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Haute culture

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La haute culture se définit par sa position dominante au sein des hiérarchies culturelles : elle désigne la « culture légitime » ou « savante », qui se construit historiquement par une polarisation vis-à-vis de la « culture de masse » et la « culture populaire ». Elle ne repose donc pas uniquement sur la valeur esthétique intrinsèque des objets (beaux-arts, littérature, philosophie), mais sur un rapport de distinction sociale et une opposition structurelle entre les productions culturelles.

Approche sociologique

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En sociologie, la haute culture ne se définit pas de manière isolée, mais s'inscrit dans une conception élargie des productions culturelles et de leurs interactions : elle se comprend essentiellement par son rapport aux autres formes de cultures, s'insérant dans un système de hiérarchisation des pratiques symboliques[1],[2],[3],[4],[5],[6].

La notion de haute culture est indissociable des concepts de culture légitime ou de culture savante : ces termes sont souvent mobilisés pour décrire une position dominante au sein de l'espace social[1],[2],[3],[4],[5]. Cette classification met en lumière les rapports de force à l'œuvre dans la société, structurant l'espace entre « les cultures dominantes et leurs marges »[7]. Ainsi, l'opposition légitime/illégitime correspond aux oppositions haute culture/basse culture ou encore grande culture/sous-culture[8].

Selon une perspective bourdieusienne (d'après Pierre Bourdieu), rapporté par les sociologues Olivier Galland et Yannick Lemel, la haute culture correspond aux « goûts et habitudes culturelles caractéristiques de la classe sociale supérieure/dominante »[9] ; il s'agit de pratiques savantes (qualifiées de highbrow en anglais[a]) qui nécessitent de disposer d'un fort capital culturel pour être pratiquées ou simplement connues[10]. De même, pour le sociologue Olivier Desouches, l'expression « haute culture » (ou highbrow selon l'historien Lawrence Levine[b]) illustre la manière dont la culture dominante impose une hiérarchie de légitimité[11].

Selon le sociologue Bernard Lahire : « L’opposition entre pratiques culturelles légitimes et pratiques culturelles peu légitimes est, au fond, une opposition formelle qui n’informe en rien sur le contenu ou la nature des pratiques en question, mais désigne seulement leur valeur sociale et leur degré de prestige dans un espace social et culturel où tout ne se vaut pas et où, par conséquent, se manifestent des rapports de domination culturels »[12].

Selon les analyses de Matthieu Letourneux (spécialiste des cultures sérielles et médiatiques) et Michela Passini (spécialiste de l’histoire de l’art), la définition de la haute culture se consolide par un effet de contraste : historiquement, cette structuration devient particulièrement visible au début du XXᵉ siècle, période marquée par une « progressive polarisation des productions culturelles entre haute culture et culture de masse »[13].

Notes, références et bibliographie

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  1. L’opposition entre les arts savants (highbrow) et les arts populaires (lowbrow) a notamment été théorisé par le sociologue Herbert J. Gans (Popular Culture & High Culture) ou l'historien Lawrence W. Levine (Highbrow/Lowbrow) : cf. Coulangeon 2003, p. 5 et Frank 2003, p. 349 et 351.
  2. Cf. Son ouvrage publié en 1988 traduit en français (Levine 2010).

Références

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Bibliographie

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  • Bernard Lahire, La culture des individus : Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, , 778 p. (ISBN 9782707149282, DOI 10.3917/dec.lahir.2006.02, lire en ligne)
  • Matthieu Letourneux et Michela Passini, chap. 7 « Culture de masse et haute culture « à la française » : les circulations oubliées », dans D'ici et d'ailleurs, Paris, La Découverte, (ISBN 9782348060106, DOI 10.3917/dec.deluer.2021.01.0285, lire en ligne), p. 285-322
  • Philippe Coulangeon, « La stratification sociale des goûts musicaux : Le modèle de la légitimité culturelle en question », Revue française de sociologie, vol. 44, no 1, , p. 3-33 (DOI 10.3917/rfs.441.0003, lire en ligne)
  • Olivier Desouches, « La culture : un bilan sociologique », Idées économiques et sociales, vol. 175, no 1, , p. 53-60 (DOI 10.3917/idee.175.0053, lire en ligne)
  • Thomas Frank, chap. 8 « Les cultural studies de gauche à droite », dans Le Marché de droit divin : Capitalisme sauvage et populisme de marché, Agone, coll. « Contre-feux », (lire en ligne), p. 345-384
  • Olivier Galland et Yannick Lemel, chap. 2 « Théories sociologiques de la stratification et des inégalités : des fondements classiques aux débats actuels », dans Sociologie des inégalités, Armand Colin, coll. « U », (ISBN 9782200621308, DOI 10.3917/arco.lemel.2018.01.0039, lire en ligne), p. 39-97
  • Lawrence W. Levine, Culture d’en haut, culture d’en bas : l’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », , 295 p. (ISBN 978-2-7071-6495-7)
  • Eric Darras, « Lawrence W. Levine, Culture d’en haut, culture d’en bas. L’émergence des hiérarchies culturelles aux Etats-Unis », Lectures, (DOI 10.4000/lectures.1347, lire en ligne)
  • (en) Herbert J. Gans, Popular Culture and High Culture : An Analysis and Evaluation of Taste,

Liens externes

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