Dioula (peuple)
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2 500 000 |
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1 500 000 |
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500 000 |
| Langues | Dioula |
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| Religions | Islam |
| Ethnies liées | Ligbi, Bobo-Dioula, Malinkés |
Les Dioulas ou Juula sont un peuple d'Afrique de l'Ouest principalement présents en Côte d'Ivoire au Burkina Faso et au Ghana. Issus de la branche méridionale de la diaspora marchande des Wangaras, auxquels ils sont associés dans les sources médiévales, ils partagent une origine commune avec les Malinkés au sein de l'espace Mandé. Historiquement reconnus comme une communauté de commerçants à longue distance et de lettrés musulmans, ils ont joué un rôle clé dans la diffusion de l'islam et le commerce de l'or et de la noix de kola entre les régions sahéliennes et les zones forestières.
Dénominations
[modifier | modifier le code]L'usage du terme « Dioula » (ou Juula) a fait l'objet d'un glissement sémantique important au cours de l'histoire ouest-africaine. En langue mandingue, son sens le plus ancien et universel désigne simplement un « marchand itinérant », s'appliquant à l'origine aux commerçants musulmans de langue mandé[1].
L'identité dioula est intimement liée à l'histoire des réseaux marchands médiévaux d'Afrique de l'Ouest. Les sources arabes et locales désignent originellement ces commerçants sous le nom de Wangara. Au fil des vagues migratoires s'étendant vers le sud (entre les fleuves Volta et Comoé), les communautés établies dans les frontières de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso et du Ghana actuels développent une identité culturelle et linguistique distincte. Adoptant un dialecte propre (le dioula), elles se sont progressivement auto-désignées sous le terme de Juula (ou Dioula), qui signifie littéralement « marchand » en langue mandingue[2],[3],[4].
Dioula signifie en dioula "lié à la racine". « Provenance de la souche primitive »[5][source insuffisante].
Le terme dioulaya (immitation du Dioula) dont dérive « dioula » désigne la culture Dioula[6].
Selon les sources[Lesquelles ?], on a de multiples autres variantes du nom :
- Dabakala, Dabakara, Diouala, Diula, Djula, Doula, Duala, Dualas, Dyoula, Dyoulas, Dyoura, Dyulake, Dyulanke, Jula, Julas, Juula, Dioulabas[réf. nécessaire].
- Wangara
Langue
[modifier | modifier le code]Géographie
[modifier | modifier le code]Les Dioulas sont principalement implantés en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Ghana[8].
En Côte d’Ivoire, les Wangaras Dioulas sont implantés de longue date dans de nombreuses localités, notamment à Teneguera, Boron, Kong, Diédana, Gominasso, Waraniéné, Kaniéné, Faranikan, Kadioha, Bondoukou, Tengréla, Bouna, Kolia, Dabakala, Ouangolodougou, Kouto, Sissédougou, Tombougou, Boundiali ou encore Satama[9],[10],[11],[12].
Au Burkina Faso, les Dioulas vivent principalement à Bobo-Dioulasso, Darsalamy, Sindou…[6],[13]
Au Ghana, les Wangaras Dioulas vivent principalement à Bole, Buipe, Daboya, Larabanga, Sampa, Wenchi, Sunyani, Berekum…[14]
Histoire
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Origine
[modifier | modifier le code]Diaspora marchande wangara
[modifier | modifier le code]Dès le XIe siècle, le géographe Al-Bakri mentionne des marchands musulmans associés au commerce de l'or, tandis qu'au XIIe siècle, Al-Idrisi qualifie le delta intérieur du Niger de « pays des Wangara ». Le Tarikh al-Fattash précise la nature de cette identité, soulignant qu'elle repose à l'origine sur une distinction socio-professionnelle et non strictement ethnique[2].
Originaires de la région du Manden qu'ils ont quittés bien avant la fondation de l'empire mandingue, ils adoptèrent le mode de vie des riches marchands caravaniers et se répandirent, d'ouest en Est, établissant de solides réseaux commerciaux[15][source détournée],[16][source détournée] à travers l'Afrique de l'Ouest et faisant des langues mandingues des langues véhiculaires[réf. nécessaire].
En Afrique de l'Ouest, les Wangaras détenaient la plupart des marchés, contrôlant la vente de produits comme l'or, le sel, la kola, les armes blanches et les armes à feu, le tissu (en particulier pour la confection des boubous) et divers produits agricoles[17],[18]
Les Wangaras vivent principalement en tant qu’enseignant, imam, érudit et commerçant notamment dans la cité-état de Bégho, les royaumes du Gondja et du Gwirikô (avec comme capitale Sya devenue Bobo-Dioulasso, où régna la dynastie Dioula des Wattara, commandée par Famanga Wattara, frère de Seko Wattara, en graphie française Sékou Ouattara)[19][source détournée][8].
Islamisation et doctrine suwarienne
[modifier | modifier le code]En s'installant le long des routes commerciales au milieu de populations majoritairement animistes, les minorités marchandes ont dû théoriser leur statut juridique et théologique. Le socle de cette pensée est la tradition suwarienne, formulée au tournant du XVIe siècle par Al-Hajj Salim Suwari (en). Cette doctrine rejette le recours au djihad comme instrument de conversion, affirmant que la foi doit être le fruit d'un cheminement personnel et que la coexistence pacifique avec les non-musulmans est légitime. La tradition suwarienne place l'éducation au centre de la vie communautaire, s'appuyant sur l'enseignement de textes fondamentaux comme le Tafsir al-Jalalayn ou le Muwatta de l'imam Malik[2].
Les commerçants arabo-berbères musulmans venus d'Afrique du Nord et du Proche-Orient par les voies transsahariennes se sont trouvés en contact avec la noblesse mandée, qui s'est convertie à l'islam : il se forma ainsi une élite de commerçants islamisés qui servirent d'intermédiaires entre les populations ayant conservé leurs religions traditionnelles africaines, et les commerçants arabo-berbères[20],[21].
Étant parmi les premiers en Afrique de L’Ouest à adopter l'islam, ils furent aussi, avec les Toucouleurs du royaume du Tekrour, les premiers propagateurs de cette religion en Afrique[22],[21],[23].
Selon certaines traditions historiques du Tarikh Es Sudan, Fodé Sanogo, un commerçant et propagateur de l’islam d’origine dioula, aurait joué un rôle déterminant dans l’islamisation de Djenné en convertissant son premier chef à cette religion. Il est également crédité de la construction de la première mosquée de la ville, marquant ainsi l’ancrage durable de l’islam dans ce centre urbain[22][source insuffisante].
Identité Dioula
[modifier | modifier le code]Au XVIIe siècle, le terme Dioula supplante progressivement l'ancienne dénomination de Wangara. Alors que Wangara désignait spécifiquement les marchands mandingues originaires de l'Empire du Mali, le mot Dioula acquiert une dimension purement professionnelle, pouvant qualifier tout commerçant indépendamment de son origine ethnique ou linguistique. En 1621, le chroniqueur anglais Richard Jobson rapporte ainsi que son interlocuteur sur le fleuve Gambie utilise le terme Julietto (Dioula) pour se définir lui-même mais aussi pour désigner le commerçant européen, illustrant cette focalisation exclusive sur la profession[1].
Parallèlement à ce sens commercial universel, une transition vers une identité ethnique localisée s'opère dans les régions situées à l'est des fleuves Bandama et Bagoué. Dans ces zones de contact, le terme « Dioula » finit par désigner l'ensemble des locuteurs natifs des langues mandingues, que ces individus pratiquent effectivement le commerce ou non. Cette cristallisation identitaire s'explique par la position minoritaire de ces vagues de migrants qui se sont installées en enclaves au milieu de populations culturellement et linguistiquement distinctes, telles que les Sénoufo, les Koulango ou les Abrons. En maintenant une stricte différenciation culturelle et religieuse et en refusant l'assimilation aux populations autochtones, ces minorités dioula conservent un monopole sur les réseaux d'échange de la noix de kola et de l'or, s'imposant comme des intermédiaires politiques et économiques privilégiés auprès des chefs locaux[1].
L'établissement des communautés dioula dans le nord de la Côte d'Ivoire actuelle ne relève pas d'un mouvement migratoire unique, mais d'un processus s'étalant du XVIe au XVIIIe siècle. Les vagues les plus anciennes, proviennent directement des régions occidentales du bassin du Niger, tandis que les plus tardives sont constituées de segments familiaux déjà établis dans la région, issus notamment de l'aire d'influence de l'Empire Kong[24]. Dans l'arrière-pays savanicole, l'existence des minorités dioula repose sur une symbiose économique et politique étroite, mais strictement délimitée, avec les populations autochtones majoritaires. En bénéficiant de la protection de chefferies locales, les Dioulas mettent leurs réseaux marchands à longue distance au service du pouvoir local. Sur le plan social, cette coexistence se caractérise par une nette séparation spatiale (souvent matérialisée par un cours d'eau divisant les quartiers) et par une étanchéité culturelle réciproque[25].
Empire Kong et complexe ethnique dioula
[modifier | modifier le code]Le complexe Kong-Bobo-Dioulasso peut être considéré comme le centre de la construction identitaire (ou ethnogénèse) du territoire dioula en Afrique de l'Ouest[6]. Le royaume Kong y est situé dans le bassin hydrographique de Bandama-Comoé et favorise les courants migratoires et commerciaux de cette région. Fondé en 1710, par Sékou Ouattara, il promeut l'islam en faisant détruire les effigies, lieux sacrés, temples et sanctuaires des religions traditionnelles africaines. Parallèlement, il fit adopter le dioula comme langue véhiculaire. Voulant étendre son pouvoir, Sékou Ouattara[26] convoite la ville de Bobo-Dioulasso située au sud de l'actuel Burkina Faso, carrefour privilégié pour le commerce (commerces de la kola, du sel gemme, de chevaux et de l'or) qui représente un « débouché naturel des richesses du Sahara »[27],[26]. L'extension de l'Empire Kong permet aux Dioulas de contrôler toutes les routes commerciales depuis Djenné au nord jusqu'à Grumanya au sud[27].
Sékou meurt en 1745, laissant le trône à son fils Samanogo (ou Samanogou) qui sera déposé par son frère Koumbi trois ans plus tard. Sous le règne de Koumbi, la ville de Kong voit la fondation de plusieurs académies islamiques et s'élever de nouvelles mosquées et autres lieux de culte, ainsi que des bibliothèques[27]. L'historien Joseph Ki-Zerbo considère le Gwiriko comme l'Empire dioula des Ouattara[28]. Après la mort de Koumbi en 1770, l'empire Kong va connaitre de nombreux tumultes, dont des épidémies provoquant des famines, ainsi que l'avancée des Français qui déstabilise la région[27].
Au XIXe siècle, le positionnement pacifiste de la doctrine suwarienne provoque des heurts violents avec les réformateurs musulmans militants de la région. Dans les années 1890, le refus des Dioula de s'engager dans la guerre sainte a mené au massacre de leurs oulémas à Kong et à Buna par les armées d'Almamy Samori Touré. En réaction, les élites dioula ont souvent perçu l'avancée des troupes coloniales françaises et britanniques comme une protection, facilitant ultérieurement leur intégration sous les administrations coloniales puis au sein des États modernes post-indépendances[2].
Fragmentation
[modifier | modifier le code]L'invasion coloniale et la prise de Kong par Samory Touré en 1896 fragmentent le monde dioula qui se voit partagé par les nouvelles frontières issues de la démarcation coloniale française de L'A.O.F. établies par le décret du (Sénégal, Soudan français, Guinée, Côte d'Ivoire et Haute-Volta)[6]. Face à l'expansionnisme de Samori, les communautés dioula de la région adoptent des stratégies radicalement divergentes, dictées par leurs alliances locales. À Kadioha, les Dioula s'allient à Samori pour maintenir leur domination sur les populations autochtones Sénoufo. Lors de la déroute en 1898, les Dioula de cette localité choisissent de fuir massivement vers l'ouest à sa suite, redoutant moins l'armée française que les représailles violentes des populations sénoufo locales. À Korhogo, à l'inverse, la chefferie sénoufo et la minorité dioula locale s'opposent frontalement à Samori. Elles perçoivent l'arrivée des forces françaises comme une protection stratégique. Ce choix politique explique le calme et le pacifisme relatif qui caractérisent le Nord durant la période de « pacification » coloniale, contrastant avec les insurrections prolongées et sanglantes menées par les peuples du Sud de la Côte d'Ivoire (notamment Baoulé et Gouro). La collaboration active des autorités traditionnelles et des élites marchandes dioula avec l'administration française favorise l'intégration rapide de la région dans l'espace colonial[29].
Ces partages arbitraires de l'administration coloniale ont alimenté l'un des problèmes récurrents de l'Afrique post-coloniale, à savoir « la difficulté à faire coïncider les nouvelles frontières avec des groupes ethniques à cheval sur plusieurs territoires »[6]. Les Dioulas se seraient dès lors concentrés à Bobo-Dioulasso où la lignée des Ouattara exerça encore un temps son influence jusqu'à ce que l'administration française procède à son affaiblissement vers 1915. « Cette politique de substitution, qui crispa les relations entre les chefs Ouattara et l'administration française, fut en réalité la réponse au danger que représentait l'existence d'une multitude de princes issus de la descendance de Sékou Ouattara. »[6] Pour cette période, les historiens disposent en majeure partie de sources européennes : comme le souligne ici l'historien Georges Niamkey-Kodjo, « ces sources permettent de comprendre l'intérêt commercial et stratégique que représentait la ville de Kong pour la politique française en Afrique occidentale à la fin du XIXe siècle, politique qui visait d'une part, à relier le Soudan au golfe de Guinée et d'autre part, à éliminer Samory Touré qui constituait un frein au dessein français. »[27]
Mutation culturelle
[modifier | modifier le code]L'instauration de l'ordre colonial et le développement économique qui en découle altèrent profondément la morphologie sociale et spatiale des enclaves dioula. Attirés par les nouvelles opportunités économiques coloniales puis post-indépendantes, de nombreux migrants (notamment maliens et guinéens) s'installent en dehors de l'enclave d'origine. La majorité culturelle et religieuse se dillue progressivement[29].
Les mutations économiques de la seconde moitié du XXe siècle accélérées après la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance de la Côte d'Ivoire, ont profondément affecté les bases matérielles de l'identité dioula. L'effondrement de l'artisanat textile traditionnel face à la concurrence industrielle a définitivement mis fin au monopole commercial local dont bénéficiaient historiquement les lignées dioula. En milieu urbain, les communautés dioula bénéficient de la proximité immédiate des nouveaux marchés de biens et de services générés par le développement de la ville moderne, se reconvertissant dans le transport, le commerce de gros ou l'artisanat urbain (comme la taillerie), bien qu'elles y soient soumises à la forte concurrence de nouveaux migrants nationaux et sous-régionaux. En milieu rural, l'absence de débouchés locaux a stimulé d'importants flux de migration de travail vers les centres économiques du Sud du pays, notamment Abidjan[30]. En conséquence, l'usage du terme Dioula varie également entre le milieu rural, qui l'emploie pour désigner des descendants des lignées marchandes, et le milieu urbain qui en fait une étiquette générique exonymique englobant toutes personnes originaire des anciens territoires Kongs[31].
Parallèlement aux dynamiques migratoires, l'insertion dans le système éducatif remplace l'apprentissage commercial traditionnel par la quête du diplôme. L'objectif principal de cet investissement scolaire est l'accès aux emplois salariés du secteur public et de l'administration gouvernementale[30]. Sur le plan interne, la modernisation et l'urbanisation brisent l'homogénéité économique des anciennes enclaves marchandes, créant de fortes disparités de classes entre les hauts fonctionnaires, les grands transporteurs urbains et les populations précarisées[31].
Crise de l'ivoirité
[modifier | modifier le code]Dioulas au cœur de la crise de l'« ivoirité »
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Cet espace identitaire dioula dans lequel la lignée des Ouattara exerce un fort ascendant constitue l'un des ferments de la crise de l'« ivoirité » déclenchée par la remise en question de la légitimité ivoirienne de l'aspirant au pouvoir Alassane Ouattara en 1995[6]. Le néologisme «ivoirité » est employé par l'autre aspirant à la présidence Henri Konan Bédié, dans son discours programme, ; « Ce que nous poursuivons, c’est bien évidemment l’affirmation de notre personnalité culturelle, l’épanouissement de l’homme ivoirien dans ce qui fait sa spécificité, ce que l’on peut appeler son ivoirité. »[32] et qui devient le déclencheur d’une redoutable crise identitaire.
Que l’intention de Bédié ait été fondée ou non en vue de fournir un moyen d’exclusion de son adversaire politique Alassane Ouattara, il n’en demeure pas moins que l’instrumentalisation politique du concept d’ivoirité a alimenté une polémique délétère qui a divisé le pays et mené à la guerre civile. Voici la perception qu’en avait le chef d’État du Burkina-Faso, Blaise Compaoré, avant que n’éclate la guerre en 2002; « Il vaut mieux que les Ivoiriens se préoccupent des causes réelles qui ont provoqué l’instabilité chez eux plutôt que chercher un facteur extérieur. Vous ne pouvez pas proclamer l’ivoirité, c’est-à-dire diviser les gens en citoyens de première et de deuxième classe, développer la xénophobie et ajouter à cela des élections imparfaites, sans fragiliser le pays. »[32] Certains sont d'avis que ces communautés culturelles ancestrales que représentent les Dioulas, devraient plutôt nourrir une solidarité trans-frontalière propice à l'unification de cette région du continent[6].
Darsalamy
[modifier | modifier le code]La ville de Darsalamy devient le refuge des érudits dioula vers la seconde moitié du XIXe siècle[13]. Leur ancien chef-lieu, Bobo-Dioulasso fait cohabiter les populations bobo de tradition animiste et les Dioulas islamisés de longue date[6]. Or, pour ces derniers, les mœurs païennes des Bobos ou de ceux pratiquant un islam peu orthodoxe (consommation d'alcool) va pousser une partie des Dioulas de Bobo-Dioulasso vers un espace où ils pourront partager un Islam plus strict qu'ils établissent à Darsalamy[13].
Islam
[modifier | modifier le code]Dans l'espace manding, l'islam a joué un rôle majeur dans édification des centres commerciaux qui structurent l'Empire, et pour lesquels les Dioulas occupaient une position dominante[33]. L'historien Élikia M'Bokolo y conçoit un lien inextricable entre cette religion et le commerce : « la communauté de la foi allaient générer, par des processus très durables, la construction d'identités particulières et irréductibles, celle des Dyula d'abord, puis celle des Hausa, identifiées l'une et l'autre d'une manière indissoluble à l'association du commerce et de l'Islam »[34].
En revanche, les Dioulas étaient attachés à garder le monopole, au sein des sociétés animistes dans laquelle elle vivait, de leur statut spécial qui leur conférait le privilège du commerce de longue distance et même de la confection d’amulettes[35]. En conséquence, jusqu'au début du XXe siècle, les Dioulas, qui constituaient la principale communauté musulmane du pays en Côte d'Ivoire, et n'avaient guère cherché à convertir autour d'eux les non-musulmans[35].
Cette réticence explique que les Dioula aient embrassé la tradition islamique d'Al-Hadj Salim Souari, dominante dans l’ère ouest-africaine mandé, qui reconnait précisément le pluralisme religieux et légitime l’accommodation des musulmans dans les sociétés et les États infidèles[35].
Dans toute l'Afrique occidentale, les Dioulas n'en ont été finalement pas moins de grands propagateurs de l'islam et de d'une langue véhiculaire mandée favorisant les échanges commerciaux, changeant les fondements identitaires des peuples auparavant structurés par leurs propres langues et religions traditionnelles africaines. Ainsi, dans différentes régions, être musulman, c’était soit être Dioula, soit être « dioulaïsé » pour les convertis. « Dioula » est ainsi devenu synonyme de « musulman »[35].
La plupart des Dioulas de Kong sont affiliés à deux confréries : la Qadiriyya représentée par les Saganogo et la Tijaniyya représentée par les Diané[6]. Longtemps surtout présent dans les zones urbaines, l'islam se propage, depuis le XXe siècle, dans les populations rurales agricoles : la plupart des villages et des voies commerciales du territoire dioula se sont dotés de mosquées et la ville de Bobo-Dioulasso qui ne comptait que deux mosquées en 1913, en dénombre 36 en 1956[6].
Société
[modifier | modifier le code]Organisation sociale
[modifier | modifier le code]Kabila
[modifier | modifier le code]Malgré les mutations économiques et l'urbanisation au XXe siècle, la structure sociale interne des communautés dioula est restée fortement marquée par des institutions traditionnelles. L'unité fondamentale de cette organisation est la kabila (ou quartier-clan). La kabila constitue à la fois un découpage spatial au sein des villes ou villages et une unité de parenté. Elle régit traditionnellement les alliances matrimoniales, favorisant les mariages préférentiels en son sein pour préserver la cohésion et le patrimoine du groupe, et sert de vecteur à la continuité de l'identité dioula face aux changements sociétaux[36].
Loin d'être une simple catégorie de parenté, la kabila s'incarne matériellement dans l'espace urbain ou villageois sous la forme de quartiers ou d'îlots résidentiels distincts et nommés d'après le patronyme du clan. Bien qu'aucune frontière physique ne sépare ces espaces, l'appartenance à une kabila a historiquement exercé une influence déterminante sur l'orientation professionnelle, les alliances politiques, les réseaux de sociabilité et les pratiques rituelles de ses membres. Sur le plan généalogique, la kabila est régie par une idéologie de descendance strictement patrilinéaire, reliant ses membres à un ancêtre masculin commun[37].
Place des Dozos
[modifier | modifier le code]Comme dans de nombreuses ethnies mandingues, les dozos (chasseurs traditionnels) occupent une place particulière chez les Wangaras Dioulas. De nombreuses villes dioula auraient été fondées par des dozos[38],[10].
Chaque année, notamment à Kadioha, les dozos se réunissent pour célébrer le domba, une danse guerrière traditionnelle[réf. nécessaire].
Rites et traditions
[modifier | modifier le code]Danses traditionnelles
[modifier | modifier le code]Les Wangaras dioulas possèdent un riche répertoire de danses traditionnelles, parmi lesquelles :
Kouroubi
[modifier | modifier le code]Le rite dioula le plus populaire est le kouroubi. Le Kouroubi est devenu si populaire qu’il est aujourd’hui pratiqué à l’extérieur de la communauté Wangara Dioula notamment chez les Koulangos, Senoufos, Koyakas et Malinkés[réf. nécessaire].
Masques
[modifier | modifier le code]Les Dioulas possèdent plusieurs masques, notamment le Dôh Mousso (issu de la société du Dôh)[réf. souhaitée] Les Dioulas possèdent également une danse avec un masque nommée N’gboro. Notamment pratiqué à Satama-Sokoro.[réf. souhaitée]
Patronymes
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Les Wangaras Dioulas portent des patronymes mandingues :
Bakayoko ; Bamba ; Berthé; Camara, Coulibaly, Cissé, Chérif, Dagnogo, Diabagaté, Diané, Diarra, Diarrassouba ; Doumbia ; Fadiga Fofana, Haidara, Touré, Traoré, Koné, Keita, Konaté,[réf. souhaitée]
Les Dioulas possèdent également des patronymes avec des encrages locaux : Bahikoro, Dao, Gbané, Grambouté, Grafoté, Kangouté, Kamagaté, Karamoko, Ouattara, Sanogo, Sanou, Siné, Sindé, Timité, Oyodé, Tanou et Tondosama[réf. souhaitée]
Au Ghana, certains Wangaras ont adopté le système patronymique haoussa consistant à utiliser le prénom du père comme nom de famille
Personnalités
[modifier | modifier le code]- Sékou Ouattara (vers 1670-1745) : fondateur de l'empire de Kong. Figure historique centrale pour les Dioulas, il est le fondateur de la dynastie Ouattara.
- Babemba Traoré (mort en 1898) : dernier roi du Kénédougou, résistant à la colonisation.
- Alassane Ouattara (né en 1942) : président de la Côte d'Ivoire.
- Ibrahim Traoré (né en 1988) : président du Burkina Faso.
- Timité Bassori (né en 1933) : cinéaste, considéré comme le père du cinéma ivoirien
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 Launay 1982, p. 1-2.
- 1 2 3 4 (en) I. Wilks, « Wangara », dans Encyclopédie de l'Islam en ligne (EI-2 French), Brill (lire en ligne)
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- ↑ Babacar SALL, COMMERCE CARAVANIER ET RELATIONS SOCIALES AU BÉNIN Les Wangara du Borgou (lire en ligne)
- ↑ Maurice (1870-1926) Auteur du texte Delafosse, La langue mandingue et ses dialectes : Malinké, Bambara, Dioula. Introduction, grammaire, lexique français-mandingue / par Maurice Delafosse,..., 1929-1955 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Werthmann, Katja., Lamine Sanogo, Mamadou. et Impr. Laballery), La ville de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso : urbanité et appartenances en Afrique de l'Ouest, Paris, Éd. Karthala, impr. 2013, 324 p. (ISBN 978-2-8111-0798-7 et 2811107983, OCLC 847566566, lire en ligne), p. 7, 72, 77, 79, 93-95
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- ↑ Ministère des Finances, des Affaires économiques et du Plan, RÉGION DE KORHOGO Etude de développement socio-économique, (lire en ligne)
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- ↑ Launay 1982, p. 14-22.
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- 1 2 Launay 1982, p. 79-89.
- 1 2 Launay 1982, p. 90-105.
- 1 2 Launay 1982, p. 106-122.
- 1 2 Hauhouot, Antoine Asseypo., Société, État et territoire en Côte d'Ivoire : essai de géographie du développement, Paris, l'Harmattan, 241 p. (ISBN 978-2-343-05830-6 et 234305830X, OCLC 915331806, lire en ligne), p. 236
- ↑ Benoist, Joseph-Roger de., Le Mali, Paris, L'Harmattan, , 265 p. (ISBN 2-7384-0436-7 et 9782738404367, OCLC 22452505, lire en ligne), p. 22
- ↑ Elikia M'Bokolo, Afrique noire : Histoire et civilisation jusqu'au XVIIIe siècle, Paris, Hatier-AUPELF, , p. 106
- 1 2 3 4 Marie Miran, « Afrique noire et monde arabe : continuités et ruptures », Autrepart, no 16, , p. 139 (lire en ligne)
- ↑ Launay 1982, p. 5-6.
- ↑ Launay 1982, p. 48-54.
- ↑ Jacques Rongier, Le Journal de Kolia, (lire en ligne), p. 1
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Robert Launay, Traders Without Trade: Responses to Change in Two Dyula Communities, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Social and Cultural Anthropology », (ISBN 978-0-521-04031-0, DOI 10.1017/CBO9780511558054, lire en ligne)
- (en) Robert Launay, « Spirit media : The electronic media and islam among the Dyula of northern Côte d'Ivoire », Africa, 1997, vol. 67, no 3, p. 441-453
- (en) Lucy Gardner Quimby, Transformation of belief : Islam among the Dyula of Kongbougou from 1880 to 1970, University of Wisconsin, Madison, 1972 (thèse).
- Jean Derive, Fonctionnement sociologique de la littérature orale. L'exemple des Dioulas de Kong (Côte d'Ivoire), Université de Paris 3, 1986 (thèse)
- Bernhard Gardi, « Côte d'Ivoire : les boubous sénoufo et dyoula », in Boubou – c'est chic : les boubous du Mali et d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest, Éditions Christoph Merian, Museum der Kulturen, Bâle, 2000, p. 146-153, 192
- N. Ouattara, Les commerçants dyula en Côte d'Ivoire, permanences et ruptures d'un milieu socio-professionnel, École normale supérieure d'Abidjan, Abidjan, 1987
- Yves Person, Samori. Une révolution dyula, Dakar, IFAN, Université de Dakar, 1968, 3 tomes, t.I, 1-600 ; t. II, 601-1271 (Mémoire IFAN no 80), t. III, 1272-2377 (Mémoire IFAN no 89) parue en 1968 (t.I et II) et 1975 (t. III) (Thèse d’État)

