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Prince en 25 chansons

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Prince Ezra Edelman
Michael Ochs Archives / Getty Images

L’oeuvre tentaculaire de Prince regorge de classiques. Rolling Stone replonge dans ses plus grands morceaux.

7 juin 1958 : Naissance de Prince

« Ce qui manque à la musique pop, c’est le danger« , a déclaré Prince dans une interview accordée au Guardian en 2006. « Il n’y a pas d’excitation et de mystère. » Il faut dire que le danger, l’excitation et le mystère ont été les cartes de visite de Prince depuis le début de sa carrière à la fin des années 70.

De son apogée critique et commercial avec Purple Rain à sa dernière tournée Piano and a Microphone, Prince n’est jamais resté inactif. Bien sûr, il n’a jamais eu de mal à faire les gros titres et avait un talent indéniable pour le scandale, mais ce qui a vraiment touché le monde, c’est sa musique – des chansons qui nous ont émus plus que les mots peuvent le décrire.

Un « exercice funk sobre et soigneusement élaboré« , c’est ainsi que le Los Angeles Times a décrit le premier single de Prince dans une critique des débuts du chanteurs sur la scène du Roxy à Los Angeles en novembre 1979. Rétrospectivement, c’est une évaluation prudente, mais elle est compréhensible : Prince n’avait que 21 ans à l’époque, et son style flamboyant ne s’était pas encore totalement distancié du disco. Mais tout était déjà là. Avec « I Wanna Be Your Lover », Prince annonce la couleur – il ne reste plus au monde qu’à relever son défi.

Selon la légende, la plus grande chanson jamais écrite sur un triangle amoureux bisexuel a été écrite par Prince alors qu’il se trouvait dans une chambre d’hôtel de Floride après qu’il ait refusé d’aller à Disney World. Ou, selon une autre histoire, cela ce serait passé dans une chambre d’hôtel de Birmingham, en Alabama, alors qu’il écoutait John Lennon. Quoi qu’il en soit, le deuxième morceau extrait de Dirty Mind est un chef-d’œuvre de New-Wave-funk rappelant autant Blondie que James Brown. Cyndi Lauper l’a repris trois ans plus tard sur son l’album She’s So Unusual. Mitch Ryder et Crooked Fingers ont pour leur part livré des versions rock et folk dépouillées, mais personne n’a su capturer l’esprit de l’original, qui donne l’impression d’une bacchanale romaine se déroulant au CBGB.

Avec son beat entêtant et son groove tout synthétique 100% P-Funk, le 13ème single de Prince contrebalance avec élégance la vague conservatrice qui s’abat sur les USA après l’élection de Reagan. Visant à faire taire les spéculations du public sur ses préférences sexuelles et politiques, Prince pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses : « Suis-je noir ou blanc ? Suis-je hétéro ou gay ? »; « Est-ce que je crois en Dieu ? Est-ce que je crois en moi ? » Il détourne la morale américaine et en fait son jouet, avec classe – comme d’habitude.

4 – « 1999 » (1982)

Lorsque Prince a enregistré 1999, il passait des journées et des nuits entières sans dormir, refusant de manger car cela le ralentissait. Quand l’hymne apocalyptique de Prince est finalement sorti en 1982, la guerre nucléaire, semblait-il, n’était plus qu’une question de quand, pas de si. Et c’est dans cette atmosphère, que Prince s’est une nouvelle fois imposer : « La vie n’est qu’une fête, et les fêtes ne sont pas censées durer. » La fin du monde n’a jamais semblé aussi sexy.

5 – « Little Red Corvette » (1983)

Le refrain du premier tube de Prince suggère qu’il s’agit d’une simple chanson de voiture. Mais regardez sous le capot, ça ne parle que de sexe (le jeu de mots autours de « Trojan horse » est particulièrement inspiré). Malgré les allusions à la chambre à coucher et celles plus directes (« Girl, you got an ass like I never seen« ), la chanson a fait vriller les radios pop grand public, principalement grâce à son irrésistible refrain !

6 – « Delirious » (1983)

« Delirious », le deuxième single de Prince à se hisser dans le Top 10, est un morceau très funky, truffé de sons inédits – dont la boîte à rythmes Linn (popularisée par Devo, Gary Numan et Michael Jackson) et un synthétiseur pour l’accroche. Flirtant entre le commercial et l’expérimental, entre la pop, le R&B et la New Wave, c’est un succès.

Lové au cœur de la bande originale de Purple Rain, « When Doves Cry » a montré comment la musique pop expérimentale pouvait trouver sa place. Dépourvu de ligne de basse et voyant Prince se lamenter sur sa guitare, accompagné d’une synthé et d’une boîte à rythmes, « When Doves Cry » est aussi froid qu’une relation tendue peut l’être. Son ingénieur se souvient que l’artiste, qui jouait de tous les instruments sur le morceau, a su instantanément l’impact que le single aurait sur la musique. « Personne n’aurait les couilles de faire ça« , aurait dit le musicien à son ingénieur. « Vous n’avez qu’à attendre – ils vont flipper. »

Après que « When Doves Cry » ait dominé la radio pop à la fin de l’été et au début de l’automne 1984, le succès de « Let’s Go Crazy » a été autant un tour de force qu’une publicité pour le long métrage Purple Rain. « Certains membres du groupe se sont lâchés« , a déclaré l’ingénieur Susan Rogers à Billboard, en notant le solo de piano jazzy de Matt Fink au milieu du morceau. « Matt, qui connaissait si bien Prince et savait ce qu’il aimait, a enregistré ce solo à la troisième prise et nous avons continué à le rejouer encore et encore, parce que c’était tout simplement génial à écouter. »

« J’ai été élevé dans un monde en noir et blanc. Oui, noir et blanc, jour et nuit, riche et pauvre, noir et blanc. J’écoutais toutes sortes de musique quand j’étais jeune… Mais je savais qu’un jour je jouerais toutes sortes de musique, et qu’on ne me jugerait pas sur la couleur de ma peau, mais sur la qualité de mon travail, et j’espère que cela continuera, » avait-il confié à MTV l’année suivante.

La face B de « Let’s Go Crazy » n’a pas seulement été l’une des jams les plus funky de Prince mais a aussi servi d’introduction mondiale à Sheila E. Porté par une ligne de basse sublime et un riff d’une douce simplicité, Prince envoie tout valser. À la fin des années 90, lors de l’intronisation de Parliament-Funkadelic au Rock & Roll Hall of Fame, Prince a révélé qu’il avait enregistré la chanson immédiatement après avoir vu le groupe en concert au Beverley Theatre en Californie. « C’était dingue« , a déclaré Prince. Clinton lui rendra la pareille quelques temps plus tard avec une reprise.

Dans une interview accordée à Mojo en 2013, Stevie Nicks a révélé que Prince lui avait initialement donné une démo de « Purple Rain » et lui avait demandé d’y contribuer. Elle a refusé en disant : « Prince, j’ai écouté ça une centaine de fois, mais je ne saurais pas par où commencer. C’est un film, c’est épique« . Chanson-titre du célèbre album de Prince, elle est interprétée à un point culminant du film, ce qui lui donne encore plus de gravité. Comme si elle en avait besoin. Bercé par des cordes et un refrain de gospel, puis couronné par un solo de guitare époustouflant, c’est le point culminant de toutes les influences que Prince a absorbées tout au long de son ascension vers la gloire, du rock à la pop en passant par la soul.

Sur « I Would Die 4 U », Prince a mis de côté les normes sociétales et l’humanité en général – « Je ne suis pas un humain, je suis une colombe« , a-t-il proclamé – au nom de l’amour. Il n’a pas eu de mal à emmailloter son message dans un sacré rythme, grâce à son excellent groupe, car le chemin le plus rapide vers le cœur passe souvent par les hanches. Ni le Dr Fink, le claviériste de Revolution, ni Prince ne pouvaient jouer la ligne de basse manuellement, alors ils ont mis en place une interface pour verrouiller un séquenceur à la boîte à rythmes. « Nous avons fait des choses technologiques révolutionnaires ce jour-là« , se souvient Fink.

Bien que jamais sorti en single, le morceau s’est néanmoins retrouvé dans les oreilles des fans lorsque l’album Purple Rain est devenu un énorme succès en 1984. « Je connaissais une fille qui s’appelait Nikki/je suppose qu’on peut dire que c’était une obsédée sexuelle/je l’ai rencontrée dans le hall d’un hôtel en train de se masturber sur un magazine« , chante Prince dans le premier couplet, ne laissant rien à l’imagination. Plus tard, les Foo Fighters ont enregistré leur propre version et Prince n’était pas très content. « Je n’aime pas qu’on reprenne mon travail« , a-t-il déclaré à Entertainment Weekly en 2004. « Écrivez vos propres chansons ! »

Bien qu’il ne soit que le cinquième plus grand single tiré de Purple Rain, le duo élégant et cristallin avec Apollonia Kotero – initialement prévu pour l’album éponyme d’Apollonia 6 – transcende à la fois l’album et la décennie qui l’a vu naître. De l’intro percutante (qui sert également de pont) aux échanges haletants entre les deux chanteurs, la chanson a instantanément gagné une place au panthéon des classiques. « Je n’ai pas de date d’expiration« , a déclaré M. Prince dans une interview accordée à The Word en 2004. « Take Me With U » en est la preuve.

Comparé à sa face B, aujourd’hui presque légendaire, « She’s Always in My Hair », « Raspberry Beret » semblait bien décalée. Aujourd’hui, il semble évident que c’était l’occasion d’explorer une écriture pop plus psychédélique. C’est devenu une partie de l’arsenal de Prince – le même qui se retrouvera dans le tube des Bangles « Manic Monday » – non pas des pensées profondes, mais un journal mis en musique. Après les aspirations apparemment illimitées de Purple Rain, c’est cette poésie plus simple qui a en fait prouvé que la créativité de Prince n’avait peut-être pas de limites.

C’est en 1986, après Purple Rain, que l’ingénieur du son de Paisley Park, David Z, a reçu un appel de Prince pour le rejoindre à Los Angeles. À son arrivée aux studios Sunset Sound d’Hollywood, Z reçoit une démo enregistrée sur cassette – un couplet, un refrain et un peu de guitare acoustique – destinée au groupe Mazarati. Z dira plus tard à Mix Magazine que cela ressemblait à une chanson de Stephen Stills. Avec le groupe, il l’a bricolée pendant quelques heures, en a enregistré une version et l’a terminée. Lorsque Z est revenu en studio le lendemain matin, Prince avait enlevé la basse et le charley, ajouté le riff emblématique et enregistré sa propre voix. « C’est trop bien pour vous les gars. Je le reprends », se souvient Z. Prince. La Warner Brothers a demandé le contraire ; ils ont dit que le morceau semblait inachevé, mais Prince a gagné la bataille qui a suivi, et le single a finalement été classé numéro un.

« Sign O’ The Times » est peut-être le plus étrange des singles de Prince. Il était au sommet de son succès commercial et critique, et son précédent album Parade – une balade délirante dans le jazz-pop français qui a donné le classique funk « Kiss » et la débâcle cinématographique Under the Cherry Moon – avait appris à son public que Prince pouvait être merveilleusement imprévisible. Pourtant, « Sign O’ The Times » ne ressemblait à rien de ce qu’il avait fait auparavant. Sur ce morceau d’un minimalisme saisissant, il joue de la guitare blues sur un synthétiseur Fairlight et se lamente sur les problèmes du monde. « L’homme n’est vraiment heureux que lorsqu’il meurt vraiment« , chante-t-il.

De sa voix androgyne, Prince présente ce numéro funk à la puissance redoutable comme l’ultime bataille des sexes : « Garçon contre fille dans les World Series de l’amour. » Sheena Easton, se souvient qu’il avait déjà terminé le morceau avant de la contacter. Il lui a juste dit : « Tu veux juste venir et chanter quelques chœurs ? » selon Easton. « Alors je suis allé en studio, et comme je ne savais pas que je chantais… j’en ai fait trop – et il a dit qu’il aimait bien ça, alors il a transformé le morceau en duo. »

En plus de ses talents de chanteur, d’auteur-compositeur, d’interprète, de magnat et de multi-instrumentiste, il y a un rôle pour lequel Prince n’a jamais eu assez de crédit : celui de conteur. « I Could Never Take the Place of Your Man » est sorti en 1987, alors qu’il avait cimenté sa place en tant qu’icône du funk. Mais il a transformé son neuvième album Sign O’ the Times en un assortiment de sons – y compris cette nouvelle power-pop qui est un portrait poignant d’un futur amant qui ne veut pas être une passade. « Chacun mène sa propre barque« , a-t-il déclaré à NME en 1996. « C’est pour cela que nous sommes ici, pour apprendre, pour suivre plusieurs chemins et quand vous avez suffisamment explorer vous n’avez plus à regarder derrière vous« .

Le premier single de Lovesexy, sorti en 1988, est l’exemple parfait d’un funk dépouillé. Les guitares déchiquetées et la ligne de basse rebondissante de Levi Seacer Jr. se combinent avec le talent de Prince pour un morceau piquant. Des cuivres et un rap exaltant de Cat Glover, protégé-chorégraphe de Prince, font monter la température et prolongent la fête.

Graffiti Bridge, la suite de l’iconique Purple Rain, a été le dernier rôle de Prince au cinéma. Mais contrairement à son prédécesseur, la bande son qui l’accompagne va largement éclipser le film. « Thieves in the Temple », une méditation spirituelle sur le mensonge, le rejet et l’introspection qui a atteint la sixième place des charts, a été ajouté à la dernière minute. Avec une saveur moyen-orientale et un chant presque opératique, c’était une nouvelle atmosphère pour Prince. Et il ne se sentait pas à l’aise pour y résider longtemps. « J’écris encore parfois sous le coup de la colère, comme dans « Thieves in the Temple ». Mais je n’aime pas le faire. Ce n’est pas agréable à vivre« .

Selon la légende, Prince a écrit « Cream » alors qu’il se tenait devant un miroir. Sinon, pourquoi aurait-il chanté « You’re so good/Baby there ain’t nobody better » sur ce tube incroyablement entraînant de Diamonds and Pearls.

Ballade sensuelle à souhait, « Diamonds and Pearls » voit, une fois n’est pas coutume, Prince se retirer au profit de son groupe, la New Power Generation. Avec la chanteuse de NPG, Rosie Gaines, qui assure les chœurs, Prince chante : « If I gave you diamonds and pearls/ Would you be a happy boy or girl ?« , en écho aux paroles presque identiques qu’il avait chantées dix ans plus tôt sur « International Lover » en 1982. L’album a été largement considéré comme la réponse de Prince au hip-hop, mais le morceau-titre de Diamonds and Pearls marie subtilement l’amour du chanteur pour les paillettes et le glamour avec une sensibilité pop-R&B en constante évolution.

Prince a élargi sa palette sonore avec « 7 », en utilisant des tablas et des sitars, plusieurs voix et un sample de « Tramp » de Lowell Fulson. Bien sûr, étant donné son statut d’outsider à l’époque, Prince a pu aussi s’essayer à la numérologie – le 7 représente la recherche de la vérité, bien qu’il soit tout à fait possible que les sept contre lesquels il se battent soient des gens de la Warner Bros. Records. Se battait-il pour la liberté ? Cherchait-il le respect ?

En 1993, Prince avait changé son nom en symbole et se battait avec Warner Bros. pour le contrôle de la création. Il a réalisé qu’il n’avait pas besoin de l’aide d’un grand label lorsqu’il a sorti « The Most Beautiful Girl in the World », sur le label indépendant Bellmark. Prince aurait dépensé deux millions de dollars de sa poche pour promouvoir le single. Il s’est avéré que ce fut son plus grand succès depuis des années. La magnifique ballade a des touches de guitare funk et des claviers étincelants, mais Prince laisse son don pour la mélodie faire le plus gros du travail. Elle a été écrite à l’origine pour sa future femme, la chorégraphe Mayte Jannell Garcia. Elle a ensuite enregistré sa propre version, « The Most Beautiful Boy in the World ».

Sorti en 2006, « Black Sweat » est peut-être le meilleur dernier single de Prince. Rappelant « Kiss », il est truffé de boîte à rythmes, un falsetto glorieux et un synthétiseur qui rappelle les « Funky Worm » des Ohio Players. « Black Sweat » a permis à 3121 de se hisser en tête des charts et d’obtenir une poignée de nominations aux Grammy Awards. Plus important encore, il a rappelé à point nommé que Prince aura toujours le funk.

Le coffret de réédition de Sign O’ The Times est disponible à l’achat dès maintenant sur le Prince Store officiel et par ici

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AC/DC – Back in Black

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AC/DC _ Back in Black 1980
Droits réservés

Retour sur Back in Black, premier album d’AC/DC avec Brian Johnson. Le groupe de hard rock australien atteint avec ce disque un nouveau sommet artistique.

9 août 1980 : AC/DC est n°1 au Royaume-Uni avec Back in Black

Depuis plus de quatre décennies, Back In Black d’AC/DC fait sans doute partie du panthéon des plus grands disques du rock. Avec des ventes estimées à plus de 50 millions d’exemplaires (!), il est le deuxième album le plus vendu de tous les temps derrière Thriller de Michael Jackson.

Eprouvé par le décès de Bon Scott en février 1980 alors que le groupe savoure son succès depuis la sortie de Highway To Hell (1979), AC/DC se surpasse et dévoile finalement Back In Black. Brian Johnson arrive en renfort et se montre à la hauteur en aidant le groupe à affronter une nouvelle décennie. ”Hells Bells” rend hommage à leur chanteur bien-aimé, mais dès que Brian prend le micro, tout reprend vie. L’aventure continue de plus belle avec des morceaux percutants comme ”Rock And Roll Ain’t No Noise Pollution” et ”You Shook Me All Night Long”.

Devenu en seulement quelques mois l’un des titres les plus cultes du groupe, « Back in Black » constitue le dernier hommage d’AC/DC à Scott. Loin de la chanson funèbre, le titre évoque plutôt un dynamisme hors-norme et très fidèle à l’état d’esprit d’AC/DC.

Le riff de guitare est aujourd’hui devenu une référence pour les apprentis guitaristes. Composé de seulement quelques notes, il se répète tout le long du morceau, avant d’alterner avec des compositions plus élaborées qui viennent seconder la voix. Un véritable morceau d’anthologie, qui décrit bien la vibe du disque.

Apple Music fête l’occasion

A cette occasion, Apple Music met AC/DC à l’honneur sur la page Rock de la plateforme. On peut retrouver toute leur discographie en HD, des clips, des vidéos live, leurs playlists dédiées (”Les Indispensables”, ”Aller plus loin”, ”Inspiré par”, ”Les méconnus”).  Six clips extraits de ”Back In Black” ont été publiés à nouveau en HD, dont un inédit tout fraîchement sorti : ”Let Me Put Your Love Into You”, à voir d’urgence ci-dessous.

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Bruce Dickinson : à la pointe de l’épée

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Bruce Dickinson Iron Maiden 2025
Shirlaine Forrest / WireImage

S’il a acquis son statut de star en tenant fermement le micro au sein d’Iron Maiden, Bruce Dickinson n’a pas à rougir de sa carrière solo. Après dix-neuf ans sans donner de suite à Tyranny of Souls, l’artiste touche-à-tout britannique opère un retour spectaculaire avec The Mandrake Project. Interview.

7 août 1958 : naissance de Bruce Dickinson, chanteur d’Iron Maiden 

19 ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Bruce Dickinson pour ressortir un album solo. Après des années tumultueuses partagées entre les géants du heavy metal britannique Iron Maiden, pour qui il assure le chant, et les épreuves de la vie, il revient sous son propre nom avec l’énigmatique The Mandrake Project. S’il martèle qu’il “ne s’agit pas d’un concept album”, il a néanmoins été travaillé sous toutes ses coutures et se permet même d’être transmédia, puisqu’il est lié à un roman graphique également écrit par le frontman. “L’album peut exister indépendamment du roman graphique auquel il est lié. Certains textes peuvent être déroutants pour ceux qui n’ont pas lu l’histoire, mais ce n’est pas un problème. Le roman graphique permet d’en savoir plus.”

Ainsi, des morceaux, comme “Afterglow of Ragnarok” et “Many Doors to Hell”, le diptyque d’ouverture, peuvent être pris de manière indépendante. Passionné de comics – en témoigne le T-shirt Watchmen qu’il arbore fièrement –, l’artiste britannique a voulu inclure cette dimension dès les premières étapes de la conception du disque. Si les deux œuvres diffèrent aussi bien dans leur nature que leur contenu, elles ont été pensées en même temps et comportent le même titre. “J’ai fait des recherches sur les effets hallucinogènes de la mandragore. J’ai donc trouvé The Mandrake Project, un titre qui n’avait jamais été utilisé pour un album auparavant. Ce fut l’étape finale de sa conception.” Il est ainsi le résultat d’un soin particulier apporté à une œuvre multiple.

Une minutie qui s’explique simplement : “Je ne veux pas sortir d’album solo machinalement. Dans cette industrie, il est très facile de s’enfermer dans des carcans et d’avancer comme un somnambule.” Une vision qu’il rejette avec ironie : “19 ans, ce n’est pas un carcan !” (Rires) Ce soin apporté à l’œuvre est le résultat d’une longue gestation. “Roy Z (guitariste et producteur, ndla) et moi nous sommes concertés pour faire une suite à Tyranny of Souls en 2014. Nous avons assemblé quelques démos et avons attendu une opportunité de finaliser ce disque, mais elle ne venait jamais.” Si l’idée est venue il y a dix ans, certains morceaux présents sur le disque sont encore plus anciens. “Le dernier, ‘Sonata (Immortal Beloved)’ est né il y a plus de vingt ans. J’avais oublié que je l’avais écrit. Roy Z me l’a envoyé, je l’ai écouté avec mon épouse. Elle m’a convaincu de l’inclure dans le disque.”

Ce laps de temps s’explique aussi par des circonstances diverses. “Roy Z et moi avons été séparés en partie à cause de mon emploi du temps avec Iron Maiden.” Mais le sextet britannique n’est pas la seule raison du retard pris dans la conception de cet album. “J’ai eu un cancer de la gorge [en 2015] dont j’ai mis un an à me remettre. Nous avons ensuite tourné une année entière avec Iron Maiden pour rattraper le temps perdu. Puis le monde s’est confiné, et voilà !” Une longue gestation qu’il résume avec philosophie : “L’attente était frustrante, mais a tout de même été fructueuse. Elle m’a permis d’enrichir mon écriture.”

L’écriture de Bruce Dickinson est également enrichie par ses nombreuses expériences. Il multiplie les casquettes, qu’il s’agisse de celle de pilote de ligne ou d’animateur radio, mais manie également le fleuret “depuis l’enfance”. Après une pause prise autour de ses 20 ans, il reprend l’escrime après la tournée de The Number of The Beast, son premier album enregistré avec Iron Maiden – “Si je ne faisais pas autre chose que de la musique, j’allais perdre la tête”, se souvient-il –, avant d’arriver à un niveau de compétition. Cette discipline l’accompagne dans Iron Maiden, notamment dans “Flash of the Blade” qu’il signe dans Powerslave (1984), où il évoque les “anciennes techniques d’escrime”. Il s’inspire également du célèbre escrimeur japonais Miyamoto Musashi dans “Sun and Steel” (1983). Au-delà des compositions en elles-mêmes, il “incorpore des pas d’escrime sur scène. Dans ‘Death of the Celts’, j’inclus certains exercices, ce que mon maître a tout de suite remarqué !”

Mathieu David

Retrouvez cette interview de Bruce Dickinson en intégralité dans Rolling Stone n°160. Il est disponible en kiosque et via notre boutique en ligne. Commandez-le dès maintenant avec la couverture que vous préférez. Choisissez entre Eric Clapton et le chanteur d’Iron Maiden.

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Stevie Nicks : « dès que ce n’est plus de mon âge, j’arrête »

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Stevie Nicks
Randee St. Nicholas

La légende Stevie Nicks revient sur sa carrière tout en gardant son avenir artistique à l’esprit avant son passage au Saturday Night Live.

6 août 1981 : sortie de Bella Donna, premier album solo de Stevie Nicks

Chaque seconde semble une éternité quand vous flottez à dix centimètres d’une Stevie Nicks jouant avec son chemisier. Cette même Stevie Nicks, première femme à avoir été intronisée deux fois au Rock & Roll Hall of Fame – en tant que membre de Fleetwood Mac et en tant qu’artiste solo. Cette même Stevie Nicks dont la légendaire collection de châles séjourne à l’abri d’un coffre-fort dont la température peut être contrôlée à distance. Cette même Stevie Nicks qui, à 76 ans, est devenue incontournable auprès des plus jeunes générations depuis son apparition dans la série American Horror Story, jusqu’à ce poème qu’elle a écrit pour Taylor Swift et son album The Tortured Poets Department, sans parler de cette récente vidéo devenue virale sur TikTok où elle toise son ex-boyfriend et associé, Lindsey Buckingham, lors d’une captation de “Silver Springs”, en 1997.

C’est encore cette même Stevie Nicks dont la longue bague en or et tout en spirales vient de se coincer dans les mailles de son chemisier, nécessitant l’intervention express et rapprochée de l’intervieweuse tout juste rencontrée quelques minutes plus tôt. “Ça m’est arrivé [récemment, ndla] sur scène, confie-t-elle à ce sujet. Elle s’est coincée dans ma cape ‘Gold Dust Woman’, et le plus bel homme de toute la tournée a accouru pour se mettre à genoux devant moi et essayer d’arranger ça. Je me suis sentie comme une princesse dans Cendrillon.”

Elle est à Philadelphie depuis trois jours, concluant une grosse tournée en même temps qu’elle enregistrait une chanson de Noël avec l’ancienne star de football américain, Jason Kelce. Stevie Nicks n’a jamais paru aussi prolifique et motivée. Un lien avec le fait d’être… débarrassée de ce fameux groupe qui l’a rendue si célèbre ? La mort, en 2022, de Christine McVie semble avoir clairement marqué la fin de Fleetwood Mac. Stevie Nicks assure en tout cas en avoir terminé avec lui, bien plus concernée par cette tournée de deux ans en solo sur le point de toucher à sa fin, avec ses deux soirées au Hersheypark Stadium précédant notre conversation.

Dans quelques heures, ils seront des millions à assister à sa participation en tant qu’invitée musicale au show TV “Saturday Night Live” pour la première fois en plus de quarante ans. Quand elle prendra possession de la scène du Studio 8H, ce sera pour interpréter “The Lighthouse”, le récent hymne pour les droits des femmes qu’elle a écrit dans la foulée de l’annulation de l’arrêt fédéral Roe vs Wade [qui garantissait, depuis 1973, le droit d’avorter sur tout le territoire américain avant d’être annulé par la Cour suprême américaine en juin 2022, ndt]. Soutenu par la guitare de Sheryl Crow, ce titre très rock et cathartique voit Nicks se comparer à un phare guidant les femmes et les encourageant à faire valoir leur force.

Où préférez-vous que je m’assoie ?

Vous êtes très bien où vous êtes, tant que vous ne pensez pas avoir le Covid.

Non, je ne l’ai pas.

Dieu soit loué, on en finit [avec la tournée] pour un moment. Je vais pouvoir rentrer chez moi et ne plus avoir à porter un masque en permanence. Quand tu es chanteuse avec de l’asthme, tu ne peux que détester ces masques, mais j’en porte. Les gens me regardent de travers. Mais pour qui se prennent-ils ? J’ai envie de leur dire : “Vous savez quoi ? Je suis Stevie Nicks, et si je tombe malade, c’est tout le truc autour de moi qui s’effondre. Quarante familles au chômage. Donc voilà pourquoi je porte un masque, connard.” Je ne peux pas l’attraper à nouveau. Je suis âgée, je ne suis là que pour encore quinze ans. Mais vous, vous en avez pour encore trente ou quarante ans, vous devriez donc y réfléchir.

Quinze ans, c’est assez précis.

Je vais probablement vivre jusqu’à 95 ans. Ce n’est pas tant que je le veuille, honnêtement, c’est trop vieux. Ma mère est morte à 84 ans, mon père vers les 80, mais je suis plus jeune à 76 ans qu’ils ne l’étaient au même âge. Donc oui, j’imagine 88, 89 ans.

La mort vous fait-elle peur ?

J’ai plus peur de laisser des choses inachevées. Je suis tellement occupée. C’est notamment pour ça que je suis contente que cette tournée se termine : je peux travailler à un album. Je n’ai pas pu me consacrer à tant d’activités créatrices depuis des années et des années. Je dessine, je compose des chansons, j’écris des poèmes. J’aimerais créer un parfum car il y a en ce moment une senteur que j’adore. J’aime concevoir des couvertures, avec une préférence pour celles en cachemire. C’est ce que j’achète à mes amis dans les occasions spéciales. C’est Don Henley et J.D. Souther qui m’avaient emmenée en 1977 dans une boutique de Los Angeles appelée Maxfield Blue, juste Maxfield aujourd’hui, où j’avais acheté ma première couverture. Ça me fait rire quand j’y repense, comment ils m’ont appris à dépenser mon argent, ces deux-là.

J.D. nous a quittés récemment. Vous avez été ensemble brièvement par le passé.

Ce fut une terrible tragédie, vraiment. Puis il y a eu Kris Kristofferson. [Mon assistante] est venue me dire quelque chose aujourd’hui et elle a commencé sa phrase par “Donc, Stevie…” Et maintenant, à chaque fois qu’elle me lance un “Donc, Stevie…”, je lui réponds : “S’il te plaît, ne m’annonce pas que quelqu’un d’autre est mort. J’aimerais autant que tu arrives, dises mon non, mais sans ce ‘donc’ devant parce que ça m’incite à envisager le pire, parce que nous vieillissons.”

Sur quelles nouvelles idées musicales travaillez-vous ?

J’en ai tellement pour les chansons que je veux faire. Il y en a certaines que je n’ai pas écrites moi-même et pour lesquelles il faut que j’appelle ceux qui l’ont fait afin de leur demander si ça leur dit que je les chante. J’ai aussi tellement de poèmes qui peuvent être mis en musique. J’en ai écrit un à propos d’une des héroïnes féminines de Chicago P.D. [Chicago Police Department], l’une de mes séries criminelles préférées. C’est comme un médicament pour moi, j’ai trop hâte de me poser devant un piano. J’ai aussi écrit une chanson que j’ai appelée “The Vampire’s Wife” qui est, à mon avis, l’une des meilleures que j’ai composées. Parce qu’un peu comme “Rhiannon”, c’est l’histoire d’un personnage. Qui sait, il se pourrait bien que j’appelle le prochain album The Vampire’s Wife.

Angie Martoccio

Retrouvez la suite de cet entretien avec Stevie Nicks dans notre n°169, disponible en kiosque et via notre boutique en ligne.

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Interview : Yungblud : « Je ne suis pas fait pour les compromis »

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Yungblud interview
© Tom Pallant*

Yungblud évoque son hommage à Ozzy Osbourne, sa collaboration avec Eddie Vedder, son virage classic rock sur « Idols » et plus encore dans notre nouvel entretien.

5 août 1997 : naissance de Yungblud

L’album de la consécration de Yungblud en 2025, Idols, s’est avéré être une prophétie auto-réalisatrice. Il a écrit des chansons sur son adoration pour ses héros du rock, pour finalement se retrouver adoubé par ces mêmes légendes dans la vraie vie. Ozzy Osbourne a choisi Yungblud pour ce qui s’est révélé être une performance bouleversante de « Changes » lors de son ultime concert, et Yungblud a enchaîné en enregistrant avec Aerosmith (pour un EP entier) et les Smashing Pumpkins.

L’acteur devenu chanteur, né Dominic Harrison, a conquis le Royaume-Uni au cours des huit dernières années avec ses trois premiers albums, oscillant entre une fusion hip-hop/punk insolente et des moments plus pop. Mais après avoir plongé dans ses influences classic rock sur Idols, il a enfin percé aux États-Unis, décrochant trois nominations aux Grammy Awards et une énorme tournée pour 2026. Sa nouvelle notoriété et son flamboyance — l’eyeliner, le torse nu fréquent, le pantalon en cuir — attirent quelques détracteurs virulents, mais il s’y est habitué. « Beaucoup de gens ont beaucoup de choses à dire sur moi », dit-il. « Mais je suis là pour ça. »

Vous avez dû annuler quelques concerts. Comment vous sentez-vous ?

Yungblud : Je me fais toujours examiner après chaque tournée, surtout après cette année. J’ai tendance à courir et courir jusqu’à ce que les roues lâchent. Je crois que je suis fait comme ça. C’était la première fois que je recevais un avis médical impératif. Ils m’ont dit : « Tu as 18 mois de tournée qui arrivent. On pense que tu devrais annuler quelques dates à la fin de cette année. » Et je suis assez reconnaissant pour ça, honnêtement, parce que l’année a été tellement dingue qu’il me fallait du temps pour comprendre et assimiler tout ça. Je repars en tournée en janvier et ça dure jusqu’à mi-2027 maintenant. Donc je pense qu’il est important de prendre ce temps, de vraiment traiter ce qui se passe et d’en être reconnaissant.

Les gens oublient qu’émotionnellement, le succès peut parfois être tout aussi dangereux, sinon plus, que l’échec.

Surtout si tu ne le digères pas. Tu rencontres des gens amers dans cette industrie vers la fin de leur carrière, c’est parce qu’ils n’ont pas assimilé ce qui leur est arrivé. Je ne cesse de dire « reconnaissant ». Je pense que la gratitude est le vrai sentiment qui m’habite en cette fin d’année. Je fais ça depuis 10 ans maintenant. Les gens viennent juste de me découvrir, et il faut 10 ans pour devenir un succès du jour au lendemain, n’est-ce pas ? Je veux vraiment tout ressentir et chérir chaque moment qui s’est produit cette année.

Vous avez eu 28 ans en août. J’ai parlé à de jeunes musiciens qui étaient vraiment hantés par l’idée du Club des 27. Est-ce que ça vous a pesé ?

Yungblud : C’est un drôle de vieux cliché. La veille de mes 28 ans, j’étais sur un bateau de Capri à Positano avec ma copine, et la mer est devenue putain de mauvaise. Je rigolais : « Si ça doit arriver, ça va arriver maintenant. » Mais pour moi, 27 ans a été un moment où je me suis vraiment fait face. Je fais ça depuis que j’ai 18 ans. Certains artistes arrivent au monde déjà formés. Ce n’était pas mon cas. Mais quand j’ai eu 27 ans et que j’ai fait Idols, c’était le moment de faire vraiment ce que je voulais. J’ai dû rentrer chez moi et me faire face en tant qu’adulte.

Le plus fou avec le Club des 27, c’est que pour certains — Jimi Hendrix et Kurt Cobain — toute leur carrière légendaire s’est déroulée avant cet âge.

C’est ça qui retourne le cerveau ! Mais ensuite, tu as Bowie, et il a fait ses plus grandes œuvres après ça.

Vous avez été très critique envers votre troisième album éponyme.

Yungblud : Yungblud était un pastiche, une réaction, parce que j’avais peur d’être à la hauteur du cliché que les gens avaient placé sur moi. Il n’y avait pas de voyage, pas de ligne directrice cohérente, pas de sens de l’identité. Mais c’était l’album où j’étais perdu. Cela m’a mené à Idols. C’était un réveil. Mon premier album n’aurait pu être fait par personne d’autre — N.W.A rencontre John Lydon avec un putain de gamin du Nord par-dessus. Weird! c’était moi me découvrant. Yungblud c’était moi étant perdu. J’écoutais ce que les gens voulaient de moi au lieu de ce que je voulais sortir.

Regrettez-vous parfois de ne pas être dans un groupe plutôt qu’en solo ?

Yungblud :  Non ! Putain non ! Je ne suis pas fait pour les compromis. Dans le passé, quand j’ai écouté des avis et que j’ai presque coupé la poire en deux avec quelqu’un, mon art a été merdique. En regardant Steven Tyler et Joe Perry ensemble, le compromis, c’est là que réside la putain de magie. Mais pour moi, ça ne marche pas. Ça me rend juste dingue. Les gens ne réalisent pas que je contrôle tout. L’une des plus grandes idées fausses à mon sujet est que l’industrie m’a tout servi sur un plateau. L’industrie m’a dit d’aller me faire foutre à chaque tournant.

Donc vous dites que vous êtes l’opposé d’un « industry plant » (produit marketing fabriqué par l’industrie).

Yungblud : Je trouve ça vraiment drôle quand les gens pensent ça de moi. Si je suis un pur produit de l’industrie, c’est moi qui ai planté la putain de graine moi-même. Avoir une image distincte est un avantage et un inconvénient, et je pense que vous avez vu les deux côtés. Ça ne me déprime pas. Je pense que c’est marrant. C’est censé être marrant. J’adore lire les commentaires sur moi. C’est juste du carburant.

Mais les gens ne comprennent pas la gravité d’un commentaire sur Internet. Si vous laissez quelque chose de brutal sur la page d’un jeune artiste, il va l’intérioriser. Soit il s’en sortira comme je m’en suis sorti, soit non, et il se tournera vers l’alcool ou la drogue.

Ça peut vraiment tuer quelqu’un. Quand tu es un compte anonyme qui vomit sa propre rage sur quelqu’un d’autre pour se sentir mieux, je pense que c’est la chose la plus dégoûtante que tu puisses faire au monde. Tu es un lâche.

On peut évidemment entendre que vous savez chanter. Mais il y a eu un malentendu parce que l’autotune est utilisé comme effet sur certains de vos disques.

Yungblud :  Laissez-moi vous parler de l’autotune. Le résultat dépend de ce qu’on y met. Croyez-moi, si vous ne savez pas chanter, ça sonne comme de la merde. Mon truc, c’est que parfois je l’utilise, parfois non. Ça dépend du bien du disque et fondamentalement, sans vouloir offenser personne, de comment je veux que ça sonne, putain. Ce ne sont pas les affaires des autres. Si je veux en mettre, je vais en mettre. C’est comme ça que je fonctionne. Si je n’en veux pas, je n’en mettrai pas. Tout est question d’effet et de comment la voix va se frotter à cette putain de ligne de violon. Quand je ferme les yeux et que ça ne me dérange pas, c’est prêt à sortir. Si ça me dérange, ce n’est pas prêt. Il y a des éléments de vérité dans une voix qui n’est pas parfaite. Je ne fais pas d’overdubs pendant 10 prises. Je chante deux fois et j’assemble le tout. C’est ce que je fais. Je rentre, je chante deux fois et puis bonsoir. J’ai pas que ça à foutre de faire 15 prises. Ce n’est plus sincère. Il y a un moment, quand tu as écrit le truc et que tu entres dans la cabine — il y a une peur, il y a le poids du monde, l’univers entier qui te regarde quand tu fixes ce micro. Et après quatre prises, tu mens.

Qu’est-ce qui vous passait par la tête avant de jouer « Changes » au concert final d’Ozzy ?

Yungblud :  Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je pensais qu’ils me demanderaient de faire « Sweet Leaf » ou « The Wizard » ou « NIB » — quelque chose où je pourrais devenir fou. Mais ils m’ont donné la ballade, et comme je suis reconnaissant qu’ils m’aient donné la ballade. Je suis sorti devant 50 000 personnes ; 25 000 n’avaient aucune putain d’idée de qui j’étais ; 15 000 à 20 000 me détestaient. Ils pensaient : « Qu’est-ce qu’il fout là ? » Définitivement « l’imposteur », peu importe comment vous voulez m’appeler. Mais j’étais prêt pour ça, parce que je venais de faire un album où j’avais dû me faire face. J’ai presque découvert comment me mettre à nu, abandonner tout ego ou insécurité, et juste dire merci à mon héros. Depuis mes deux ans, j’aime Ozzy. Avant même de comprendre sa musique, je voyais cette silhouette — c’était Batman pour moi. Je m’identifiais à lui parce que j’étais fou, dingue, bourré de TDAH.

Et puis le perdre si peu de temps après…

Ça a été la plus grande vague émotionnelle que j’aie jamais eue à gérer. Les trois semaines avant son départ, on était au téléphone, on s’envoyait des textos, on s’appelait, on était sur la même longueur d’onde.

J’essayais d’apprendre à connaître ce gars que j’aime depuis mes deux ans — sur qui j’avais pratiquement écrit un album, sur lui et Freddie et Mick et Bowie.

Et puis je le perds. C’était presque comme si j’avais manifesté toute cette merde en écrivant cet album, et c’est un putain de trip. Les gens disent les trucs les plus fous sur le fait que je dois porter ça, porter cette lumière. Et c’est dingue, parce que j’ai grandi dans le magasin de guitares de mon père. C’est là que j’ai entendu cette musique pour la première fois. Et j’ai l’impression d’y être à nouveau. J’ai l’impression d’avoir quatre ans, assis sur le comptoir de mon père, et ça sent la colle d’ampli, le fil à souder, la bière et le vieux bois. J’aime putain de trop la musique rock. C’est dans mon sang. C’est là-dedans que j’ai grandi. Et je n’arrive pas à croire que cette année est arrivée. C’est comme dans un film.

Vous travaillez aussi sur un tout nouvel album avec Andrew Watt.

Yungblud :  Idols était extrêmement maximaliste. Je pense que ce que Watt et moi voulons faire, c’est quelque chose d’extrêmement minimaliste, extrêmement live, très « groupe ». On ne va peut-être même pas enregistrer au clic. Je pourrais faire un truc dingue comme ça. J’ai écouté Buckley, Cornell, Weiland et Layne Staley. J’ai vraiment trouvé la puissance de ma voix, et c’est ce dont Watt et moi parlions beaucoup — utiliser ma voix, en faire le point central. Pour le prochain, t’as trois minutes, cinq accords et la putain de vérité, qu’est-ce que tu vas faire ?

Vous avez chanté avec un autre vétéran du rock, Eddie Vedder, en décembre. Avez-vous discuté ?

Yungblud :  Eddie est une telle inspiration pour moi. On s’est vraiment bien entendus. Je pense qu’on pourrait écrire ensemble à l’avenir.

Pour quel projet ?

Yungblud :  Je sais pas. Je sais jamais ! Je rencontre juste ces gars, j’aime ces gars, je m’entends avec eux parce qu’on représente tous les deux des faces différentes de la même pièce. Il y a de nouveau ce magnifique soutien intergénérationnel dans la musique rock, et c’est arrivé cette année.

Par Brian Hiatt
Traduit par la rédaction

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Ephemeride

4 août 1967 : Pink Floyd sort « The Piper at the Gates of Dawn »

Publié

© Andrew Whittuck/Redferns/Getty Images

Emmené par le génie créatif sans limites de Syd Barrett, le premier album de Pink Floyd a cristallisé l’esprit psychédélique de 1967

Il n’y a peut-être pas de meilleure indication du paradis qu’est Londres en 1967 : Pink Floyd enregistre son premier album, The Piper at the Gates of Dawn, à la fin de l’hiver et au printemps de cette année-là, dans les studios Abbey Road d’EMI. Au même moment, au bout du couloir, les Beatles terminent leur monument de l’Âge de l’acide, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Du jour au lendemain, ce chef-d’œuvre va transformer le rock, l’art de l’enregistrement en studio et toute la culture populaire.

Le premier Pink Floyd sera un triomphe plus spécifique. Produit par Norman Smith, l’ingénieur du son des premières séances des Beatles, et presque entièrement écrit par le chanteur-guitariste Syd Barrett, star magnétique du Floyd, The Piper at the Gates of Dawn définit parfaitement son époque : l’âge d’or, bref et lumineux, de la conscience psychédélique en Grande-Bretagne, et tout particulièrement cette combinaison locale unique de fureur post-mod, d’ardeur avant-gardiste typiquement européenne et d’émerveillement enfantin. Sur Piper, le Floyd produit une pop explosive, étrangement commerciale, à partir de tous ces éléments : le zigzag déboulant à la manière des Who en ouverture, suivi du suspense continuel d’“Astronomy Domine”; le mélange enchanteur, propre à Barrett, de surréalisme dylanien irisé et de naïveté de cour de récréation sur “Flaming” et “Bike”; le brusque décollage boogie en direction du vide free-rock d’“Interstellar Overdrive”.

L’Underground devient une fête accessible à tout le monde.

Pillier 

Cet album est aussi célèbre pour ce qui suivra : la rapide descente de Barrett dans le trou noir des ravages de l’acide et de la maladie mentale où il passera le restant de ses jours. “His head did no thinking/His arms didn’t move” [Sa tête ne pensait pas/Ses bras ne bougeaient pas], chante Barrett dans “Scarecrow” [Épouvantail], une inquiétante indication des défaillances qui vont finalement conduire à son éviction discrète en janvier 1968. Mais sur The Piper at the Gates of Dawn, le Floyd est encore un groupe soudé, confiant et incandescent. Avec cet album à succès, qui entre dans le Top 10 britannique au cours de ce qui restera probablement la plus grande année de l’histoire du rock, l’Underground devient une fête accessible à tout le monde.

Piper est une œuvre étonnante, résultant d’une mue décisive. Fin 1964 ou début 1965, Pink Floyd – qui était encore un quintette avec un deuxième guitariste, Bob Klose – a fait ses premières démos en studio, sonnant comme un groupe conventionnel de blues électrique qui commencerait tout juste à se projeter vers l’avenir. Ce qu’il y a de plus proche de ce rhythm’n’blues classique sur Piper, c’est le riff tailladé d’aigus de Barrett sur “Interstellar Overdrive”, adapté de la progression d’accords descendante de “My Little Red Book”, sur le premier album de Love en 1966. On retrouve aussi des vestiges totalement tordus de leurs débuts dans les clubs et les bals d’école sur l’instrumental “Pow R. Toc H.” et sur le délire style Yard- birds galactiques de Roger Waters, “Take Up Thy Stethoscope and Walk”. Mais “Lucifer Sam”, le croquis fantaisiste que fait Barrett de son chat préféré, ressemble à du garage rock venu d’Aldebaran : une grenade, remplie d’écho, de swing vengeur et de moulinets de guitare lacérant l’espace, le tout surmonté d’un gimmick vocal à l’éclat beatlesien.

Cosmique

Barrett a baptisé l’album d’après le titre d’un chapitre du roman pour enfants de Kenneth Grahame de 1908, The Wind in the Willows [Le Vent dans les saules] – qui faisait lui-même référence à Pan, le dieu grec de la nature. Il y a de nombreuses références cosmiques sur Piper – Barrett citant les lunes de Saturne et d’Uranus sur “Astronomy Domine” ; l’improvisation en apesanteur d’“Interstellar Overdrive”. Mais Barrett écrit principalement sur des aventures terrestres, comme le désir impatient de joie, ainsi que de sensations fraîches et réconfortantes. La vie dans le Londres psychédélique, en route pour le Summer of Love, ressemble à une histoire qu’on raconte aux enfants avant de les coucher et qui se déroulerait nuit après nuit. Barrett capture cette sensation avec une justesse éthérée sur “Matilda Mother” – un enfant attend seul chaque nuit, au bord du sommeil, d’entendre la fin de l’histoire (“Oh moth- er, tell me more” [Oh maman, raconte encore]).

A la fin de Piper, Barrett reconnaît qu’il n’y a pas de plaisir, ni de nirvana, sans amis.

Clockwork

Barrett, ex-élève des Beaux-Arts, écrit sur la découverte intérieure avec un réel don pour l’illustration et, souvent, des allitérations pleines d’esprit. Mais, comme le fera plus tard remarquer Waters, il y a aussi “une très forte compréhension humaine” dans les chansons de Barrett. Dans son portrait de cette sentinelle mélancolique, “Scarecrow”, il dépeint avec une sensibilité aiguë une vie d’exil désolé – quelque chose qu’il ne connaîtra bientôt que trop bien.

Tout ce que réussit Barrett sur The Piper at the Gates of Dawn (publié aux États-Unis avec un ordre de titres modifiés, rajoutant le hit de la mi-1967 ne figurant pas sur le LP, “See Emily Play”) n’aurait pas été possible, ou pas aussi impérissable, sans les forces coordonnées qui maintiendront le Floyd en vie dans ses premières années sans lui : le lien propulsif et l’entrain constant de Waters et Mason ; l’atmosphère dynamique et les mélodies accrocheuses du jeu de piano et d’orgue de Wright. Et d’ailleurs, à la fin de Piper, Barrett reconnaît qu’il n’y a pas de plaisir, ni de nirvana, sans amis. “I know a room of musical tunes”, déclare-t-il dans le bruyant et barjot “Bike”. “Some rhyme, some ching, most of them are clockwork/Let’s go into the other room and make them work” [Je connais un endroit rempli de chansons/Certaines riment, d’autres cliquent, la plupart sont des mécanismes d’horloge/Allons dans cette pièce et faisons les fonctionner].

Et quand ils s’y mettent, on a l’impression que 1967 ne finira jamais.

Live At Knebworth, 1990 de Pink Floyd, disponible partout.

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