Contraception d'urgence

La contraception d’urgence[1], initialement appelée contraception du lendemain (ou plus communément pilule du lendemain)[2], se définit comme les méthodes contraceptives qu’une femme peut utiliser pour prévenir la survenue d’une grossesse après un rapport non protégé[3],[4]. Elle est inefficace dès lors que le processus d'implantation a commencé[5]. Le terme de contraception d’urgence est ainsi préférable à celui de contraception du lendemain qui peut donner l'impression que son utilisation est à envisager le lendemain du rapport, et non à appliquer « en urgence », dès la constatation du rapport non protégé.
Le choix de la contraception d'urgence dépend du délai entre le rapport à risque et la mise en route de la contraception par rapport à l'ovulation:
- Mise en route de la contraception d'urgence avant l'ovulation , tous les méthodes sont efficaces. L'utilisation de l'acétate d'ulipristal (un modulateur sélectif du récepteur de la progestérone) est la méthode de référence mais son efficacité diminue quand le délai s'allonge. Le lévonorgestrel est moins efficace chez les femmes en surpoids et il peut avoir des interactions médicamenteuses en cas de traitement par des inducteurs des enzymes CYP3A4. Enfin la prise de millepertis diminue aussi son efficacité.
- Mise en route de la contraception d'urgence après l'ovulation ou délai de plus de 120 heures, le DIU est le seul moyen efficace. Il doit être posé idéalement avant l'ouverture de la fenêtre de nidation (soit 4 jours après l’ovulation). La pose avant la fermeture de la fenêtre de nidation est possible(soit 8 jours après l’ovulation).
La contraception d’urgence hormonale (par progestatif seul) n’est pas efficace à 100 % mais est d’autant plus efficace qu’elle est débutée plus précocement après le rapport non protégé. L’utilisation opportuniste et répétitive de cette méthode en tant que méthode contraceptive est nettement moins efficace qu’une méthode continue[3]. Ainsi elle n'est pas considérée comme un substitut à une méthode contraceptive régulière. Contrairement aux idées reçues, les contraceptions d'urgences ne présentent aucun risque pour la santé, ne rendent pas stérile et les effets secondaires sont mineurs (retard de cycle, légers saignements, maux de tête, nausée ou encore vomissements)[6].
Parmi les alternatives hormonales disponibles en France, il est recommandé d’utiliser la méthode par progestatif seul (Norlevo/Vikela), plutôt que la méthode œstroprogestative de Yuzpe[7]. La contraception d’urgence par progestatif seul est en effet plus efficace que la méthode de Yuzpe (niveau de preuve 1) et présente moins d’effets secondaires (niveau de preuve 1). Elle ne présente aucune contre-indication. Elle est inefficace en cas de grossesse débutante.
Historique
[modifier | modifier le code]Le premier cas de contraception d’urgence, documenté en 1964 aux Pays-Bas, est d’ailleurs celui d’une jeune fille de 13 ans à laquelle ont été administrés des œstrogènes, après un viol collectif, alors qu’elle était en milieu de cycle menstruel[8]. À cette même époque, une étude clinique réalisée à l’Université de Yale (États-Unis)[9] avait examiné l’effet d’œstrogènes de synthèse, le diéthylstilbestrol (25-50 mg/j) ou l’éthinylestradiol (0,5-2 mg/j), pendant quatre à six jours après le rapport sexuel. Mais les études cliniques utilisant les concepts encore actuels de contraception d’urgence n’ont été conduites qu’une dizaine d’années plus tard, au Canada, par Abraham A. Yuzpe et al.[7], qui laissera son nom au protocole utilisant une combinaison œstroprogestative , et en Amérique du sud, par Erich von Kesserü et al., avec des progestatifs seuls[10]. En 1979, Jack Lippes et al. décrivaient pour la première fois une autre méthode dans le cadre de la contraception d’urgence : l’utilisation d’un dispositif intra-utérin au cuivre[11].
Dans les années 1980, le lévonorgestrel (Norlevo dont la mise sur le marché français date d') fait son entrée dans cette indication à 0,6 mg dans les 12 heures suivant le rapport non protégé (ce qui correspond en pratique à 20 comprimés de Microval). Dans les années 1990, l’administration de 2 doses de 0,75 mg de lévonorgestrel à 12 heures d'intervalle montre une efficacité identique avec moins d'effets secondaires comparée à la méthode de Yuzpe[12]. On note alors que l'efficacité des deux méthodes baisse avec le temps ; le taux d'échec et donc de grossesse passe de 0,4 % à 1,2 % puis 2,7 % par tranche de 24 heures. La limite des 72 heures si vite dépassée dans l'urgence, constitue alors la limite de cette méthode[13].
Au début des années 1990, des données relatives à l’utilisation de modulateurs sélectifs du récepteur de la progestérone (les SPRM pour selective progesterone receptor modulators) pour une contraception d’urgence sont apparues. L’étude de référence, conduite par Anna Glasier et David Baird, à Edimbourg (Royaume-Uni)[14], avait pour but de comparer une prise unique de mifépristone (un stéroïde de synthèse, aussi appelé RU486), à la dose de 600 mg, à l’association éthinylestradiol (100 µg par prise) – norgestrel (1 mg par prise), qui demandait deux prises à 12 h d’intervalle. Le RU486 (initialement appelé RU 38 486) avait été découvert en 1981 par une équipe de chercheurs des laboratoires Roussel-Uclaf, Roger Deraedt, Daniel Philibert, Germain Costerousse et Georges Teutsch, qui recherchaient des anti-glucocorticoïdes dont certains s'avérèrent être également des anti-progestérone. Étienne-Émile Baulieu, alors conseiller de Roussel-Uclaf, et qui, de son côté, travaillait avec son équipe de l'Inserm sur les fonctions de la progestérone[14] , fit alors tester avec succès à Genève l'activité d'interruption de grossesse du RU 486 chez onze femmes enceintes, test dont les résultats positifs furent présentés à l'Académie des sciences le [15]. Près de dix ans plus tard, en 1991, l'étude d'Anna Glasier et David Baird rapportait la première exploration d’une contraception d’urgence en mono-prise. En 2006, Mitchell D. Creinin et al. publiaient la première étude d’un nouveau modulateur sélectif du récepteur de la progestérone, l’ulipristal acétate, utilisé dans le contexte d’une contraception d’urgence. Cette molécule est encore actuellement commercialisée en France et dans le reste du monde[16]. Les modulateurs sélectifs du récepteur de la progestérone venaient ainsi compléter l’offre de contraception d’urgence sans œstrogènes. Ils apportaient la possibilité d’une contraception d’urgence hormonale, efficace jusqu’à la 120e heure après le rapport, tout comme le DIU au cuivre, mais moins contraignante. L’évolution vers une contraception d’urgence dépourvue d’œstrogènes, afin de limiter les effets secondaires induits par ces hormones et les contre-indications vasculaires, et son corollaire, la mise à disposition de molécules sans prescription médicale, sont ainsi devenus les piliers de la panoplie actuelle de la contraception d’urgence.
Indications de la contraception d'urgence
[modifier | modifier le code]La contraception d'urgence est indiquée pour éviter la survenue d’une grossesse après un rapport non protégé (RNP)[5] :
- échec ou défaut du moyen de contraception habituellement utilisé :
- rupture du préservatif masculin ou féminin,
- décrochement du dispositif intra-utérin (DIU, ou stérilet),
- coïtus interruptus mené ou non,
- irrégularité dans la prise d'un traitement contraceptif hormonal (la « pilule »),
- ou encore :
- grossesse non désirée pour le couple n'utilisant habituellement pas de moyens de contraception,
- rapport non consenti (viol).
Le recours à une contraception régulière doit de préférence être envisagé après l'usage d'une contraception d'urgence afin qu'il reste ponctuel.
La contraception d'urgence peut être répétée au cours d'un même cycle par le lévonorgestrel, la sécurité de l'utilisation de l'acétate d'ulipristal n'étant pas assurée dans ce cas[17].
La méthode par dispositif intra-utérin
[modifier | modifier le code]C'est Lippes en 1976 qui, le premier, a proposé la pose d'un DIU au cuivre en contraception d'urgence[18]. Le DIU au cuivre peut être inséré pour prévenir une grossesse jusqu’au moment de l’implantation de l’œuf (soit cinq à sept jours après l’ovulation). Si une femme a eu un rapport sexuel trois jours avant son ovulation, le DIU au cuivre peut prévenir une possible grossesse s’il est implanté jusqu’à dix jours après le rapport sexuel[19], voire à tout moment du cycle[20]. Cependant, en raison des difficultés pour déterminer le jour de l’ovulation, et du fait des réticences liées à une potentielle interruption d’une grossesse débutante, il est généralement recommandé d’utiliser le DIU au cuivre seulement jusqu’à cinq jours après le rapport sexuel. L’effet de l’implant sur le développement possible d’une grossesse, malgré sa présence, a été évalué dans une méta-analyse regroupant 42 études portant sur 7 034 femmes chez lesquelles un DIU au cuivre avait été implanté dans le cadre d’une contraception d’urgence : seules dix grossesses ont été observées. Ce qui représente un taux d’échec de 0,14 % ([IC] 95 % : 0,08-0,25) , montrant ainsi l’efficacité de cette méthode[21].
Les deux types de DIU disponibles (au cuivre et au lévonorgestrel) induisent dans l’endomètre une réaction inflammatoire pour l’un, ou un environnement hormonal pour l’autre, qui résultent en l’inhibition de l’implantation de l’œuf dans l’utérus. Le DIU au cuivre a également un effet toxique sur les gamètes, ce qui augmente son efficacité dans le cadre de la contraception d’urgence[22].
La contraception d’urgence par DIU au cuivre reste pourtant relativement peu utilisée en France (24 % des contraceptifs d’urgence), notamment en raison de la nécessité de l’intervention d’un professionnel de santé, de la limitation de son usage aux femmes ayant déjà eu des enfants, jusqu’en 2004[22] , et de la crainte du risque infectieux[23]. La démocratisation de son utilisation chez les femmes nullipares, et les recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) en 2018, qui ont simplifié les modalités de pose du DIU[24], pourraient néanmoins permettre d’accroître le recours à cette modalité de contraception d’urgence.
Cette méthode de contraception d’urgence permet également d’instaurer, chez la femme qui la reçoit, une contraception au long cours. Le DIU au cuivre n’est cependant pas adapté à toutes les femmes, notamment parce qu’il augmente le risque de saignements plus abondants lors des règles, un inconvénient qui peut cependant être prévenu par l’utilisation d’un DIU comme le DIU au lévonorgestrel, qui est hormonal et n’induit pas d’inflammation.
Jusqu’à présent, le DIU au lévonorgestrel a été étudié dans le cadre de la contraception d’urgence uniquement en association avec une prise de la même molécule par voie orale. Son efficacité utilisé seul est la même que celle d'un DIU au cuivre[25],[26],[27].
La contraception d'urgence hormonale
[modifier | modifier le code]La méthode Yuzpe, pionnière de la contraception d’urgence hormonale
[modifier | modifier le code]Dans les années 1960, de fortes doses d'œstrogènes avaient été utilisées, jusqu'à la popularisation de la "méthode de Yuzpe" qui consiste à administrer 2 doses à 12 heures d'intervalle, dans les 72 heures suivant un rapport non protégé, de 100 μg d'éthinyl œstradiol associés à 500 μg de lévonorgestrel (Stédiril 2cp x 2), commercialisée temporairement en France sous le nom de Tétragynon (1998)[7]. Cette première contraception d'urgence a été retirée du marché du fait de ses risques et de sa moindre efficacité au regard du lévonorgestrel.
Le lévonorgestrel
[modifier | modifier le code]Le lévonorgestrel n'étant qu'un progestatif ne présentant donc pas de contre-indication, il a pu être proposé sans ordonnance. D'abord utilisé à raison de deux prises de 0,75 mg à 12 heures d'intervalle, le Norlevo 1,5 mg se prend en une seule prise depuis . En France, pour les femmes mineures, il est gratuit, facilement disponible et y recourir est confidentiel (décret 2002- 39 du ). Depuis , sa prescription médicale en permet le remboursement à hauteur de 65 % pour toutes les femmes. Il s'en est vendu en France 1.255 million de boîtes en 2009[3]. Chez les femmes présentant un surpoids important, l’efficacité du lévonorgestrel est aussi potentiellement diminuée[28] ; la contraception d’urgence devra alors s’effectuer avec un autre choix.
Mode d'action
[modifier | modifier le code]La contraception d'urgence par le lévonorgestrel retarde l'ovulation (ou la perturbe lorsqu'elle est sur le point de se produire)[29], mais elle ne la stoppe pas lorsqu'elle est commencée[30], c'est-à-dire lors du pic de LH. Il est donc important de prescrire cette contraception d'urgence très rapidement, voire avant l'ovulation dont la date n'est pas fixe. Son efficacité reste cependant limitée à une administration strictement pré-ovulatoire. En effet, lorsqu’il est pris en présence d’un follicule dominant d’une taille comprise entre 12 et 17 mm, il inhibe l’ovulation dans 96 % des cas. Mais dès que le taux de LH (hormone lutéinisante) a commencé d’augmenter[31], le lévonorgestrel est sans effet. Lorsque le follicule dominant atteint 18 à 20 mm (avec une ovulation attendue dans les 48 heures), il ne prévient en effet l’ovulation que dans 12 % des cas[32]. Prescrit au long cours, il agit sur la glaire cervicale, altérant la pénétration des spermatozoïdes, mais cet effet n’a pas été confirmé en contraception d’urgence. Le lévonorgestrel aurait aussi un effet sur la mobilité des spermatozoïdes et leur pouvoir fécondant. Cependant, si le rapport sexuel a eu lieu dans les heures ou jours précédant l'ovulation, elle peut bloquer l'ovulation, empêchant la fécondation : dans ce cas, son action ne diffère pas véritablement de la pilule ordinaire. Toutefois, elle est inefficace dès lors que le processus d'implantation a commencé[5]. Les recommandations de 2008 conviennent de ne pas dépasser le délai indiqué[3].
Il est probable[33] que le lévonorgestrel rende l'endomètre impropre à la nidation[34]d'un embryon, ce qui n'est pas l'avis de l'OMS[35]. Cette fonctionnalité suscitant le rejet de cette technique par les opposants à l'avortement.
Efficacité
[modifier | modifier le code]L'OMS donne un taux de succès qui change suivant le moment de la prise de la contraception d'urgence[5]. L'efficacité est de 95 % si elle est prise dans les 24 heures qui suivent le rapport non protégé, de 85 % dans les 24 à 48 heures, de 63 % dans les 49 à 72 heures, 58 % dans les 72 à 120 heures[36]. L'efficacité de cette contraception d'urgence diminue donc rapidement avec le temps, d'où l'importance d'une prise la plus proche possible du rapport non protégé. Le lévonorgestrel n'est plus indiqué au-delà du 3e jour[37].
Précaution d’emploi
[modifier | modifier le code]Il présente cependant quelques inconvénients : un risque d’interaction médicamenteuse, et une possible réduction de son efficacité chez les femmes en surpoids. En effet, le risque de diminution d’efficacité du lévonorgestrel en cas de traitement par des inducteurs des enzymes CYP3A4 (Cytochrome P450 3A4) au cours des quatre dernières semaines avant sa prise, a conduit l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à préconiser, en 2017, en cas de ce type de traitement, soit une utilisation d’une contraception d’urgence non hormonale, c’est-à-dire le DIU au cuivre, soit, si cette solution n’est pas possible, de doubler la dose standard de lévonorgestrel, de 1,5 mg à 3 mg. D’autres traitements peuvent également influer sur l’efficacité du lévonorgestrel. Rappelons en effet que les suppléments à base de plantes, comme le millepertuis, fortement dosés (plus de 1 mg par jour) en leur molécule active, l’hyperforine, peuvent également être à l’origine de tels effets[38].
Contre-indications et effets secondaires
[modifier | modifier le code]Il n'y a aucune contre-indication absolue[37]. La contre-indication est une hypersensibilité au levonorgestrel ou à un des excipients. Après la prise de lévonorgestrel, les règles surviennent généralement à la date prévue. Tout retard des règles de plus de 5 jours, ou des règles anormales doivent faire pratiquer un test de grossesse[13]. La tolérance du lévonorgestrel est bonne. Rappelons que c'est son excellente tolérance qui avait permis sa mise en vente libre en 1999. Les effets secondaires du lévonorgestrel se manifestent principalement par des métrorragies ou ménorragies, des nausées (23 %), des vomissements, des douleurs abdominales et plus rarement vertiges, asthénie, céphalées[37].
En cas de vomissements dans les trois heures suivant la prise du comprimé, il est recommandé de reprendre un comprimé immédiatement. Il existe enfin des interactions avec d'autres médicaments susceptibles de diminuer l'efficacité du contraceptif. Plusieurs prises au cours d'un même cycle menstruel peuvent provoquer des perturbations importantes du cycle ou des saignements anormaux mais sans gravité. Cette méthode contraceptive n'est pas considérée comme un moyen de contraception habituel, mais seulement comme un recours d'urgence.
Les effets secondaires ou indésirables ou encore le climat d'urgence de cette méthode peuvent favoriser un stress.
Modalités de dispensation
[modifier | modifier le code]Le lévonorgestrel est disponible sans prescription dans les pays suivants : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angleterre, Australie, Belgique, Canada (sauf Québec), Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Islande, Israël, Maroc, Mexique, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Slovaquie, Suède, Suisse, Tunisie, Cambodge, Thaïlande, et depuis le aux États-Unis pour les femmes de plus de 17 ans.
En France, depuis , la loi impose aux pharmacies la délivrance gratuite de la contraception d'urgence par voie orale sans condition d'âge[39] ainsi que[40] :
- dans les centres de santé sexuelle, y compris sans couverture sociale pour une femme majeure sans prescription et anonymement ;
- dans les CeGIDD, sans prescription médicale et anonymement ;
- dans les établissements d'enseignement du second degré pour les femmes mineures ou majeures ;
- dans les services de santé universitaire.
Avant cela, en France, la loi imposait depuis 2002 aux pharmacies la délivrance gratuite de la contraception d'urgence aux femmes mineures, sans vérification de leur identité[41], et pour les femmes plus âgées, le médicament était remboursé à 65 % par la sécurité Sociale lorsqu'il était prescrit par un médecin ou une sage-femme[40].
Au Québec, les médecins et les pharmaciens peuvent prescrire ce médicament (ils peuvent toutefois refuser de le faire pour des raisons personnelles et référer la patiente à un autre professionnel). Les frais de la consultation sont couverts par la Régie de l'Assurance-Maladie du Québec (RAMQ) dans les deux cas. Pour ce qui est du médicament, il est couvert par l'assurance (publique ou privée) de la patiente.
Dans le reste du Canada, depuis , le Plan B est vendu sans ordonnance. Les modalités exactes de vente sont déterminées par les provinces.
La notice d'utilisation contenue dans la boîte de lévonorgestrel devrait être mise à jour à la mi-2014 dans tous les pays de l'Union européenne[42], et préciser que la méthode est moins efficace chez les femmes pesant plus de 75 kg et qu'elle n'est plus efficace chez celles pesant plus de 80 kg (IMC supérieur à 25 kg/m2)[43]. Le , l'ANSM communique que, dans le cadre d'un arbitrage européen, le Comité européen des médicaments à usage humain de l'Agence européenne des médicaments, après analyse des différentes études existantes, a conclu que le rapport bénéfice/risque restait favorable quel que soit le poids de la femme[44].
Acétate d'ulipristal et mifépristone : une bonne tolérance et une efficacité majorée
[modifier | modifier le code]La mifépristone et l’ulipristal acétate ont été évalués et sont utilisés à travers le monde pour la contraception d’urgence. L’acétate d'ulipristal est la seule molécule commercialisée en France à la dose de 30 mg (EllaOne)[37]dans l’indication de contraception d’urgence, depuis 2009, et autorisée à la vente sans prescription en 2015. Elle est désignée parfois sur le terme trompeur de pilule du surlendemain. Le principal mécanisme d’action de cette molécule, dans le contexte de la contraception d’urgence, semble être plus une interférence avec l’ovulation qu’un effet anti-implantatoire[45]. En France, cette pilule est dispensée sans prescription et est donnée aux mineures gratuitement et de façon anonyme. Elle peut être remboursée pour les majeures en cas de prescription par un médecin ou une sage-femme.
L’efficacité de ces deux molécules, aux doses de 25 à 50 mg pour la mifépristone, et de 30 mg pour l’ulipristal acétate, est équivalente ou supérieure à celle du lévonorgestrel durant les premières heures suivant le rapport à risque de grossesse[31].
Mode d'action et efficacité
[modifier | modifier le code]Les modulateurs sélectifs du récepteur de la progestérone sont dépourvus d'effets métaboliques indésirables, notamment sur la glycémie, les lipides et la tension artérielle. L’ulipristal acétate, administré avant le début du pic de LH, retarde ou inhibe la rupture folliculaire, dans 100 % des cycles d’ovulation[31]. Il reste efficace lorsqu’il est administré après le début du pic de LH, retardant l’ovulation dans 79 % des cycles (vs 14 % pour le lévonorgestrel et 10 % pour le placebo). En revanche, une fois le pic de LH atteint, l’ulipristal acétate, comme le lévonorgestrel, n’a plus d’effet sur l’ovulation.
Dans un modèle murin, l’ulipristal acétate inhibe, au niveau ovarien, l’expression de gènes impliqués dans l’ovulation, gènes qui sont régulés par le récepteur de la progestérone[45]. À la dose utilisée en contraception d’urgence, l’ulipristal acétate n’a pas d’effet significatif sur la maturation sécrétoire de l’endomètre[46]. Il n’inhibe pas l’implantation de l’embryon dans un modèle humain in vitro[47]. Enfin, les études cliniques et de pharmacovigilance ne montrent pas d’augmentation du risque de fausse couche lors des grossesses survenues après prise d’ulipristal acétate en contraception d’urgence[48].
L'acétate d'ulipristal est statistiquement supérieur au lévonorgestrel[49]. Par rapport au lévonorgestrel, leur efficacité est allongée, jusqu’à 120 h après le rapport[50]. Néanmoins, une prise aussi précoce que possible reste préférable, l’efficacité de ces molécules diminuant avec le délai de prise après le rapport : L'acétate d'ulipristal est trois fois plus efficace s'il est pris dans les 24 premières heures après rapport sexuel, deux fois plus s'il est pris dans les 72 heures, et son efficacité est maintenue jusqu'à cinq jours après un rapport sexuel, ce qui correspond à la durée de vie maximale des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines[50]. Chez les femmes en surpoids, contrairement à celle du lévonorgestrel, leur efficacité est maintenue, faisant préférer l’ulipristal acétate dans ce cas[24],[28].
L’un de problèmes posés par ce mode de contraception d’urgence est la survenue d’un retard, parfois de plus de 7 jours, des règles suivantes. Cela peut constituer une source d’anxiété pour les femmes. La prise d’une contraception progestative, immédiatement après une contraception d’urgence, est également susceptible de diminuer l’efficacité de l’ulipristal acétate[51]. Il est donc recommandé aux femmes, sous contraception hormonale régulière, d’utiliser, si besoin est, une contraception d’urgence à base de lévonorgestrel plutôt que d’ulipristal acétate. Il est aussi déconseillé de débuter une contraception régulière juste après une contraception d’urgence par ulipristal acétate[24].
Limitation de l'utilisation de l'acétate d'ulipristal comme contraception urgente
[modifier | modifier le code]Il y a une limitation dans l'utilisation de l'acétate d'ulipristal comme contraceptif en urgence: dans le cas de la prise en cas de décalage de plus de douze heures d'une contraception hormonale à prise quotidienne. il est recommandé de prendre une contraception urgente et de continuer sa contraception quotidienne . Dans ce cas là, il faut prendre du lévonorgestrel comme contraception urgente.
En effet, ces deux molécules ont des modes d'action différentes. Le lévonorgestrel a besoin des récepteurs de la progestèrone pour agir alors que l'acétate d'ulipristal agit en "inactivant" ces récepteurs.
Contre-indications et effets secondaires
[modifier | modifier le code]La tolérance de l'acétate d'ulipristal est comparable au lévonorgestrel. Les seules contre-indications sont l'hypersensibilité aux constituants du médicament, et la grossesse existante ou supposée[37]. L'allaitement n'est pas recommandé pendant au moins 36 heures après une prise d'acétate d'ulipristal[13].
Perspectives : une contraception d’urgence efficace après l’initiation de l’ovulation ?
[modifier | modifier le code]La prostaglandine E2 est un régulateur intra-folliculaire essentiel de l’ovulation ; des taux élevés de PGE2 intra-folliculaires sont en effet nécessaires à l’ovulation. Sa production et son métabolisme impliquent le contrôle de l’expression de nombreuses protéines, la localisation subcellulaire des enzymes qui la produisent, une synthèse et un métabolisme coordonnés, et un transport intra- et extracellulaire pour faciliter son action et sa dégradation[52].
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens de seconde intention, qui inhibent l’activité de l’enzyme à l’origine de la synthèse de la PGE2, la cyclooxygénase de type 2 (COX2), peuvent être à l’origine d’une inhibition de la rupture folliculaire, chez la souris[53], mais aussi chez les primates[54]. Chez la femme, ces anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent également provoquer une anomalie de la rupture folliculaire. Une étude pilote a en effet montré que le méloxicam, un anti-inflammatoires non stéroïdiens ciblant spécifiquement COX2, peut augmenter l’efficacité du lévonorgestrel en contraception d’urgence, notamment lorsque le processus ovulatoire a débuté[55]. Le piroxicam à la dose de 40mg , en association avec le lévonorgestrel améliorent l'efficacité du lévonorgestrel[56]. Les autres molécules participant à la synthèse et au métabolisme de la PGE2 pourraient également représenter des cibles potentielles pour la contraception[52].
Pays et régions exigeant une ordonnance
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Certains pays et régions exigent une ordonnance pour acheter des pilules contraceptives d'urgence: la Colombie, la Corée du Sud, le Pérou, la Pologne, le Québec[57] (du Canada), la Russie, Singapour, Taïwan[58], etc.
Sous-utilisation de la contraception d'urgence
[modifier | modifier le code]Bien que controversé, l'accès à la contraception d'urgence fait partie des objectifs de la politique de santé publique annexés à la loi du (Objectif no 97).
Il n'y a que 10 % des femmes demandant une IVG qui ont utilisé une contraception d'urgence et seulement 11 % des femmes potentiellement à risque de grossesse non désirée qui ont recours à la contraception d'urgence. En les pouvoirs publics français prennent la décision de rembourser la prescription d'EllaOne.
Les motifs de non-utilisation de la contraception d’urgence évoqués sont les suivants[réf. nécessaire] :
- pensait qu'il était trop tard pour la prendre ;
- ne savait pas où se la procurer ;
- trop chère ;
- ne connaissait pas suffisamment la méthode ;
- était gênée de la demander ;
- pensait que la méthode est inefficace ;
- pensait que la contraception d’urgence rendrait malade ou était contre-indiquée ;
- refusait d'avoir recours à une forme d'IVG (la pilule pouvant agir comme moyen de Contragestion).
Il convient de lutter contre les idées fausses (risque tératogène si la grossesse est poursuivie, danger de la prise répétée) et de présenter un discours clair et objectif pour permettre des prises de décisions prenant en compte tous les aspects de l'emploi des contraception d'urgence.
Idées reçues : impact sur la santé, stérilité
[modifier | modifier le code]Selon des idées reçues largement répandues, la contraception d'urgence serait nocive pour la santé, voire rendrait stérile, ce qui est faux[59],[60],[6]. Selon Caroline Rebhi, membre du bureau national du Planning familial, chargée de la commission Éducation à la sexualité, ces idées non fondées, parfois reprises par des professionnels de santé, viennent de la volonté de contrôler le corps des femmes des «esprits conservateurs»[61].
Le nom initialement utilisé de « pilule du lendemain » a longtemps donné l'impression que la contraception d'urgence orale n'était efficace que le lendemain du rapport sexuel. Son efficacité est d'autant meilleure qu'elle est prise tôt, sa prise optimale est dans les 24 premières heures mais elle peut être prise dans les 3 premiers jours (72 heures) pour le lévonorgestrel et jusqu'à 5 jours pour l'ulipristal acétate[62],[63]
Polémiques et faits de société liés
[modifier | modifier le code]Le , lors d'un communiqué, l'Académie pontificale pour la vie s'oppose à l'usage de la contraception d'urgence, décrivant le caractère contragestatif (ou interceptif) de la pilule comme abortif[64]. Elle considère en effet, puisqu'en général la fécondation a eu lieu et que la contraception d'urgence empêche la nidation, qu'il s'agit bien d'un avortement, le produit ayant empêché l'embryon (fruit de la fécondation) de poursuivre son développement en se fixant à l'endomètre.
En , au Chili, le tribunal constitutionnel interdit la distribution gratuite et anonyme de la contraception d'urgence dans les centres de santé publique au titre que la méthode serait contraceptive, sur une requête présentée par 36 députés du parti de droite, Union démocrate indépendante. Cette mesure n'interdit en revanche pas l'usage et la prescription du médicament par un médecin[65].
En , en Espagne, des médecins catalans ont réagi contre la distribution gratuite et anonyme de la contraception d'urgence conduisant selon eux à des dérives d'utilisation, notamment à l'emploi de cette méthode en guise de méthode de contraception régulière[66].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Contraception d’urgence », sur Organisation mondiale de la santé, (consulté le )
- ↑ Aubény E. Contraception d'urgence. Rev. Prat., 2008; 58, 50-3.
- 1 2 3 4 [PDF] Haute autorité de santé (France), Anaes, en collaboration avec l'Afssaps et l'Inpes, « Stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme », Recommandation pour la pratique clinique, (consulté le )
- ↑ La prévention des grossesses non désirées : contraception et contraception d'urgence
- 1 2 3 4 Collectif, validation Afssaps, Le Dictionnaire Vidal 2008, Paris, Éditions du Vidal, (présentation en ligne) — Monographie de Norlevo (nom de la spécialité du lévonorgestrel commercialisée en France).
- 1 2 « À vrai dire. Faut-il se méfier de la pilule du lendemain ? », sur Franceinfo, (consulté le )
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Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
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