Mode mineur
Le mode mineur est la désignation de l'un des deux modes principaux du système tonal (l'autre étant le mode majeur). Ces deux modes sont issus des modes anciens du plain-chant (comme le chant grégorien), comportant à l'origine quatre modes, constitués sur les suites de notes non-altérées (touches blanches d'un clavier d'orgue ou de piano), ré dorien, mi phrygien, fa lydien et sol mixolydien. Suite à une mutation liée au développement de la musique polyphonique au Moyen Âge, seuls deux ont été conservés[1].
Ce mode est composé de trois gammes distinctes mais proches[1],[2] :
- La gamme mineure (désignation en harmonie[1]) ou gamme mineure naturelle, qui est l'équivalent du mode de la (ou éolien) à partir duquel il est constitué.
- La gamme mineure harmonique (également appelée gamme mineure en solfège dans les conservatoires, avant l'apprentissage des autres gammes mineures[3]), elle modifie la gamme mineure naturelle en montant le VIIe degré d'un demi-ton.
- La gamme mineure mélodique étant particulière dans son mode ascendant, en ajoutant le VIe aux degrés montés d'un demi-ton par rapport à la mineure harmonique mais similaire à la gamme mineure naturelle dans son mode descendant.
Ces trois gammes ont leur IIIe degré abaissé d'un demi-ton par rapport à la gamme majeure et sont identiques pour l'accord mineur de trois notes[2].
Degrés modaux et degrés mobiles
[modifier | modifier le code]Par rapport au mode majeur, le mode mineur harmonique (souvent appelé mode mineur) se caractérise essentiellement par l'abaissement d'un demi-ton des degrés III (tierce mineure) et VI (sixte mineure), qui, pour cette raison, sont appelés degrés modaux.
Sur le plan harmonique, les principaux accords (ici en do mineur) sont ceux :
- de tonique (mineur) : do - mi♭ - sol ;
- de sous-dominante (mineur) : fa - la♭ - do ;
- et de dominante (toujours majeur) : sol - si♮ - ré (éventuellement avec une septième – fa).
Sur le plan mélodique, l'intervalle de seconde augmentée (en do mineur : la♭ - si♮) présent dans la gamme mineure harmonique n'a, pendant très longtemps, pas été admis. C'est pourquoi la gamme mélodique recourt à des degrés mobiles (VIe et VIIe) : en position haute, ils favorisent une orientation ascendante (sol - la♮ - si♮ - do) ; en position basse, une orientation descendante (do - si♭ - la♭ - sol).
Les modes mineurs mélodique et harmonique ne doivent pas être opposés — ils sont d'ailleurs souvent utilisés conjointement. Il convient au contraire de les considérer comme les deux formes complémentaires — l'une, horizontale, l'autre, verticale — du mode mineur du système tonal.
Mode mineur naturel
[modifier | modifier le code]Le mode mineur naturel est parfaitement conforme à l'échelle diatonique naturelle — ou à l'une de ses transpositions. Il correspond au mode mineur mélodique descendant, ayant les mêmes altérations[4].
- Exemple, la gamme de la mineur naturel :
Construction de la gamme mineure naturelle
[modifier | modifier le code]La gamme mineure naturelle de la est déduite relativement à la gamme de do majeur[2].
Les intervalles en montant sont donc 1, ½, 1, 1, ½, 1, 1 et leur miroir en descendant sont 1, 1, ½,, 1, 1, ½, 1.
Ce qui donne transposé en do mineur naturel (ici avec l'armure de do mineur) :
Mode mineur harmonique
[modifier | modifier le code]Le mode mineur harmonique, appelé ainsi parce que sa structure sert à constituer les accords dans la tonalité concernée, est le mode mineur classique. Sa principale caractéristique est que son VIIe degré est affecté d'une altération accidentelle (monté d'un demi-ton) afin d'en faire une sensible[4].
- Exemple, la gamme de la mineur harmonique :
Le mode mineur harmonique contient donc un intervalle d'un ton et demi, une seconde augmentée, entre le degré VI et le degré VII[4].
Construction de la Gamme mineure harmonique
[modifier | modifier le code]La gamme mineure harmonique élève le VIIe degré d'un demi-ton[2].
Les intervalles en montant sont donc 1, ½, 1, 1, ½, 1½, ½, soi majeur, mineur, majeur, majeur, mineur, augmenté, mineur[1], et leur miroir en descendant ½, 1½, ½, 1, 1, ½, 1.
Ce qui donne la transposition en do mineur harmonique suivante :
Mode mineur mélodique
[modifier | modifier le code]Le mode mineur mélodique est une forme particulière du mode mineur classique, à laquelle on a recours pour des raisons mélodiques, ce qui explique son nom.
En effet, on remarque entre les VIe et VIIe degrés du mode mineur harmonique une seconde augmentée, intervalle inattendu et difficile d'intonation. Afin d'éviter de faire entendre cet intervalle surprenant, on procède aux corrections suivantes :
- en montant, la sensible étant indispensable, on hausse le VIe degré. C'est la forme ascendante du mode mineur mélodique ;
- en descendant, on renonce à la sensible : le mode redevient alors le mode mineur naturel, calqué sur l'échelle diatonique — c'est la forme descendante du mode mineur mélodique (dans laquelle le VIIe degré, abaissé, est appelé sous-tonique).
Exemple, la gamme de la mineur mélodique :

| Degrés : | Ⅰ-Ⅱ | Ⅱ-Ⅲ | Ⅲ-Ⅳ | Ⅳ-Ⅴ | Ⅴ-Ⅵ | Ⅵ-Ⅶ | Ⅶ-Ⅰ |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Mineure harmonique | 1 | ½ | 1 | 1 | ½ | 1,5 | ½ |
| Mineure mélodique ascendante |
1 | 1 | ½ | ||||
| Mineure mélodique descendante (ou naturelle) |
½ | 1 | 1 |
Construction de la gamme mineure mélodique
[modifier | modifier le code]La gamme mineure mélodique, étant jouée différemment, selon qu'elle soit ascendante ou descendante. Les degrés VI et VII sont élevés d'un demi-ton par rapport au mode naturel en ascendant et identique au naturel en descendant. On parle donc également de gamme mineure mélodique montante et de gamme mineure mélodique descendante[2] :
Les intervalles en montant sont donc 1, ½, 1, 1, 1½, 1, ½ et en descendant, comme la naturelle 1, 1, ½,, 1, 1, ½, 1.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 Lampel 2006, p. 5.
- 1 2 3 4 5 (Palmer, Manus et Lethco 1994, p. 12)
- ↑ Danhauser 1872, p. 57.
- 1 2 3 Jean-Clément Jollet et Michael Pilhofer, Le Solfège Pour les Nuls, nouvelle édition, edi8, (ISBN 978-2-412-01920-7, lire en ligne)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]
David Lampel (préf. Jean-Michel Bardez), Manuel d'Harmonie tonale : Les bases de l'écriture musicale, Henry Lemoine,
(en) Willard A. Palmer, Morton Manus et Amanda Lethco, The Complete Book of Scales, Chords, Arpeggions & Cadences, (ISBN 978-0-739-00368-8), p. 12- Adolphe-Leopold Danhauser, Théorie de la musique, Paris, H. Lemoine et Cie, Hachette et Cie, (BNF 42933778, lire en ligne)
- Jean-Philippe Rameau, Traité de l'harmonie reduite à ses principes naturels, Paris, Jean-Baptiste-Christophe Ballard, (BNF 12273919, lire en ligne)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :






