Djemila
Djemila *
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| Coordonnées | 36° 19′ 14″ nord, 5° 44′ 12″ est | |
|---|---|---|
| Pays | ||
| Subdivision | Djemila, Wilaya de Sétif | |
| Numéro d’identification |
191 | |
| Année d’inscription | (6e session) | |
| Type | Culturel | |
| Critères | (iii) (iv) | |
| Superficie | 30,6 ha | |
| Région | États arabes ** | |
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO |
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Djemila (de l'arabe : جميلة, « la belle » ; Ǧmila en berbère), anciennement Cuicul, est une cité antique située sur le territoire de la commune éponyme de Djemila, dans la wilaya de Sétif, en Algérie. Le site de Djemila abrite les vestiges de l'antique Cuicul, cité romaine, classée patrimoine mondial par l'Unesco.
Situation et topographie
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Érigée à environ 900 mètres d’altitude, Cuicul occupe un site naturellement défensif, situé à un carrefour stratégique reliant les axes nord-sud (N/S) allant d’Igilgili à Lambèse et est-ouest (E/O) reliant Cirta à Sitifis. Installée sur une crête montagneuse ceinturée de ravins, la ville bénéficie d’une position difficilement accessible, ce qui renforçait considérablement ses capacités de défense, tout en permettant une surveillance efficace depuis les hauteurs environnantes[1].
Du fait de la configuration étroite de l’éperon rocheux sur lequel elle est bâtie, l’agglomération adopte un plan en pente, de forme approximativement triangulaire, d’environ 365 mètres de développement et couvrant près de 80 000 m2. L’espace urbain s’organise en trois ensembles distincts : la partie septentrionale correspondant à la vieille cité, la zone méridionale dite nouvelle cité, ainsi qu’un secteur situé au sud-est identifié comme le quartier dit « chrétien »[1].
Ces dernières années ont vu la réalisation d'un musée, que l'on rejoint à partir des quartiers sud par une allée bordée d'arbres et de prairies, près de l'entrée du parc archéologique situé dans la partie la plus basse de la ville de Djemila.
Histoire
[modifier | modifier le code]Les historiens divergent sur la question de la fondation de la colonie romaine de Cuicul (actuelle Djemila), dont la date et le fondateur restent incertains. Malgré la richesse de la documentation épigraphique de l’Afrique romaine, les inscriptions de Cuicul ne livrent ni la titulature officielle complète de la colonie, ni le nom de son fondateur, ni la date précise de sa création, ce qui place l’historiographie face à plusieurs interprétations contradictoires. Les principales hypothèses attribuent la fondation soit à Nerva, soit à Trajan, positions défendues respectivement par des auteurs comme René Cagnat et Jean-Marie Lassère, ou encore par Stéphane Gsell et Jean Gascou. En s’appuyant également sur la mention de Cuicul comme colonie chez Claude Ptolémée, Dupuis situe l’existence de la ville comme colonie au plus tard à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle. Dans cette perspective, la colonie aurait été fondée sur un terrain accidenté du nord de l’Algérie à la fin du Ier siècle, probablement en 96, dans le cadre d’une installation de vétérans sous Nerva. Le toponyme Cuicul dériverait d’un nom local d’origine berbère, non encore latinisé au moment de la fondation. Cette colonie constitue ainsi, avec Timgad, l’une des dernières colonies de déduction établies en Afrique romaine[2],[3].
Sous les Antonins (96–192), Cuicul connaît une phase d’embellissement et de structuration monumentale, marquée par la construction d’un forum, d’un capitole, de plusieurs temples, d’une curie, d’un marché et d’un théâtre, qui organisent l’espace civique selon les standards urbains romains en Afrique. Cette monumentalisation traduit l’intégration progressive de la cité dans le modèle administratif et architectural impérial, soutenue par les élites locales. L’urbanisme s’articule autour du centre monumental, devenu le cœur politique, religieux et économique de la ville. Sous le règne de Commode, la construction de grands thermes accompagne une extension de l’habitat vers le sud, révélant une croissance démographique et une densification des fonctions urbaines. Cette dynamique se poursuit sous les Sévères, confirmant la prospérité durable de Cuicul à son apogée[1].
Sous la dynastie des Sévères (192–235), l’urbanisme de Cuicul poursuit son extension vers le sud du forum, avec l’aménagement de nouveaux quartiers structurés autour d’une vaste esplanade. Ce développement s’accompagne du tracé de nouvelles voies et d’une organisation plus régulière de l’espace urbain, traduisant une dynamique de croissance encore perceptible à cette époque. La ville prend alors progressivement l’aspect d’un centre résidentiel aisé, marqué par l’apparition de demeures luxueuses qui témoignent de l’enrichissement d’une partie de ses habitants. Toutefois, à partir du milieu du IIIe siècle, cette prospérité connaît un ralentissement sensible. Une crise économique, liée notamment à des campagnes agricoles moins productives, perturbe les circuits commerciaux et freine l’élan d’expansion urbaine. Cette conjoncture défavorable entraîne un affaiblissement progressif de l’activité économique et une stagnation du développement de la cité[1].
À l’Antiquité tardive, Cuicul conserve une activité urbaine encore soutenue et reste un centre vivant malgré les transformations politiques et religieuses de l’Empire. Au IVe siècle, la diffusion et l’implantation du christianisme s’accompagnent d’un nouvel élan urbain, marqué par la création d’un quartier chrétien distinct. À l’extrémité méridionale de la ville sont édifiés un baptistère ainsi qu’une basilique, tandis qu’une basilique civile vient réaménager l’ancienne place d’époque sévérienne, illustrant la continuité de l’usage des espaces publics. Parallèlement, les résidences des élites locales connaissent un développement remarquable, atteignant parfois de vastes dimensions et intégrant des équipements sophistiqués tels que des thermes privés et de larges espaces de réception assimilables à des basiliques domestiques. Les demeures dites de la maison d’Europe ou de Castorius illustrent particulièrement ce mode de vie aristocratique, caractérisé par un confort élaboré et un goût prononcé pour la décoration. Elles ont notamment livré un riche ensemble de mosaïques qui témoignent du raffinement artistique et du statut social élevé de leurs propriétaires[1].
En 431, Cuicul passe sous le contrôle des Vandales, qui s’installent en Afrique du Nord et exercent des pressions sur les populations locales, notamment à l’encontre des communautés chrétiennes. Leur présence se prolonge jusqu’aux accords conclus en 442 avec Genséric, qui entraînent une réorganisation de leur domination et des conditions d’occupation de plusieurs cités africaines. Par la suite, lors de la reconquête byzantine, la ville est réintégrée dans le cadre administratif de l’Empire byzantin, ce qui permet un retour relatif de la stabilité et une reprise limitée de certaines activités urbaines. Toutefois, ce renouveau reste fragile et progressif, et Cuicul finit par décliner, avant de tomber dans l’oubli à la fin du VIe siècle, à mesure que se réduit son importance stratégique et urbaine[1].
C'est en 1909, après la construction d'une voie d'accès, que des fouilles méthodiques furent entreprises par le service des Monuments Historiques. Mme de Cresolles, archéologue, a dirigé le dégagement des ruines jusqu'en 1941. Mlle Y. Allais, qui a résumé l'histoire de la ville, lui succéda en 1942[4] jusqu'à sa retraite en 1956[5].
Au vu de l'état de conservation des ruines, la ville a été classée au patrimoine mondial de l'humanité en 1982[6].
- Autour de Djemila.
- Le village de Djemila au premier plan et les ruines de Cuicul au loin.
- Vue générale S/N.
Vestiges archéologiques
[modifier | modifier le code]Les édifices de Cuicul sont décrits dans l'ordre chronologique de leur édification, mais aussi de leur situation géographique en remontant le cardo, depuis la porte d'Igilgili au nord, jusqu'aux thermes, après avoir traversé la porte sud et la place Sévérienne.
La vieille cité
[modifier | modifier le code]Cardo maximus
[modifier | modifier le code]Le cardo maximus, qui se confond avec la route de Lambèse, présente une situation excentrée épousant le rebord occidental de l'éperon. À hauteur du forum, il croise le decumanus maximus. Le pavage est remarquablement conservé, mais quelques dalles brisées permettent de voir les canalisations d'eaux usées. Les piliers et colonnes bordant le cardo portaient à l'époque une toiture qui abritait les passants.
Dans la galerie ci-dessous, les vues successives remontent le cardo du nord au sud :
- La porte nord ou porte d'Igilgili (Jijel), vestige de l'enceinte primitive.
- Le cardo à son extrémité septentrionale.
- Cardo maximus : à gauche, dans le mur, entrée de la prison.
- L'arc qui enjambe le cardo aux abords du forum.
- Lucarne sur les égouts.
Forum
[modifier | modifier le code]Le forum était la place publique où les citoyens se réunissaient pour marchander et traiter des affaires de la cité. Situé à la croisée du cardo et du decumanus, le forum a une superficie de 2 000 m2. Il a conservé son dallage régulier. Il était autrefois entouré de portiques et de statues sur leur piédestal, dont il ne reste aujourd'hui que les colonnades qui le délimitent au sud. Au centre du forum se trouve un vaste autel monumental de la seconde moitié du IIIe siècle orné de bas-reliefs.
À Cuicul, le forum a été conçu comme un complexe architectural regroupant un ensemble de bâtiments publics administratifs et religieux : au nord, le Capitole et le marché ; au sud, le temple de Venus Genetrix ; à l'ouest, la basilique judiciaire et la prison ; à l'est, la Curie.
- Vue générale du forum.
- La basilique judiciaire et le forum.
Curie
[modifier | modifier le code]La Curie est située au nord-est du forum, à proximité du Capitole. Tout comme la basilique civile, c'est aujourd'hui un vaste quadrilatère nu, bordé de blocs de taille. Dans l'Antiquité, la Curie était revêtue de placage d'onyx et son sol était pavé de marbre rouge.
Capitole
[modifier | modifier le code]Le Capitole est consacré aux cultes de Jupiter, Junon et Minerve. Situé au nord-est du forum, c'est le centre religieux et politique de Cuicul. Il est de forme carrée et constitué de six pièces. L'autel des sacrifices subsiste en avant de l'escalier d'accès au sanctuaire : ses énormes colonnes de 14 mètres de haut se sont écroulées sur le forum.
- Colonnades du Capitole dispersées sur le sol du forum. En face de l'escalier, l'autel des sacrifices.
- Autel du Capitole : scène de sacrifice.
- Entrée latérale est du Capitole.
Marché de Cosinius
[modifier | modifier le code]Le macellum est l'un des monuments les plus évocateurs de la ville. Une plaque commémorative nous apprend que le marché fut offert à la ville par un riche citoyen du nom de Lucius Cosinius Primus.
C'est une halle rectangulaire de 28 × 23 mètres de côté, attenante au Capitole. On y accède par une porte qui donne sur une cour à ciel ouvert entourée d'un portique dont seules les colonnes en marbre ont survécu. Au centre, vestiges d'une fontaine hexagonale sculptée sur laquelle on peut lire deux inscriptions dédicatoires à Mercure, dieu du commerce. Sous le portique, on recense 17 boutiques dont l'accès est barré par un comptoir en pierre. Entre les colonnes, du côté sud, une tablette de pierre ornée de sculptures, qui comporte trois cavités rectangulaires de tailles différentes, servait à la mesure du grain et des liquides.
- Le marché.
- Entrée du marché.
- L'escalier qui mène du marché à la basilique judiciaire.
Basilique judiciaire
[modifier | modifier le code]La basilique judiciaire occupe la partie ouest du forum sur une superficie de 532 m2. Elle fut érigée en 169 sous le règne de l'empereur Lucius Verus. Elle servait de palais de justice et de bourse de commerce.
Temple de Venus Genetrix
[modifier | modifier le code]Ce sanctuaire est dédié à Vénus, déesse de l'amour et la beauté. César introduisit Vénus Génitrice, déesse de la maternité et du foyer. Le temple a conservé ses colonnes de granite.
- L'entrée du sanctuaire.
- Le temple de Vénus.
- Vue de face.
Habitations
[modifier | modifier le code]Des vestiges tels que des mosaïques, des colonnades, des piscines et fontaines témoignent de la richesse de certaines demeures qui possédaient salles de réception et latrines privées. La maison d'Europe, la maison de l'Âne vainqueur, la maison de Castorius en sont les exemples les plus remarquables[7].
La ville nouvelle
[modifier | modifier le code]La nouvelle cité s'est développée au-delà des remparts sud détruits, au voisinage du théâtre et des grands thermes qui datent d'une époque antérieure. Elle possède tous les attributs d'une ville romaine.
Place des Sévères
[modifier | modifier le code]Au centre géographique de Cuicul, le nouveau forum (ou place des Sévères) sépare les anciens quartiers des nouveaux. C'est une vaste esplanade en pente de 3 200 m2, aménagée à la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle, dominée à l'ouest par l'arc de Caracalla et à l'est par le temple Septimien.
La place des Sévères est le point de départ de cinq rues. Les deux rues situées au nord traversent la vieille ville, la troisième rue passe sous l'arc de Caracalla, rejoint la route de Sétif et la quatrième mène au théâtre. La cinquième rue prolonge le cardo, traverse la place et conduit vers les thermes et le quartier chrétien.
Sur cette place se trouvaient de nombreux édifices publics et religieux. De part et d'autre de l'arc s'élèvent le perron d'un temple, qui a pu servir de tribune aux harangues, et les restes d'un château d'eau ; un peu en arrière, une vaste salle avec abside, le marché aux étoffes et une salle de latrines publiques. Mitoyenne au temple Septimien, une basilique judiciaire a remplacé à la fin du IVe siècle un temple de Frugifer Saturne.
Au nord subsiste un alignement de colonnade, seul vestige des portiques disposés des deux côtés de la place.
- La place des Sévères.
- À gauche, porte sud du cardo et, en face, la rue du théâtre.
- Toilettes publiques romaines.
Arc de Caracalla
[modifier | modifier le code]L'arc de triomphe fut érigé en 216, en l'honneur de l'empereur Caracalla, de sa mère Julia Domna et de son père défunt Septime Sévère. Au-dessus d'une inscription dédicatoire, sur le fronton, les trois socles supportaient leurs statues. D'autres statues occupaient les niches à colonnettes. Construit à l'entrée de la route de Sétif, cet édifice de 12,5 mètres de haut livre accès à la place des Sévères.
En 1839, le duc d'Orléans, de passage à Djemila avec un corps expéditionnaire, le vit et conçut le projet de le faire transporter à Paris pour l'ériger sur une place, avec l'inscription « L'Armée d'Afrique à la France ». Après sa mort, en 1842, alors que le transfert était prêt, le projet fut abandonné.
- Vue ouest de l'Arc de Caracalla.
- Arc de Caracalla. Vue du cardo.
- Vue est de l'Arc de Caracalla.
Temple Septimien
[modifier | modifier le code]Le temple Septimien, qui domine la plus grande partie de la ville, a été dédié en 229, sous le règne de Sévère Alexandre, à la Gens Septimania, famille nord-africaine originaire de Leptis Magna, qui arriva au pouvoir avec Septime Sévère, en 193.
Le temple, situé à l'angle sud-est de la place des Sévères, est assis sur une plate-forme flanquée de colonnades à laquelle on accède par un escalier de seize marches. Cette esplanade supporte un second podium ou soubassement de l'édifice qui comprend un nouvel escalier et une façade de colonnes corinthiennes de plus de 10 mètres de haut. La porte par laquelle on accède à l'intérieur du temple a un cadre rectangulaire à moulures, inscrit dans une arche ouverte ; elle était ornée des effigies de Septime Sévère et Julia Domna.
- Temple Septimien.
- Temple Septimien, vu de face.
- Temple Septimien, vu de l'est.
Théâtre
[modifier | modifier le code]Le théâtre fut érigé en 161, sous le règne de Marc Aurèle et Lucius Verus, par Caius Julius Crescens et Caius Julius Didius Crescentianus, deux notables Cuiculitains. Bâti à l'extrémité orientale de la ville, il est adossé à la colline sur laquelle s'est développé par la suite le quartier chrétien. On y accède par un chemin qui contourne la colline à sa base et qui s'ouvre sur la place des Sévères par une arche à double baie.
Ses gradins sont disposés en demi-cercle autour de l'orchestre et devant la scène. Il pouvait accueillir 3 000 spectateurs qui accédaient aux gradins grâce à un réseau de galeries couvertes (vomitorium). La scène est large et basse. Le décor se compose d'un mur orné de colonnades, de niches et de statues.
- Le théâtre et les alentours.
- Porte est et entrée de la rue du théâtre.
- Théâtre romain.
- Théâtre romain.
Fontaine conique
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La fontaine conique est située dans la grande rue des nouveaux quartiers, prolongement du cardo maximus, à proximité immédiate des thermes. C'est un remarquable monolithe conique qui occupe le centre d'un bassin circulaire ; l'eau était amenée au sommet par une conduite logée dans une saignée verticale que l'on peut distinguer en faisant le tour de la structure. Cette fontaine est du même type que la Meta Sudans qui se dressait à proximité du Colisée de Rome.
Grands thermes
[modifier | modifier le code]Construits en 183 sous le règne de l'empereur Commode, les grands thermes couvrent une superficie de 2 600 m2. Les différentes salles – vestiaires (apodyterium), gymnase, étuve sèche (laconicum), étuve humide (sudatorium), bain chaud (caldarium), bain tiède (tepidarium), bain froid (frigidarium) – sont distribuées selon un plan symétrique.
Les murs revêtus de marbre et le sol recouvert de mosaïques étaient chauffés à l'aide d'un système d'hypocauste. La vapeur d'eau provenant d'une salle attenante où l'on chauffait le combustible (praefurnium) était évacuée dans l'épaisseur des murs. L'une des salles chauffées possède encore en partie les doubles parois nécessaires à la distribution d'air chaud. Le bâtiment continue au nord par une grande terrasse dallée qui offre un vaste panorama sur la ville.
- Les thermes, vus du baptistère.
- Thermes (vue partielle).
Maison de Bacchus
[modifier | modifier le code]La maison de Bacchus couvre une superficie d'environ 7 000 m2. Elle se compose de deux salles à absides et de plusieurs péristyles et jardins où pouvaient se réunir diverses sociétés, notamment les adorateurs de Bacchus.
Quartier chrétien
[modifier | modifier le code]La période chrétienne (IVe siècle) a laissé des monuments d'un grand intérêt : deux églises à cryptes toutes pavées de mosaïques, un riche bestiaire et des inscriptions, une petite chapelle, un baptistère en forme de rotonde accompagné de bains, un vaste ensemble de loisirs et des locaux dont une partie a dû servir au logement du clergé. Une inscription indique que la ville est restée sous l'autorité romaine jusqu'en 476.
- Le quartier chrétien.
- Le baptistère et le musée en arrière-plan.
Musée de Djemila
[modifier | modifier le code]Le musée de Djemila est situé à l'entrée du parc. Il abrite les pièces archéologiques découvertes sur le site. Il regroupe une collection unique, par le nombre et la variété, de mosaïques d'une rare fraîcheur de coloris, représentant des sujets mythologiques, comme celle du sanctuaire de Bacchus (28 m2), inspirée de la légende de Dionysos[8].
Le musée est composé d'un jardin, d'une cour et de trois salles couvertes. Le jardin conserve des chapiteaux, colonnes, stèles votives ou funéraires, et inscriptions diverses. Dans la cour sont exposées des mosaïques et des sculptures, dont les têtes de Septime Sévère et de Julia Domna[8].
Les salles présentent aux murs et au sol d'immenses mosaïques qui ornaient les demeures et les édifices de Cuicul : la toilette de Vénus, l'âne vainqueur, l'Enlèvement d'Europe par Jupiter métamorphosé en taureau, des scènes de culte de Dionysos, un bestaire, l'enlèvement d'Hylas par les nymphes, la scène de la grande chasse[8].
- Salle du musée
- Salle du musée
- Tête monumentale de Septime Sévère.
- Tête de Julia Domna.
Personnalités originaires de Cuicul
[modifier | modifier le code]Un certain nombre de personnages importants de l'administration romaine sont tenus pour originaires de Cuicul, on peut mentionner[9]
- Lucius Alfenus Senecio, gouverneur de Britannia de 205 à 207 ;
- Gaius Valerius Pudens (en), gouverneur de Britannia ;
- Claudius Subatianus Aquila, gouverneur de Mésopotamie puis d'Égypte ;
- Claudius Subatianus Proculus, gouverneur de Numidie en 208.
Citation
[modifier | modifier le code]Dans son essai Noces, publié en 1939, Albert Camus décrit Djemila comme un lieu à la fois physique et symbolique, chargé d’une forte dimension méditative. Il évoque ainsi son expérience du site dans le texte Le vent à Djemila[10] :
« Il est des lieux où meurt l'esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même. (…) Il faut beaucoup de temps pour aller à Djemila. Ce n'est pas une ville où l'on s'arrête et que l'on dépasse. C'est un lieu d'où l'on revient. La ville morte est au terme d'une longue route en lacets qui semble la promettre à chacun de ses tournants et paraît d'autant plus longue. Lorsque surgit enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt d'ossements, Djemila figure alors le symbole de cette leçon d'amour et de patience qui peut seule nous conduire au cœur battant du monde. »
Événement culturel contemporain
[modifier | modifier le code]Chaque année est organisé à Djemila un festival international de la chanson arabe, place des Sévères, qui en est, en 2011, à sa septième édition. En raison des dégradations causées au site, le festival se tiendra, à compter de 2012, sur un terrain extérieur jouxtant le musée[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 Said Deloum, « Une Collection Monetaire Du Musee De Djemila - L’antique Cvicvl », Revue d’études archéologiques, vol. 11, no 2, , p. 17-40 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Xavier Dupuis, « Les origines de la colonie de Cuicul », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, , p. 151-161 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Yvonne Allais, « Le quartier occidental de Djemila (Cuicul) », Antiquités africaines, no 5, , p. 95-120 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Louis Lesci, Djemila, antique Cuicul, Pub. du Gouvernement Général d'Algérie, 3e éd. Alger, 1953
- ↑ M. Le Glay, Jean Lassus, In memoriam. Yvonne Allais (1891-1981), Antiquités africaines, 1982,no 18, p. 7-9
- ↑ « Djémila », sur Unesco (consulté le )
- ↑ Michèle Blanchard-Lemée (préf. Paul-Albert Février), « Maisons à mosaïques du quartier central de Djemila (Cuicul) », Études d'antiquités africaines, Paris, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique, , p. 322 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (ar) Salim Anan, « صيانة المجموعات الآثرية لمخزن متحف جميلة » [« Entretien des collections archéologiques du dépôt du musée de Djémila »], Revue d’études archéologiques, vol. 14, no 2, , p. 364-374 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Africains romanisés selon Anthony R. Birley, Septimius Severus, the African Emperor, Éd. Routledge, (ISBN 0-415-16591-1)
- ↑ Albert Camus, Noces : suivi de l'Été, Paris, Gallimard-Folio, , 183 p. (ISBN 978-2070360161, lire en ligne)
- ↑ « Le Festival de Djemila se tiendra dorénavant en dehors du site archéologique », sur Echoroukonline, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la géographie :
- Ressource relative à l'architecture :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Djémila sur le site de l'UNESCO
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- M Akli Ikherbane, Le site archéologique de Djemila, l'antique Cuicul: Éventail d'actions possibles, Les Dossiers d'archéologie, 2003
- E. Albertini, Les villes mortes, Timgad et Djemila, 1924.
- E. Albertini, Une nouvelle basilique civile à Cuicul (Djemila), CRAI, 1943, volume 87, no 3, p. 376-386
- E. Albertini, Une inscription de Djemila, CRAI, 1924, volume 68, no 4, p. 253-258
- Yvonne Allais, Le quartier occidental de Djemila (Cuicul), Antiquités africaines, 1971, no 5, p. 95-120
- Yvonne Allais, Les greniers publics de Djemila (Cuicul), Société historique algérienne, 1933.
- Yvonne Allais, L'alimentation en eau d'une ville romaine d'Afrique, Cuicul (Djemila), Société historique algérienne, 1933.
- Yvonne Allais, La maison d'Europe à Djemila, Revue africaine, LXXXIII, 1939
- Yvonne Allais, Les fouilles de 1950-52 dans le quartier est de Djemila, Libyca, 1954
- Yvonne Allais, Mosaïque du musée de Djemila (Cuicul), la toilette de Vénus, 1957
- A. Ballu, Ruines de Djemila (antique Cuicul), 1921
- A. Ballu, Guide illustré de Djemila (antique Cuicul), 1926
- M Blanchard-Lemée, Maisons à mosaïques du quartier central de Djemila (Cuicul): études d'antiquités africaines, 1975.
- M Blanchard-Lemée, Dans les jardins de Djemila, Antiquités africaines, 1998.
- M Blanchard-Lemée, Dionysos et la Victoire. - Variations sur un thème iconographique à Sétif et à Djemila, CRAI, 2001, Volume 145, no 1, p. 529-543
- Claude Briand-Ponsart, « Pratiques et institutions municipales à Cuicul (Djemila), cité de Numidie », dans Clara Berendonner, Mireille Cébeillac-Gervasoni et Laurent Lamoine (dir.), Le quotidien municipal dans l'Occident romain, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, coll. « Histoires croisées », (ISBN 978-2-84516-385-0), p. 103-126.
- R. Cagnat, La colonie romaine de Djemila (Algérie), 1923
- R. Cagnat, Le marché des Cosinius à Djemila, CRAI, 1915, volume 59, Numéro 5, p. 316-323
- R. Cagnat, Djemila, colonie militaire de Nerva, CRAI, 1916, volume 60, Numéro 7, p. 593-599
- P. Corbier, « Cuicul, une ville moyenne prospère sous les Antonins et les Sévères », dans Ségolène Demougin, Xavier Loriot, Pierre Cosme et Sabine Lefebvre éd., H.-G. Pflaum, un historien du XXe siècle. Actes du colloque international de Paris (octobre 2004), Genève, 2006, p. 49-73.
- M. Douel, L'Algérie romaine. Forums et Basiliques. Timgad. Djemila. Khemissa. Madaure. Cherchell. Tipasa, 1930.
- Xavier Dupuis, Les origines de la colonie de Cuicul, BSAF, 2001, p. 151-161.
- P.A. Février, Notes sur le développement urbain en Afrique du Nord les exemples comparés de Djemila et de Sétif, Cahiers archéologiques, 1964.
- P.A. Février, Inscriptions chrétiennes de Djemila, Cuicul, 1965
- P.A. Février, Remarques sur les mosaïques de basse époque à Djemila, 1965
- P.A. Février, Cuicul, 1968.
- Jean Lassus, La salle à sept absides de Djemila-Cuicul, Antiquités africaines, 1971, no 5, p. 193-207
- Marcel Le Glay, Les stèles à Saturne de Djemila-Cuicul, 1954.
- Amine Lebane, Guide de Djemila, Guidmania éditions, Alger, 2009
- Louis Leschi, Djemila: Cuicul de Numidie, 1938
- Louis Leschi, Djemila, antique Cuicul, Alger, , 64 p., 1re partie, 2e partie (suite et fin)
- Louis Leschi, Mosaïque à scènes Dionysiaques de Djemila-Cuicul (Algérie), 1936
- Paul Monceaux, « Découverte d'un groupe d'édifices chrétiens à Djemila », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 66, no 5, , p. 380-407 (lire en ligne, consulté le ).
- Paul Monceaux, « Inscriptions chrétiennes d'Algérie découvertes à Djemila », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 57, no 4, , p. 219-222 (lire en ligne, consulté le ).
- Paul Monceaux, « Une inscription biblique de Djemila (Algérie) », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 57, no 6, , p. 403-405 (lire en ligne, consulté le ).
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- Stéphane Gsell, Eugène Albertini, Jacques Zeiller et Hans-Georg Pflaum (éds. scientifiques), « Inscriptions de la confédération Cirtéenne, de Cuicul et de la tribu des Suburbures », dans Inscriptions latines de l'Algérie, vol. 3, t. 2, Paris, éd. de Boccard, (1re éd. 1957, H. Champion, t. 2, vol. 1, 372 p.), (104 pl.) XIV-440 (présentation en ligne) (« fiche du livre en bibliothèque »).
- Pierre Salama, Les Bornes milliaires de Djemila-Cuicul et leur intérêt pour l'histoire de la ville, 1951.
- Mounir Bouchenaki, Cités antiques d'Algérie, collection Art et Culture no 12, Alger, Ministère de l'Information et de la Culture, 1978 (114 p.) (ISBN 84-399-7904-5)
- Roger Wood, Sir Mortimer Wheeler, L'Afrique romaine, Arthaud, Grenoble, 1966.
- Aude de Tocqueville et Karin Doering-Froger, Atlas des cités perdues, Paris, Arthaud, , 143 p. (ISBN 978-2-08-131468-9), p. 18
