Sachets de nicotine

Les sachets de nicotine (appelés en anglais nicotine pouches), ou « nicopods », sont produits à usage oral fabriqués en fibre de cellulose. Ils contiennent de la nicotine, des fibres végétales et des arômes, mais pas de tabac.
Ils se consomment sur les gencives, de la même manière que le snus suédois, duquel ils sont inspirés. À la différence du snus, les sachets de nicotine sont généralement aromatisés, avec des saveurs mentholées ou fruitées[1].
Les sachets de nicotine sont commercialisés aux États-Unis depuis 2016 et en Europe depuis 2018[2]. En France, le ministère de la Santé publie en , un décret au Journal officiel interdisant la fabrication, l’importation, la mise sur le marché et l’usage des sachets de nicotine, ainsi que des billes et gommes de nicotine, à compter de [3],[4].
Contexte
[modifier | modifier le code]Inspirés du snus suédois, les sachets de nicotine en sont un équivalent sans tabac. Les sachets de nicotine sont des petits pochons contenant de la nicotine et des arômes, placés entre la gencive et la lèvre, permettant une absorption orale sans combustion. Leur popularité auprès des adolescents et jeunes adultes soulève des inquiétudes de santé publique liées au risque d’initiation nicotinique et d’addiction[5].
En 2022, 138 marques de sachets de nicotine étaient commercialisées en Europe[6]. En 2024, 23 milliards de sachets de nicotine ont été produits dans le monde, soit une augmentation de 50 % par rapport à l’année précédente[6].
Composition
[modifier | modifier le code]Les sachets de nicotine contiennent des fibres végétales, des arômes et de la nicotine[1]. La nicotine crée une forte addiction. La teneur en nicotine varie selon les marques.
Peu d'études indépendantes existent sur la composition des sachets de nicotine et leurs effets. Une étude de 44 sachets de nicotine de 20 fabricants différents a montré que[2] :
- ils contenaient 2 à 48 milligrammes de nicotine par sachet ;
- 29 de ces produits n'avaient pas un étiquetage clair du contenu en nicotine ;
- 26 de ces produits contenaient des nitrosamines cancérigènes du tabac.
Règlementation par pays
[modifier | modifier le code]Canada
[modifier | modifier le code]Au Canada, la nicotine est considérée comme un médicament d'ordonnance, les importations personnelles de nicotine sont donc interdites. Des exceptions existent pour les personnes répondant à ces critères : un praticien de la santé ou un médecin, un fabricant de médicaments, un grossiste en médicaments, un pharmacien ou un résident d'un pays étranger en visite au Canada.
Danemark
[modifier | modifier le code]Au Danemark, les pouches sont soumis à des interdictions partielles ou à des assimilations aux produits du tabac[7].
États-Unis
[modifier | modifier le code]Aux États-Unis, ils sont classés comme des produits du tabac, car ils contiennent de la nicotine extraite du tabac[1].
France
[modifier | modifier le code]En France, l’introduction récente des sachets de nicotine a mis en lumière l'absence de classification. L'industrie du tabac fait du lobbying contre leur possible interdiction[8].
En , la France notifie à la Commission européenne un projet de décret visant à interdire, sur son territoire, les produits à usage oral contenant de la nicotine (notification TRIS 2025/0110/FR)[9]. La période de statu quo est prolongée après l’émission d’objections par plusieurs États membres, puis prend fin à l’été 2025, permettant la publication du décret national[10]. Le , le décret paraît au Journal officiel et fixe une entrée en vigueur en [11].
Le décret interdit la fabrication, l’importation, la détention en vue de la vente, la mise sur le marché et l’usage, en France, des produits destinés à la consommation humaine par ingestion ou absorption contenant de la nicotine et non déjà couverts par d’autres textes (par exemple, médicaments nicotiniques)[12]. L’entrée en vigueur est fixée à afin de laisser un délai d’adaptation aux opérateurs économiques[11].
Norvège
[modifier | modifier le code]Les premiers sachets de nicotine sans tabac étaient en vente en Norvège de 2014 à 2018, sous le nom d'Epok (marque). En , la Direction norvégienne de la santé a contraint British American Tobacco Norway à retirer Epok de la vente au risque de s'exposer à des amendes quotidiennes de 150 000 NOK, pour des raisons qualifiées de « ridicules » par la presse norvégienne. La direction norvégienne de la santé a fait valoir que, puisque Epok ne contenait pas de tabac, il s'agissait d'une nouvelle forme de produit à base de nicotine, distincte des formes de snus autorisées en Norvège. Dans les jours qui ont suivi l'interdiction, Epok a été réintroduit sur le marché norvégien, avec une quantité infime de tabac blanchi, pour être considéré comme une forme déjà approuvée de produits à base de nicotine. Comme les sachets de nicotine sans tabac n'y étaient pas interdits, la marque Epok a été abandonnée en Suède et remplacée par Lyft, un produit qui contient des fibres de pin et d'eucalyptus à la place du tabac. En , Epok est toujours vendu par les épiceries norvégiennes.
Dans les pharmacies norvégiennes, les sachets de nicotine sont également vendus comme substituts nicotiniques pour les personnes engagées dans une démarche de sevrage tabagique. Approuvés par l'Agence norvégienne des médicaments, ils sont commercialisés sans ordonnance sous la marque Zonnic.
Suède
[modifier | modifier le code]En Suède, où les sachets de nicotine sont apparus après le snus, leur vente est autorisée mais encadrée par des règles de commercialisation.
Suisse
[modifier | modifier le code]
En Suisse, les sachets de nicotine arrivent sur le marché dans la deuxième moitié des années 2010[13]. Dès 2024, ils sont règlementés par la loi sur les produits du tabac : en particulier interdiction de vente aux mineurs, restriction de publicité et avertissement obligatoire (« Ce produit nuit à votre santé et crée une forte dépendance »)[13],[14].
La loi sur les produits du tabac ne fixe pas de quantité maximale de nicotine dans les sachets, contrairement aux cigarettes (maximum 1 milligramme de nicotine par cigarette) et aux cigarettes électroniques (maximum 20 milligrammes par millilitre)[15],[16].
En 2025, les sachets de nicotine et le snus sont consommés par 2 % de la population générale et par 4 % des jeunes de 15-34 ans[17]. Ces produits sont parfois promus légalement et parfois illégalement (par exemple en distribuant des échantillons gratuits alors que c'est interdit), notamment dans des bars et festivals[18],[19].
Réactions
[modifier | modifier le code]Des organismes de santé publique saluent une mesure de réduction de la demande de nicotine chez les jeunes (la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac préconisant de réduire l'offre et la demande)[20]. À l’inverse, des organisations professionnelles liées à l’industrie du tabac et de la vape contestent l’interdiction et plaident pour des approches alternatives de régulation ; elles ont déposé des observations dans le cadre de la procédure TRIS[21].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Nicotine pouch » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 (en) Meagan Robichaud, Andrew Seidenberg et Justin Byron, « Tobacco companies introduce ‘tobacco-free’ nicotine pouches », Tobacco Control, vol. 29, no e1, , e145–e147 (ISSN 0964-4563, e-ISSN 1468-3318, DOI 10.1136/tobaccocontrol-2019-055321, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Nadja Mallock, Thomas Schulz, Sebastian Malke, Nadine Dreiack, Peter Laux et Andreas Luch, « Levels of nicotine and tobacco-specific nitrosamines in oral nicotine pouches », Tobacco Control, vol. 33, no 2, , p. 193–200 (ISSN 0964-4563, e-ISSN 1468-3318, DOI 10.1136/tc-2022-057280
, lire en ligne
, consulté le ) - ↑ Le Monde avec AFP, « Nicotine : la France interdit les sachets, billes et gommes dès mars 2026 », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Pouches : les sachets de nicotine seront interdits en France en 2026 », sur TF1 Info, (consulté le )
- ↑ (en) « France has just banned nicotine pouch sales. Where else in Europe are they restricted? », sur Euronews, (consulté le )
- 1 2 Aurélie Coulon, « L’OMS met en garde contre l’explosion du marché des sachets de nicotine qui ciblent les plus jeunes », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Nicotine pouches: what are they and are they legal in Denmark? », sur The Local Denmark, (consulté le )
- ↑ « Sachets de nicotine et lobbying : l’industrie du tabac passe à l’offensive en France », sur generationsanstabac.org, Comité national contre le tabagisme, (consulté le ).
- ↑ (en) « Notification Detail – 2025/0110/FR: Proposal for a Decree on the prohibition of products for oral use containing nicotine », sur Commission européenne – TRIS (consulté le )
- ↑ « Décryptage – Décret relatif à l’interdiction des produits à usage oral contenant de la nicotine », sur DNF – Demain sera non-fumeur, (consulté le )
- 1 2 « Nicotine : la France interdit les sachets, billes et gommes dès mars 2026 », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ « Projet de décret notifié à la Commission européenne (extrait) – justification et champ d’application » [PDF], sur Ministère de la Santé – dossier TRIS, (consulté le )
- 1 2 Luc Lebon, Pascal Diethelm, Jérémy Cros et Karin Zürcher, « Prévention du tabagisme en Suisse : 60 ans de progrès graduels (1964-2024) », Revue médicale suisse, vol. 21, no 925, , p. 1368-1373 (ISSN 1660-9379, PMID 40605481, DOI 10.53738/REVMED.2025.21.925.47397
, lire en ligne
, consulté le ). - ↑ Loi fédérale sur les produits du tabac et les cigarettes électroniques (Loi sur les produits du tabac, LPTab) du (état le ), RS 818.32, art. 14.
- ↑ Caroline Zuercher, « Une mère lance l’alerte contre les « pouches », ces concentrés de nicotine », 24 heures, , p. 3 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Loi fédérale sur les produits du tabac et les cigarettes électroniques (Loi sur les produits du tabac, LPTab) du (état le ), RS 818.32, art. 7.
- ↑ (de) « Tabac: Produits sans fumée (âge: 15+) », Office fédéral de la santé publique, (consulté le ).
- ↑ Marion Police, « Snus et poches de nicotine : « Les cigarettiers misent sur des produits qui ont l’air plus innocents que la cigarette », alerte Addiction Suisse », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Lorène Mesot, « Zyn et doudounes à paillettes : Philip Morris promène sa nicotine dans les stations de ski et, bientôt, dans les bars de Genève et Lausanne », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Sachets de nicotine : vers une interdiction définitive en France », sur Génération sans tabac, (consulté le )
- ↑ (en) « Notification Detail – Contributions and comments (2025/0110/FR) », sur Commission européenne – TRIS (consulté le )