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Hiberno-latin

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L'île d'Iona (Écosse), l'un des foyers de la culture hiberno-latine

L'hiberno-latin, qu'on appelle également latin hispérique, était une sorte de littérature latine où se joignaient le jeu et l'érudition, et que des moines irlandais ont créée et répandue pendant une période allant du sixième au dixième siècle.

La langue hiberno-latine était remarquable par son vocabulaire curieusement recherché. Alors que ni l'hébreu ni le grec n'étaient bien connus en Europe pendant cette période, il est paradoxal que ce soient des moines irlandais qui les aient parlés couramment ; pour produire des effets, ces auteurs ajoutaient donc des mots étranges venant de ces deux langues aussi bien que du celtique. On a supposé que ce vocabulaire poétique, à la recherche inhabituelle, venait du fait que les moines apprenaient les mots latins grâce à des dictionnaires et des glossaires, et qu'ils mêlaient ces mots peu familiers avec ceux dont ils avaient l'habitude ; c'est qu'à la différence de beaucoup d'autres en Europe occidentale à cette époque, les moines irlandais ne parlaient pas une langue issue du latin. Pendant les VIe et VIIe siècles, le monachisme irlandais se répandit à travers l'Occident chrétien ; les moines irlandais expatriés qui fondaient ces monastères apportaient souvent avec eux des styles littéraires de l'hiberno-latin.

Parmi les auteurs remarquables dont les travaux contiennent quelque chose de l'esprit hiberno-latin, on trouve saint Colomba d'Iona, saint Colomban de Luxeuil, saint Adomnan et Virgile le Grammairien. On attribue aussi à saint Gildas le Sage, l'auteur gallois de De excidio et conquestu Britanniae, le Lorica ou « Pectoral », une incantation apotropaïque contre le mal qui est écrite dans un vocabulaire d'une recherche insolite ; ce qui s'explique très vraisemblablement par son éducation dans les styles irlandais du latin. Jean Scot Érigène fut probablement un des derniers auteurs irlandais à faire des jeux de mots en hiberno-latin. Sainte Hildegarde de Bingen conserve un vocabulaire latin inhabituel, en usage dans son couvent et qui apparaît dans quelques-uns de ses poèmes ; une telle façon peut aussi remonter à l'influence de l'hiberno-latin.

Le style atteint le comble de l'obscurité dans Hisperica Famina, ce qui signifie à peu près « Discours occidentaux ». Ces Famina sont des poèmes descriptifs rhétoriques rédigés dans une sorte de versification libre. Hisperica est compris comme un mot-valise combinant Hibernia, « Irlande », et « Hespérides », ces « îles occidentales » semi-légendaires qui peuvent avoir été inspirées par les Açores ou les Canaries ; la caractéristique y est l'usage de jeux de mots par les auteurs. Un court extrait d'un poème sur l'aube de Hisperica Famina montre le poète irlandais incluant des mots grecs dans ses vers :

« Titaneus olimphium inflamat arotus tabulatum,
Thalasicum illustrat uapore flustrum…
 »

« L'étoile titanienne enflamme les lieux habités de l'Olympe
Et éclaire le calme de la mer avec sa brume. »

Ces compositions peuvent présenter un élément parodique, né de la rivalité aux VIe et VIIe siècles entre les formes romaine et celtique du christianisme. Aux temps classiques, Hesperia était utilisé comme un synonyme poétique pour désigner l'Italie, et il faut remarquer qu'une partie du vocabulaire exotique et des artifices stylistiques de ces pièces ne trouve pas son origine chez les Irlandais, mais dans la poésie cléricale et rhétorique qui faisait fortune dans la partie du monde dominée par le Vatican (surtout en Italie, en Gaule, en Espagne et en Afrique) entre le quatrième et le sixième siècles, avec les noms de Juvencus, Avit de Vienne, Dracontius, Ennodius et Venantius Fortunatus. Ainsi le mot même de famen  dont famina est le pluriel  est une marque pseudo-archaïque remontant au verbe classique fari, « parler » et qui est attesté pour la première fois dans les Évangiles métriques (Evangeliorum libri) de Juvencus. De même, l'ordre des mots suit souvent la séquence [adjectif 1] [adjectif 2] [verbe] [nom 1] [nom 2], connue sous le nom de versus aureus, un modèle utilisé à l'excès dans la versification très régulière de ces poètes ; le premier vers cité ci-dessus en est un exemple. L'idée sous-jacente aurait été de jeter le ridicule sur ces auteurs proches du Vatican, en combinant leurs artifices stylistiques avec leur scansion maladroite et en les appliquant à des sujets triviaux (un des poèmes décrit une église minuscule comme s'il s'agissait d'une puissante cathédrale).

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