Dinosaurus
Dinosaurus murchisonii
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Synapsida |
| Ordre | Therapsida |
| Clade | incertae sedis |
- Rhopalodon (en) murchisonii Fischer, 1845
Dinosaurus est un genre fossile d'énigmatiques thérapsides ayant vécu durant le Permien moyen dans ce qui est actuellement la Russie européenne. Initialement décrit comme une espèce du genre apparentée Rhopalodon (en) par Gotthelf Fischer von Waldheim en 1845, le taxon se voit attribuer son propre genre par le même auteur deux ans plus tard, sous la combinaison nouvelle Dinosaurus murchisonii. L'unique spécimen connu consiste en des parties crâniens issues d'un unique individu ayant été découvert dans une mine de cuivre de l'ancien gouvernement d'Orenbourg, à l'ouest de l'Oural. Le nom générique Dinosaurus se réfère au caractère jugé « sauvage et vorace » de l'animal, tandis que l'épithète spécifique honore le géologue écossais Roderick Murchison. Malgré son nom, Dinosaurus n'est pas un dinosaure ; à l'instar de Dimetrodon, il appartient au clade des Synapsida et est donc plus étroitement apparenté aux mammifères qu'aux dinosaures, ces derniers étant des sauropsides.
Historique des recherches
[modifier | modifier le code]L'holotype et l'unique spécimen connu de Dinosaurus est découvert au début des années 1840 dans la mine de cuivre de Klyuchevskiy-1, située dans le raïon de Belebeï (en), au sein du gouvernement d'Orenbourg de l'Empire russe, sur le versant occidental de l'Oural[1],[2],[3],[4]. Cette localité fossilifère fut initialement daté du Permien supérieur[4], avant d'être ultérieurement réattribuée au Permien moyen[5]. Le spécimen en question se composait initialement d'une portion de mandibule associée à la partie gauche de la mâchoire supérieure, toutes deux issues de la région antérieure du crâne[1],[6]. Deux ans après sa découverte initiale, la partie droite de la mâchoire supérieure est également mise au jour. L'ensemble préserve notamment les dents jugales ainsi que les canines supérieures, tandis que les canines inférieures ne sont pas visibles en raison de l'état de conservation de la mandibule[7],[8]. Après leur collecte, le géologue russe Wagenheim von Qualen (ru), aussi directeur de la mine où les découvertes furent réalisées, fait don des fossiles à la collection de Maximilien de Beauharnais, duc de Leuchtenberg[8],[9]. Les spécimens originaux sont depuis considérés comme perdus. Toutefois, des moulages sont conservés à l'Institut paléontologique de l'Académie des sciences de Russie à Moscou, sous les numéros PIN 296/1 et 2[9],[5].
La découverte est initialement annoncée par von Qualen dans une lettre adressée au paléontologue russe Gotthelf Fischer von Waldheim, dans laquelle il précise que la matrice rocheuse contenant la première portion de la mâchoire supérieure renferme également une fronde fossile probablement attribuable à la fougère Pecopteris[10],[N 1]. Plus tard la même année, Fischer décrit les premiers restes et les attribue à une nouvelle espèce du genre Rhopalodon (en) (qu'il avait érigé en 1841 avec l'espèce type R. wangenheimi), nommée R. murchisonii en hommage au géologue écossais Roderick Murchison pour ses nombreuses contributions à l'étude des dépôts datant du Permien[6]. Deux ans plus tard, Fischer décrit un troisième fossile qu'il considère comme appartenant à la même espèce, mais suffisamment distinct pour justifier la création d'un nouveau genre. L'animal étant qualifié de « sauvage et vorace », il érige alors le genre Dinosaurus[7]. En 1848, le naturaliste allemand Karl Eduard von Eichwald démontre que les fragments précédemment décrits par Fischer appartiennent en réalité à un seul et même crâne. Il réattribue néanmoins l'espèce à Rhopalodon, estimant que les différences observées ne suffisent pas encore à justifier une distinction générique. Eichwald souligne également que le nom Dinosaurus est très proche de Dinosauria, taxon de reptiles créé quelques années auparavant par le paléontologue britannique Richard Owen en 1842, estimant ainsi que ce nom générique pourrait être préoccupé[11]. Toutefois, une telle similarité entre deux noms scientifiques ne constitue pas en elle-même un motif valable d'invalidation nomenclaturale[9].

En raison de la découverte de nombreux fossiles de thérapsides dans la mine de Klyuchevskiy-1, la validité de Dinosaurus est ainsi contestée par plusieurs auteurs au cours des décennies suivantes[4],[12],[13]. En 1894, le paléontologue britannique Harry Govier Seeley suggère notamment que Cliorhizodon (depuis considéré comme un synonyme plus récent de l'antéosauridé Syodon[14],[15],[16]) ne pourrait être distingué de Dinosaurus[17]. En 1954, le paléontologue russe Ivan Efremov propose à son tour de considérer Dinosaurus et Rhopalodon comme des synonymes plus récents de Brithopus (en)[18]. Bien que cette interprétation soit reprise par quelques auteurs ultérieurement[12], elle est rejetée par d'autres chercheurs. Ces derniers soulignent en effet que Brithopus repose uniquement sur un humérus partiel et non diagnosticable, faisant de ce taxon un nomen dubium. En l'absence de matériel fossile directement comparable ou associé aux restes issues de Dinosaurus, ils estiment ainsi que cette synonymie ne peut être démontrée de manière fiable[4],[13]. En 2000, le paléontologue russe Mikhaïl F. Ivakhnenko place Phthinosuchus discors (en) en synonymie avec Dinosaurus, estimant que le crâne holotype beaucoup plus complet du premier correspondrait anatomiquement aux fragments crâniens connus du second[19],[20],[N 2]. Toutefois, le paléontologue américain Christian F. Kammerer souligne en 2011 que les données anatomiques très limitées disponibles pour Dinosaurus rendent difficile toute confirmation définitive de cette synonymie proposée[13].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Dans une étude publiée en 1899, le paléontologue allemand Georg Baur et son collègue américain Ermine Cowles Case (en) affirment que von Qualen aurait mal identifié les premiers fossiles de Dinosaurus dans sa lettre, les interprétant alors comme des restes appartenant à une plante comparable à Pecopteris[3]. Toutefois, le texte de von Qualen distingue clairement le matériel crânien de cette plante fossile[10].
- ↑ Il convient de noter que, bien avant d'être désigné comme holotype de Phthinosuchus par Efremov en 1954[21], ce crâne avait déjà été décrit près de soixante ans plus tôt par Seeley comme appartenant à Rhopalodon[22].
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 von Qualen 1845, p. 402.
- ↑ von Eichwald 1848, p. 141.
- 1 2 Baur et Case 1899, p. 32.
- 1 2 3 4 Ivakhnenko et al. 1997, p. 65.
- 1 2 Kammerer 2011, p. 288.
- 1 2 (de) Gotthelf Fischer von Waldheim, « Beitrag zur näheren Bestimmung des von Hrn. Wangenheim von Qualen abgebildeten und beschriebenen Saurier-Schædels », Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, vol. 18, no 3, , p. 540-543 (lire en ligne).
- 1 2 (de) Gotthelf Fischer von Waldheim, « Bemerkungen über das Schaedel-Fragment, welches Herr Major Wangenheim von Qualen in dem West-Ural endecky und der Gesellschaft zur Beuertheilung vorgelegt hat », Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, vol. 20, no 3, , p. 263-267 (lire en ligne).
- 1 2 von Eichwald 1848, p. 141-142.
- 1 2 3 Ivakhnenko 2001, p. 18.
- 1 2 von Qualen 1845, p. 402-403.
- ↑ von Eichwald 1848, p. 142-143.
- 1 2 Battail et Surkov 2000, p. 97.
- 1 2 3 Kammerer 2011, p. 289.
- ↑ Ivakhnenko et al. 1997, p. 30.
- ↑ Ivakhnenko 2001, p. 86.
- ↑ Kammerer 2011, p. 263-264.
- ↑ Seeley 1894, p. 670.
- ↑ Efremov 1954, p. 34, 58.
- ↑ (en) Mikhail F. Ivakhnenko, « Estemmenosuches and primitive theriodonts from the Late Permian », Paleontological Journal, vol. 34, no 2, , p. 189-197 (ISSN 0031-0301).
- ↑ Ivakhnenko 2001, p. 25.
- ↑ Efremov 1954, p. 276.
- ↑ Seeley 1894, p. 693-701.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Therapsida
- Niaftasuchus, un autre thérapside aux classification incertaine.
Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (de) Wagenheim von Qualen, « Über einen im Kupfersandsteine der Westuralischen Formation (Système permien) entdeckten Saurier Kopf, zusammen in einem Stücke mit dem Wedel einer Kryptogamischen Fossilen Pflanze, als Beitrag zu den Lagerungs-Verhältnissen dieser Formation », Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, vol. 18, no 3, , p. 389-416 (lire en ligne).

- (de) Eduard von Eichwald, « Über die Saurier der Kupferführenden Zechsteins Russlands », Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, vol. 21, no 3, , p. 136-204 (lire en ligne).

- (en) Harry G. Seeley, « Researches on the structure, organisation, and classification of the fossil Reptilia.—Part VIII. Further evidence of Deuterosaurus and Rhopalodon from the Permian rocks of Russia », Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 185, , p. 663-717 (DOI 10.1098/rstb.1894.0015
, S2CID 84312172). 
- (en) Georg Baur et Ermine C. Case, « The history of the Pelycosauria, with a description of the genus Dimetrodon, Cope », Transactions of the American Philosophical Society, vol. 20, no 1, , p. 5-62 (DOI 10.2307/1005488
, JSTOR 1005488, hdl 2027/uc1.32106020416696
, S2CID 133464941). 
- (ru) Ivan A. Efremov, « Фауна наземных позвоночных в пермских медистых песчаниках западного Приуралья », Trudy Paleontologicheskogo Instituta Akademii Nauk SSSR, vol. 54, , p. 1-416.

- (ru + en) Mikhail F. Ivakhnenko, Valeriy K. Golubev, Yu M. Gubin, Nikolay N. Kalandadze, Igor V. Novikov, Andrey G. Sennikov et Aleksandr S. Rautian, Пермские и триасовые тетраподы Восточной Европы, Moscou, GEOS, , 216 p. (ISBN 5-89118-029-4, lire en ligne).

- (en) Bernard Battail et Mikhail V. Surkov, « Mammal-like reptiles from Russia », dans Michael J. Benton, Mikhail A. Shishkin, David M. Unwin et Evgenii N. Kurochkin, The Age of Dinosaurs in Russia and Mongolia, Cambridge, Cambridge University Press, , 696 p. (ISBN 978-0-521-55476-3), p. 86-119.

- (ru) Mikhail F. Ivakhnenko, Тетраподы Восточно-Европейского плакката : позднепалеозойского территориально-природного комплекса, vol. 283, Perm, Trudy Paleontologiceskogo Instituta, , 199 p. (ISBN 5-88345-064-4, lire en ligne).

- (en) Christian F. Kammerer, « Systematics of the Anteosauria (Therapsida: Dinocephalia) », Journal of Systematic Palaeontology, vol. 9, no 2, , p. 261–304 (ISSN 1477-2019, e-ISSN 1478-0941, DOI 10.1080/14772019.2010.492645, S2CID 84799772).

Liens externes
[modifier | modifier le code]- (ru) Anton Nelikhov, « Звероящер динозавр » [« Le thérapside Dinosaurus »], sur Elementy.ru, (consulté le )
- Ressources relatives au vivant :