Après les pertes qu'elle a subies lors de la bataille des Ardennes, la division ne comptent plus que 4 000 hommes et seulement une trentaine de chars de combat, stationnés près de Dusseldorf.
En réserve générale, la 11e Panzer, reconstituée au moyen de recrues italiennes, yougoslaves, polonaises, etc., est entraînée en Aquitaine[1] jusqu'au début juillet.
Août-
Après le débarquement de Provence le 15 août 1944, la 11e Panzerdivision — stationnée dans la région de Toulouse et plus largement en Aquitaine — est engagée en urgence par la 19e armée allemande pour contre-attaquer les têtes de pont alliées sur le littoral provençal. Ce déplacement est fortement perturbé par les bombardement alliés et les sabotages ferroviaires, ce qui ralentit et désorganise les transferts de troupes[2]. À son arrivée aux Angles, la division est confrontée à la destruction des ponts sur le Rhône, rendant le franchissement impossible. Des bacs de la Kriegsmarine, déployés le long du fleuve autour d'Avignon, sont utilisés pour faire traverser tant bien que mal les chars Panther[3]. Les quelques détachements de la division qui ont pu traverser reçoivent une nouvelle mission: couvrir la retraite de la 19e Armée allemande qui a reçu l'ordre le 18 août de se replier du sud-est de la France vers la vallée du Rhône pour éviter l'anéantissement[2]. À compter du , plusieurs colonnes de la 11e Panzerdivision dispersées dans le Luberon se heurtent lors d'accrochages aux troupes américaines de la 45e Division d'Infanterie à Pertuis et à Apt[4],[5],[6]. Le 22 août, tout le dispositif allemand du sud-est est débordé par les Alpes et Montélimar, point vital de la retraite allemande dans la vallée du Rhône, est menacée par la 36e Division d'Infanterie américaine. Les quelques unités de la 11e Panzer engagées sur la ligne de défense entre Cavaillon et Apt reçoivent l’ordre de se replier. Elles doivent de toute urgence rejoindre le reste de la division qui a réussi à traverser le Rhône afin de participer aux combats de Montélimar destinés à rouvrir la voie de retraite allemande[2]. Lors de ces déplacements, la 11e Panzer mène des combats contre la Résistance française, notamment à Apt et Pertuis en Vaucluse puis plus tard à Montferrier-sur-Lez dans l'Hérault et commet des crimes de guerre[7],[6],[8]. La bataille de Montélimar entraîne de très lourdes pertes pour la division, mais elle permet de donner aux forces allemandes coincées dans le couloir rhodanien un temps précieux pour échapper au risque d’encerclement[2].
Une colonne de la 11e Panzerdivision est accusée d'avoir perpétré un crime de guerre à l'encontre de trois résistants dans le secteur d'Apt le 22 août 1944[9]. Dans un contexte de repli vers la vallée du Rhône, la colonne est attaquée à la sortie de la commune par des Résistants des SAP: cinq sont tués et trois autres sont faits prisonniers. Ces derniers sont utilisés comme boucliers humains sur les véhicules de tête puis ils sont finalement torturés et exécutés en arrivant aux Beaumettes en représailles d'une énième attaque des FFI[9].
Puis le 24 août 1944, la 11e Panzerdivision commet à nouveau un crime de guerre à l'encontre de six hommes, arrêtés puis fusillés dans le village de Montferrier-sur-Lez le :
«Le 24 août 1944, vers 16 h, un long convoi de véhicules blindés légers traverse le village. Descendu du Limousin, passé par l'Aveyron, il emprunte les routes secondaires, sous couvert des platanes, pour se protéger des attaques incessantes de la chasse alliée. Cette colonne allemande appartenait à la 11edivision de panzers faisant partie de la 19earmée sous les ordres du général Wiese.
Vers 18 h, route de Mende, les soldats de tête arrêtent cinq cyclistes et un camion venant de la distillerie. Comme beaucoup d'autres, ces hommes vont devenir des victimes innocentes de la folie guerrière. Alors qu'ils ne demandaient qu'à rentrer chez eux, tout près de là. Ils n'ont évidemment rien à se reprocher, si ce n'est d'être là où il ne faut pas, au mauvais moment.
Durant deux heures, ces patriotes sont humiliés, demeurent aux mains des Allemands mais espèrent qu'ils auront la vie sauve. Hélas, à l'heure où les villes du Sud sont libérées les unes après les autres, les Allemands en fuite continuent de faire des exemples çà et là. Sans raison.
Vers 20 h, les six otages sont froidement exécutés. Cette scène effroyable se déroule au bord de la route, à hauteur du carrefour de Fescau, contre le mur du bâtiment situé en face de l'actuelle boulangerie. Jean Coste, de Montferrier, avait 44 ans; René Guérin, de Saint-Christol, 36 ans; Pierre Sutra, de Montpellier, 39 ans; André Thibal, de Castelnau, 38 ans; Louis Long, de Montpellier, 33 ans. Le dénommé Charbonnel, lui, avait 37 ans.»
Les combats de Montélimar mettront à rude épreuve ce rassemblement hétéroclite «d’éléments étrangers (Russes, Ukrainiens, Cosaques, Italiens, Polonais…)»[10]. La bataille des Ardennes achèvera de détruire cette division blindée.
↑Dominique Lormier, La libération de la France: Aquitaine, Auvergne, Charentes, Limousin, Midi-Pyrénées, Saint-Paul, Souny, , 185p. (ISBN978-2-848-86065-7), p.15
1234Thierry Chazalon, Nationale 7, la route de la mort: D'après le journal de marche et l'album photographique d'Hans Werner, spécialiste-radio à bord du Panzer 102, Nyons, Les Mimosas, , 68p. (ISBN978-2-9532071-0-1), p.44-47
↑Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération: mai 1940-25 août 1944, Aubanel, (lire en ligne)
↑Maréchal de Lattre, Histoire de la 1rearmée française, Plon, 1949
↑(en) The Stars and Stripes, The Story Of The 45th Infantry Division, Kessinger Publishing, , 48p. (ISBN978-1432629519)
12Jean-Jacques Dias, Chronique de la Libération de Pertuis:15-20 août 1944 (chronique), Pertuisien.fr, , 24p. (lire en ligne)
Gérard Bouladou, L’Hérault dans la Résistance: 1940 – 1944, Nîmes, Lacour, coll.«Colporteur», , 247p., 29,5x21 (ISBN2-86971-572-9 (édité erroné), BNF35556038)
Panzertruppen: Les Troupes Blindées Allemandes 1935-1945 de François De Lannoy et Josef Charita, Éditions Heimdal, (ISBN978-2-84048-151-5)
Jorge Rosado et Chris Bishop (trad.de l'anglais par Christian Muguet), Les divisions blindées de la Wehrmacht: le guide d'identification des blindés: 1939-45 [«Essential tank identification guide»], Paris, Éd. de Lodi, , 192p. (ISBN978-2-846-90287-8)
Nationale 7, la route de la mort de Thierry Chazalon - D'après le journal de marche et l'album photographique d'un spécialiste-radio à bord du Panther 102 durant la bataille de Montélimar. Auto-édition - 2008 - 1reédition épuisée.(ISBN978-2-9532071-0-1)
Jean-Paul PALLUD, 11. Panzer-Division, dernières attaques en Lorraine, 24 à , in 39/45 Magazine no310, Éditions Heimdal,
The 11th Panzer Division "Gespensterdivision" de Stephane L. Gabriel
Stéphane Gabriel, The 11th Panzer Division: La 11e Panzer-Division
La 11. Panzerdivision 1940-1945. "Division fantôme", de Stéphane Lavit et Jérôme Croyet, éditions Histoire & Collections, 2022