé, il ne peut en digérer que 17 %). Son faux pouce lui permet de cueillir et de tenir les tiges de bambou. Et il passe près de 14 heures par jour à les mastiquer en raison de sa faible capacité à assimiler la cellulose. Les pousses sont avalées tout entières, mais il ne garde que le cœur et rejette l'écorce. Le transit intestinal dure environ huit heures. Beaucoup de forêts de bambous chinoises sont aujourd'hui exploitées par l'homme ou ont été défrichées pour devenir des terres cultivables. C'est une des raisons de la forte régression de l'espèce, qui ne dispose plus de son aliment de base.
Il n'y a pas que le panda géant qui se nourrisse ou soit nourri de bambou. Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, en Inde notamment, certaines espèces de bambous sont utilisées comme plantes fourragères pour nourrir le bétail.
Plante ornementale
[modifier | modifier le code]
Les bambous sont recherchés comme plantes décoratives pour leur feuillage, qui peut être vert ou panaché de blanc ou de jaune, pour leurs tiges, les chaumes, particulièrement ceux des Phyllostachys, dont les couleurs sont variées : vert, noir, jaune, tacheté, rayé, etc., et pour leur port, de la plante tapissante au bambou de grande taille. Ils sont souvent utilisés en touffes au bord des pièces d'eau ou en haies (Phyllostachys viridiglaucescens, Phyllostachys nigra henonis ou Phylostachys nigra boryana). On peut en faire des bonsaïs, notamment Phyllostachys humilis.
Phytoépuration
[modifier | modifier le code]Des bassins plantés de bambous peuvent être utilisés dans des systèmes de phytoépuration.
Objets divers
[modifier | modifier le code]
Fabrication de meubles, parquets, tuteurs, cannes à pêche, arcs, instruments de musique à vent ou à percussion, ustensiles divers (éventails, ombrelles, pots à tabac, étuis, paniers…).
Fabrication de tissu molleton, éponge, velours utilisés pour la fabrication de couches lavables (car très absorbant) et autres.
Après avoir essayé des centaines de substances, Thomas Edison équipa en 1880 ses ampoules de filaments de bambou de Yawata carbonisés. La lampe électrique devint une réalité et put être produite en série et commercialisée. Après plus d'un siècle, quelques-unes de ces pièces de musée survivent et s'allument encore grâce aux fils de bambou incandescents[réf. nécessaire].
Pendant la guerre d'Indochine et celle du Viêt Nam, les soldats nord-vietnamiens n'hésitaient pas à utiliser les bambous, très résistants, comme armes, notamment dans les pièges.
- Petite fontaine en bambou.
- Première ampoule électrique de Thomas Edison (1879).
- Shishiodoshi fontaine en bambou.
Instruments de musique en bambou
[modifier | modifier le code]
Les instruments de musique en chaumes de bambou sont le plus souvent des flûtes qui exploitent les tiges lignifiées (chaumes), naturellement creuses, des bambous. Il existe dans le monde de nombreux types de flûtes de bambou, telles que dizi, xiao, shakuhachi, ou jinghu. On retrouve les plus connues et réputées au Japon , Yokobue (横笛) est le terme générique pour les flûtes en bambou transversales, comme : Nôkan (能管) flûte en bambou transversale utilisée pour le théâtre Nô, Ryûteki (龍笛) flûte en bambou transversale utilisée pour le gagaku, Kagurabue (神楽笛) flûte en bambou transversale utilisée pour le mi-kagura (御神楽, Musique rituelle shintô), Komabue (高麗笛) flûte en bambou transversale utilisée pour le komagaku et semblable au ryûteki, Shinobue (篠笛) flûte en bambou transversale populaire, Shakuhachi (尺八) flûte en bambou verticale utilisée pour la méditation Zen.
En Polynésie et en particulier aux îles Marquises, le bambou est utilisé pour réaliser des flûtes nasales appelées pu ihu en marquisien, vivo en tahitien. Ces flûtes pyrogravées servaient de modèle de motifs de tatouage pour les tatoueurs.
Le shō (笙) est le nom japonais de l'orgue à bouche d'origine chinoise, où il est appelé sheng (笙), la variante coréenne est appelée saenghwang (생황/笙簧). Il est également proche du khên laotien et thaïlandais, bien que ce dernier diffère dans sa forme.
Le bambou peut être utilisé dans la construction du didgeridoo australien à la place du bois d'eucalyptus plus traditionnel. En Indonésie et aux Philippines, le bambou a été utilisé pour fabriquer divers types d'instruments de musique, tels que kulintang , angklung et bumbong. Le bambou est également utilisé pour fabriquer des tambours à fente. Les banda kawayan (orchestres de bambou) traditionnels des Philippines utilisent plusieurs instruments de musique en bambou, dont marimbas, angklungs, flûtes de Pan et bumbongs, ainsi que des versions en bambou d'instruments occidentaux, tels que clarinettes, saxophones et tubas[32]. Aux Philippines, l'orgue de bambou de Las Piñas a ses tuyaux en chaumes de bambou. Le bambou a également été utilisé plus récemment pour manufacturer des guitares et ukulélés. Les ukulélés de bambou sont faits de bandes de bambou stratifié solides, sans contreplaqué. Ces bandes de bois de bambou sont semblables à celles des revêtements de sol en bambou.
Écriture et dessin
[modifier | modifier le code]Le bambou est également utilisé en dessin et en peinture, comme calame pour dessiner à l'encre de Chine.
Pâte à papier
[modifier | modifier le code]
La fibre de bambou peut être utilisée pour produire de la pâte à papier. Cet usage est très ancien en Chine. Phyllostachys viridiglaucescens et Phyllostachys edulis sont le plus usités en la matière.

Textile
[modifier | modifier le code]Avec plus d'un millier d'espèces connues et d'innombrables applications, le bambou conquiert aujourd'hui le marché du textile à grand renfort de publicité. Un processus similaire à la transformation de la pâte à papier en rayonne permet de changer la cellulose du bambou en viscose. En 2004, la Chine - premier producteur mondial de bambous - a exporté pour l'équivalent d'un million de dollars de bambous destinés au secteur du textile.
Échafaudages
[modifier | modifier le code]
La chaume du bambou est utilisée pour sa résistance et sa légèreté pour les échafaudages des gratte-ciel. Parmi les dix plus hauts du monde, ceux du Two International Finance Center (416 m) et Central Plaza (374 m) de Hong Kong, la Jin Mao Tower (421 m) de Shanghai, le Shun Hing Square (384 m) Shenzhen ou le Citic Plaza (391 m) de Guangzhou (Canton), en Chine, ont notamment utilisé ce matériau.
Transport et déplacement
[modifier | modifier le code]

Outre les très connus, à travers le monde entier, vélos en bambou, et les radeaux flottants de bambou (servant également à transporter les chaumes de bambou entier, pour les échafaudages), il intervient indirectement dans les secteurs automobile (placage, pièces telles que volants ou poignées, etc.), mais aussi dans la marine (mat composite), et ferroviaire, aviation (lamellé-collé, contreplaqués de bambou qui sont plus légers, souples et résistants que ceux en bois classique). Il intervient aussi au niveau des structures, comme les ponts et passerelles des routes et chemins de communications.
Construction
[modifier | modifier le code]





Constructions légères : cases, pilotis, cloisons, « ponts de singes », etc. Simón Vélez est un des architectes leaders dans la conception de structures en bambou. Une entreprise française propose d'ores et déjà des bungalows et des maisons avec un système d'assemblage de panneaux en bambou, homologués aux normes internationales de construction. Soutenue par Oséo, elle est en train d'homologuer ce système aux eurocodes[33]. Des essais de contrainte et de résistance[34] montreraient en effet que la fibre de bambou a une résistance exceptionnelle, jusqu'à 40 kg/mm2 ; la fibre de bois résiste seulement jusqu'à 5 kg/mm2 et le fer de construction jusqu'à 37 kg/mm2. Par exemple, en pratique : une poutre d’acier de construction d’un mètre de long et d’un centimètre carré de section, pèse 785 grammes et supporte une charge de jusqu'à quatre tonnes avant de céder et plier. Pour le bois, une poutre de même longueur et de même poids, ayant une section de treize centimètres carrés, résistera jusqu'à huit tonnes de pression seulement. Alors qu'un bambou de longueur identique et présentant une section de douze centimètres carrés ne rompra qu’à partir de douze tonnes de pression. Le lamellé-collé de bambou, principalement Phyllostachys viridiglaucescens et Phyllostachys edulis, est utilisé pour la fabrication de parquets, meubles, etc., et également en charpente. Il aurait même de meilleures performances de résistance que le lamellé-collé classique en bois. Il est principalement fabriqué en Chine et au Japon. Des entreprises et des organismes travaillent sur le développement de structures en bambou lamellé-collé, plus performantes que celles en bois à diamètre égal.
Le bambou peut également être utilisé en structure, en association avec de la terre crue, bauge, torchis, ou adobe, pour la construction de murs et de cloisons. Au Japon cette technique était particulièrement utilisée dans les temps anciens pour ces capacités anti sismiques. D'anciennes constructions de ce type sont d'ailleurs encore debout et résistent toujours, défiant ainsi le temps lui-même. À ce jour elle est maintenant utilisée un peu partout à travers le monde entier.
À ce jour, le bambou semble ainsi être une (la ?) solution idéale, écologique, renouvelable, pérenne, pour la création d'un habitat[35] sain et avec un très faible impact sur l'environnement, ainsi qu'une faible énergie grise impliquée dans sa conception, sa mise en œuvre et sa fabrication. Il est aussi plus résistant, solide, souple et léger que l'acier et le bois. Il renouvelle ses chaumes (utilisables en construction) en moins de cinq ans, contre quelques décennies (voire siècles) pour les bois de feuillus. Il se cultive sans apports d'intrants, pesticides ni fongicides, contrairement à certaines forêts "industrielles" de résineux servant à alimenter la filière bois pour la construction. Et grâce aux nouveaux architectes designers (comme Simón Vélez, Elora Hardy, etc.), de nouvelles voies s'ouvrent sur des conceptions inédites.
Commerce
[modifier | modifier le code]La France, en 2014, est importatrice nette de bambou, d'après les douanes françaises. Le prix à la tonne à l'import était d'environ 920 €[36].
Dans la culture populaire
[modifier | modifier le code]Journée mondiale du bambou
[modifier | modifier le code]Comme chaque année, la Journée internationale du bambou se déroule le [37]. Elle a été instaurée lors du huitième congrès mondial du bambou (WBC/ World Bamboo Congress), auquel 43 pays ont participé, à Bangkok en Thaïlande en 2009[38].
Dans la culture Japonaise
[modifier | modifier le code]Le bambou est un symbole de prospérité au Japon, et également de pureté et d'innocence en raison de sa forme simple, non tortueuse[39]. De nombreuses expression font référence au bambou, par exemple : "Ranger le bois et le bambou ensemble" désigne un manque d'harmonie, ou encore "Yabuhebi" (littéralement Bambou-serpent) signifie récolter une mauvaise chose d'un acte inutile, relatif au fait que tisonner un buisson de bambou puisse faire sortir un serpent[39].
Le bambou est présent dans les contes japonais anciens, y compris le plus ancien d'entre eux, la princesse Kaguya est retrouvée dans une coupe en bambou. Lors de la fête du Tanabata, les vœux et poèmes des japonais sont écrits sur des Tanzaku accrochés aux feuilles du bambou, puis le lendemain celui-ci est brûlé ou jeté dans le fleuve pour que les vœux se réalisent[39].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Esther Titilayo Akinlabi, Kwame Anane-Fenin et Damenortey Richard Akwada, Bamboo, the multipurpose plant, Springer, (ISBN 978-3-319-56808-9, lire en ligne)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Emmet J. Judziewicz et Sol Sepsenwol, « The world's smallest bamboo: Raddiella vanessiae (Poaceae: Bambusoideae: Olyreae), a new species from French Guiana », Journal of the Botanical Research Institute of Texas, vol. 1, no 1, , p. 1-7 (lire en ligne).
- ↑ Définition du mot Turion dans le Dictionnaire de botanique en ligne, consulté le 13 novembre 2014
- ↑ Informations lexicographiques et étymologiques de « turion » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
- ↑ Turion, dans Meyer C., ed. sc., 2014, Dictionnaire des Sciences Animales on line. Montpellier, France, Cirad. Consulté le 13/11/2014.
- ↑ (en-GB) « Fastest growing plant », sur Guinness World Records (consulté le )
- ↑ Carl Veller, Martin A. Nowak and Charles C. Davis Extended flowering intervals of bamboos evolved by discrete multiplication Ecology Letters Article first published online: 11 MAY 2015 | DOI: 10.1111/ele.12442
- 1 2 3 (en) « Facts about Bamboo », sur bambooimport.com (consulté le )
- ↑ Les arbres hors forêt : vers une meilleure prise en compte, Food & Agriculture Org., , p. 211.
- ↑ (en) Balkrishna, « Is bamboo tree or grass? Modi government solves puzzle », sur India Today, (consulté le )
- 1 2 Fadrique, B., Veldman, J. W., Dalling, J. W., Clark, L. G., Montti, L., Ruiz‐Sanchez, E., ... & Prada C.M (2020) Guidelines for including bamboos in tropical ecosystem monitoring. Biotropica ; 17 fav 2020 (résumé)
- ↑ [Van den Dobbelsteen et al., 2006] (en) Pablo Van der Lugt, Andy A.J.F. Van den Dobbelsteen et Jules J.A. Janssen, « An environmental, economic and practical assessment of bamboo as a building material for supporting structures », Construction and Building Materials, Amsterdam, Elsevier, vol. 20, no 9, , p. 648–656 (DOI 10.1016/j.conbuildmat.2005.02.023, lire en ligne)
- ↑ Liese, W. (1998). The anatomy of bamboo culms. Technical report no. 18. Beijing : International Network for Bamboo and Rattan.
- 1 2 3 4 5 Gielis, J. (s.d.). Future possibilities for bamboo in European agriculture. Oprins Plant, Rijkevorsel.
- ↑ Liese, W. « Bamboo as Carbon-Sink - Fact or Fiction? ».
- ↑ Kleinhenz, V. et Midmore, D. J. (2001). Aspects of bamboo agronomy. Advances in Agronomy, 74, 99–153. DOI 10.1016/S0065-2113(01)74032-1
- ↑ Zheng, Y. et al. (2022). Dynamics of Leaf-Litter Biomass, Nutrient Resorption Efficiency and Decomposition in a Moso Bamboo Forest After Strip Clearcutting. Frontiers in Plant Science, 12, 799424. DOI 10.3389/fpls.2021.799424
- ↑ Chiti, T., Blasi, E., Chiriacò, M.V. (2024). Carbon sequestration in a bamboo plantation: a case study in a Mediterranean area. Journal of Forestry Research, 35, 51. DOI 10.1007/s11676-024-01696-9
- ↑ Yuen, J.Q., Fung, T. et Ziegler, A.D. (2017). Carbon stocks in bamboo ecosystems worldwide: Estimates and uncertainties. Forest Ecology and Management, 393, 113–138. DOI 10.1016/j.foreco.2017.01.017
- ↑ van der Lugt, P., ThangLong, T. et King, C. Carbon sequestration and carbon emissions through bamboo forests and products. INBAR Working paper.
- ↑ Christanty, L., Mailly, D. et Kimmins, J.P. (1996). "Without bamboo, the land dies": Biomass, litterfall, and soil organic matter dynamics of a Javanese bamboo talun-kebun system. Forest Ecology and Management, 87(1–3), 75–88. DOI 10.1016/S0378-1127(96)03834-0
- ↑ Bian, F. et al. (2020). Bamboo – An untapped plant resource for the phytoremediation of heavy metal contaminated soils. Chemosphere, 246, 125750. DOI 10.1016/j.chemosphere.2019.125750
- ↑ Komatsu, H. et al. (2010). Stand-scale transpiration estimates in a Moso bamboo forest: II. Comparison with coniferous forests. Forest Ecology and Management, 260(8), 1295–1302. DOI 10.1016/j.foreco.2010.06.040
- ↑ Haughton, A.J. et al. (2016). Dedicated biomass crops can enhance biodiversity in the arable landscape. GCB Bioenergy, 8(6), 1071–1081. DOI 10.1111/gcbb.12312
- ↑ Negi, D. et Saxena, S. (2011). Micropropagation of Bambusa balcooa Roxb. through axillary shoot proliferation. In Vitro Cellular & Developmental Biology — Plant, 47, 604–610.
- ↑ Optimization of an efficient micropropagation system from the axillary buds of Phyllostachys pubescens. In Vitro Cellular & Developmental Biology — Plant, 2025. DOI 10.1007/s11627-025-10590-w
- ↑ Gielis, J. et Oprins, J. (2002). Micropropagation of temperate and tropical woody bamboos — from biotechnological dream to commercial reality. In Bamboo for sustainable development. Proceedings of the Vth International Bamboo Congress, San José, Costa Rica, p. 333–344.
- ↑ Negi, D. et Saxena, S. (2017). In vitro propagation of bamboo species through axillary shoot proliferation: a review. Plant Cell, Tissue and Organ Culture. DOI 10.1007/s11240-017-1325-1
- ↑ Lian Tairan. Le bambou en Chine. Archive de documents de la fao Consulter en ligne
- ↑ Isidore Hedde, Étude pratique du commerce d'exportation de la Chine. (Avec Auguste Haussmann et Natalis Rondot), Paris, Renard, (lire en ligne)
- ↑ E. Verdier-Latour. Études sur le bambou: Macao 1853. Consulter en ligne
- ↑ « Bambou alimentation et ustensiles : photos et vidéos galerie », sur 2bamboo (consulté le )
- ↑ (en) « Origins and development of bamboo music (archive) », bbc.co.uk, (consulté le ).
- ↑ « Mise en ligne le 21 sept. 2009 Test of bamboo panels (stenotachya) from Bambou Habitat (partenair in Europe of Bambou Technologies, Bambooliving). In Bordeaux, FCBA, technical laboratory specialised in wood structures », sur ((fr) vidéo) (consulté le )
- ↑ « Le bambou aux multiples usages ainsi que dans l'architecture - le bambou herbe miracle ? », sur Architechture&Design / www.archidev.org (consulté le )
- ↑ « Le bambou et l'habitat, constructions et ussges: galerie photos et vidéos », sur 2bamboo (consulté le )
- ↑ « Indicateur des échanges import/export »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur lekiosque.finances.gouv.fr, Direction générale des douanes. Indiquer NC8=14011000 (consulté le ).
- ↑ « Journée Mondiale du Bambou », sur 2bamboo.jimdo.com Toute l'Info sur les bambous (consulté le )
- ↑ « Congrès mondial du Bambou », sur 2bamboo.jimdo.com Toute l'Info sur les bambous (consulté le )
- 1 2 3 Namiko Abe, « Bamboo and Japanese Culture », sur www.thoughtco.com,
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Liste des noms vernaculaires de bambou
- Bambouseraie
- Bambouseraie de Prafrance
- Floyd Alonso McClure
- Jean Houzeau de Lehaie
- Elizabeth Anita Widjaja
- Fibre de bambou
- Instrument de musique en bambou
- Journée internationale du bambou
- Lamellé-collé
- Liste des dates de floraison de bambou
- Pousse de bambou
- Big Bambú
- Tabachir
- Mautam
- Virus de la mosaïque du bambou
- Réseau international de recherche sur le bambou et le rotin
- Agbehoun
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) KM Wong, Bamboo, the Amazing Grass : A Guide to the Diversity and Study of Bamboos in Southeast Asia, Bioversity International, , 98 p. (lire en ligne).
- (en) K.K. Seethalakshmi, M.S. Muktesh Kumar, K. Sankara Pillai, N. Sarojam, Bamboos of India : A Compendium : Volume 17 de INBAR technical report, BRILL, , 342 p. (ISBN 978-81-86247-25-9, présentation en ligne).
- DE BOCK Kevin, « Voir », Création artisanale de montres en bois de bambou.