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Harry Stokes

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Harry Stokes
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Harry Stokes (env.1799 – 15 octobre 1859) est maître maçon, gérant de brasserie et policier à Manchester.

Assigné femme à la naissance, il vit en tant qu'homme. En 1838 et 1859, son identité de genre fait l'objet d'articles dans la presse locale et nationale, où il est décrit comme un « homme-femme » et un « female husband ». Dans le cadre de l'histoire LGBT et comme les autres female husbands, il est considéré comme un homme trans ou une lesbienne travestie[1].

Harry Stokes naît à Doncaster aux alentours de 1799. Il est assigné femme à la naissance mais se présente très tôt comme un garçon. Il suit un apprentissage de maçonnerie à Bawtry[2],[3].

Les articles de presse publiés en 1838 sur sa vie racontent qu'il épouse sa première femme, « Betsy », à Sheffield autour de 1816[2]. Dans les registres de la cathédrale de Sheffield, il existe une trace du mariage d'un dénommé Henry Stoake et Ann Hants en janvier 1817. La presse et la chanson populaire de l'époque retiennent le nom de Betsy, tandis que les archives relèvent celui d'Ann[4].

Années 1820 et 1830

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Dans les années 1820 et 1830, Harry Stokes développe son activité de maçonnerie à Manchester, et connaît un certain succès[2],[5]. Durant la période la plus fleurissante, il emploie huit maçons et un apprenti, tandis qu'Ann Hants tient les comptes[2]. C'est un artisan respecté et reconnu pour la qualité de ses fours et cheminées[2],[5].

À partir de 1824, le nom d'Harry Stokes apparaît sur les répertoires professionnels (business directory[note 1]) en qualité de maçon. L'annuaire de Manchester publié par Pigot & Dean atteste qu'un « Henry Stokes » vit à différentes adresses au sein de Manchester entre 1824 et 1838[4].

Entre la fin des années 1820 et le début des années 1830, Harry Stokes travaille comme policier de réserve appelé pour gérer les foules agitées lors de manifestations (Special Constable)[2].

1838 : la presse et la chanson

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En avril 1838, Ann Hants cherche à obtenir une séparation et une pension de la part de Harry qui serait alcoolique et refuserait de lui allouer assez d'argent pour entretenir le foyer. Elle s'adresse à Monsieur Thomas, l'avocat de Mary Allen, veuve de James Allen, un autre female-husband. Ann Hants révèle à l'avocat que Harry est « une femme » : « elle affirme avoir découvert la vérité en ce qui concerne le sexe de son mari deux ou trois ans auparavant, mais avait gardé le secret »[5].

Harry Stokes est examiné par un chirurgien de la police qui rédige un certificat attestant qu'il est une femme. L'article du Manchester Guardian[2] précise :

Cette femme-homme est, pendant plus de 25 ans, parvenu à dissimuler son sexe pour vivre d'un métier on-ne-peut-plus viril et périlleux[note 2], qu'elle exerçait avec un tel talent qu'elle pu construire un atelier prospère en cette ville.

L'identité de Harry Stokes devient un sujet de rumeurs à Manchester. Des chansons populaires sont composées et chantées dans la rue. Selon la presse[3], ces chansons racontent l'histoire d'un mariage malheureux qui ne dura qu'une journée avec une serveuse prénommée Betsy. Le jour du mariage, Harry joue bien son rôle d'époux, mais durant la nuit de noces une dispute éclate entre les jeunes mariés et Harry est condamné à 2 mois de prison. Durant son audience, Besty déclare ne plus vouloir vivre avec son époux car il est en réalité une femme. Cependant, la véracité des témoignages est contestée; il est possible que les paroles rapportées décrivent la situation de James Allen[4].

Après la séparation avec Ann Hants, Harry Stokes vit en couple avec Francis Collins, une veuve qu'il rencontre dans dans la brasserie qu'il fréquente. Ensemble, ils vivent à Salford pendant deux ans, puis, en 1840, ils établissent une brasserie à Manchester[4].

John Heaton, le fils de Francis Collins né d'une précédente union, témoigne plus tard de ce concubinage, et explique qu'il a « toujours considéré Harry comme un beau-père, et que sa mère a adopté le nom de famille Stokes pour passer pour son épouse »[6]. La presse fait peser le doute sur la relation qu'entretient le couple : Francis Collins aurait accepté d'héberger Harry « par pitié », pour lui éviter les violences qu'il subissait en raison des doutes sur son identité de genre. Elle espèrerait voir disparaître ces brimades en simulant une vie de couple hétérosexuel[3],[7].

Dans le recensement du Royaume-Uni de 1841, Harry Stokes et Francis Collins sont déclarés comme habitant Quay Street[4]. Si la séparation avec Ann Hants provoque les moqueries pour Harry, sa seconde union lui permet de « regagner un capital social auprès de sa communauté »[5].

En 1842, Harry Stokes est de nouveau nommé Special Constable et entre en service durant les émeutes des Chartistes[5].

En 1855 et 1856, le répertoire professionnel de Slater recense Harry Stokes, maçon, au 28 Camp Street[4].

Vers 1856, la famille déménage de nouveau à Salford[4].

Circonstances de la mort

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Le 15 octobre 1859, un corps est retrouvé dans la rivière Irwell à Salford. Le corps est rigide, dans une position verticale, avec un chapeau haut de forme sur la tête. Il est amené à l'Auberge du Cygne (Swann Inn) dans le quartier de Pendlebury et une enquête policière a lieu. Un juré de l'enquête reconnaît Harry Stokes et explique qu'il s'agit d'une femme déguisée. Le corps est inspecté par deux femmes qui confirment son sexe féminin[3].

L'enquête est rapportée dans la presse sous des titres comme « Une femme s'est fait passer pour un homme pendant 40 ans » dans le Manchester Examiner[7] ou « Harry Stokes, l'homme-femme » dans le Salford Weekly News[7],[3].

À l'issue de l'enquête, la mort de Harry Stokes est déclarée comme un suicide supposé. Son décès est enregistré dans l'État civil sous le nom Harriet Stokes[8] bien que Harry Stokes n'ait jamais confirmé son prénom de naissance et qu'aucune trace crédible de « Harriet » ne soit remarquée dans les archives avant sa mort[4].

Les témoignages rapportés par la presse de l'époque à propos de l'enquête montrent que l'identité de genre de Harry Stokes est acceptée par sa communauté populaire. Le Manchester Examiner indique par exemple :

Harriet Taylor, une voisine, affirme avoir bien connu Stokes. Il était maçon. Son vrai nom était Harriet Stokes, mais il utilisait le prénom Harry. Quelques années plus tôt, Stokes s'était marié à une femme à Manchester. Ils vivaient en époux et tenaient une brasserie sur Quay Street à Manchester. Plusieurs jurés de l'enquête se rappellent les chansons composées et chantées dans la rue à propos de cet homme qui était en réalité une femme[6].

Reconnaissance

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La vie de Harry Stokes est réécrite dans une pièce de théâtre d'Abi Hynes intitulée « Monsieur Stokes, l'homme-femme de Manchester ». La pièce est jouée en février 2016 au People's History Museum dans le cadre du Mois des Fiertés du Royaume-Uni, et est subventionnée par Arts Concil England, une branche du gouvernement[9],[10].

En 2016, l'histoire de Harry Stokes est inclue dans la partie « LGBT » des galeries principales du People's History Museum.[réf. nécessaire]

En 2018, BBC Sounds produit un podcast intitulé « Ballad of Harry Stokes » qui explore sa vie. Il est narré par l'actrice Annie Wallace, et inclut une chanson de l'autrice de théâtre Krishna Istha. Ce podcast est publié dans dans le cadre de la série Gaychester qui explore l'histoire LGBT de Manchester[11].

En 2019, l'activité de Harry Stokes au sein de la police est remarquée dans l'exposition sur les Special Constables au Musée de la Police de Manchester.[réf. nécessaire]

Bibliographie

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  • (en) Morag Rose, « From an aviatrix to a eugenicist: walking with Manchester's Modernist Heroines », Gender, Place & Culture: A Journal of Feminist Geography,
  • (en) « How to Determine Doubtful Sex », The London Lancet, Digital Transgender Archive,
  • (en) « Festival Theatre 2016 “Mister Stokes: The Man-Woman of Manchester” », sur Outing the Past,
  • (en) Hayley-Jane Sims, « Man-Woman of Manchester: an extraordinary story », Northern Soul, (lire en ligne)
  • (en) « Harry Stokes – The Man-Woman of Manchester », Canal Street, (lire en ligne)
  • (en) Sarah Walters, « Tale of a Victorian transgender pioneer comes to National Festival of LGBT History », Manchester Evening News, (lire en ligne)

Notes et références

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  1. document exhaustif listant les entreprises d'une localité par métier
  2. au 19e siècle, la construction de bâtiment était encore plus dangereuse pour les ouvriers qu'aujourd'hui (risques de chute de grandes hauteurs sans protection)
  1. (en) « Chapter 1 : Cross-Dressing Women », dans Alison Oram, Annmarie Turnbull, The Lesbian History Sourcebook: Love and Sex Between Women in Britain from 1780-1970, Routledge, (ISBN 9780415114844)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (en) « The Woman-Husband », The Manchester Guardian, Digital Transgender Archive, (lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 (en) « "Harry" Stokes the Man-Woman », Salford Weekly News, Digital Transgender Archive, (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Jenny White, « Harry Stokes, a gender variant Victorian in Manchester »,
  5. 1 2 3 4 5 (en) Lisa Hager, « A Case for a Trans Studies Turn in Victorian Studies: “Female Husbands” of the Nineteenth Century », Victorian Review, vol. 44, no 1,
  6. 1 2 (en) « A Woman Passing As a Man For Forty Years », The Manchester Examiner,
  7. 1 2 3 (en) Sarah Burton, Imposters: Six Kinds of Liar, Penguin Books, (ISBN 9780140282504), p. 159
  8. (en) « Acte de décès de Harriett Stokes », sur FreeBMD (consulté le )
  9. (en) Alison Butterworth et Phil Trow, « Mister Stokes: The Man Woman of Manchester. Interview with playwright Abi Hynes », sur BBC Radio Manchester,
  10. (en) Billie-Gina Thomason, « Female Husband or the Man-Woman of Manchester? Review of Mister Stokes’s premier at the LGBT History Festival Launch », Journal of Victorian Culture, (lire en ligne)
  11. (en) BBC Sounds, « Ballad of Harry Stokes », Gaychester series,