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Capitole de Timgad

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Capitole de Timgad
Capitolium Thamugadense
Capitolium coloniae Thamugadi
Vue du capitole de Timgad.
Présentation
Type
Partie de
Destination actuelle
Site archéologique
Style
Construction
Début du Ier siècle
Longueur
53 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Largeur
23 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Partie d'un site du patrimoine mondial (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial
Site du Bien
Année d'inscription
Localisation
Pays
Wilaya
Commune
Altitude
1 064 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Géolocalisation sur la carte : site archéologique de Timgad
(Voir situation sur carte : site archéologique de Timgad)
Géolocalisation sur la carte : Timgad
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Géolocalisation sur la carte : Algérie
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Le Capitole de Timgad (en latin : Capitolium Thamugadense ou Capitolium coloniae Thamugadi) est un temple romain consacré à la triade capitoline, situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implanté au sud du decumanus maximus, à proximité de l'arc de Trajan, il occupe une position dominante dans le secteur monumental de la cité. L'édifice fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Le sanctuaire s'organise autour d'un vaste péribole rectangulaire bordé de portiques, au fond duquel s'élève le temple proprement dit. Celui-ci repose sur un haut podium précédé d'un escalier monumental et comprend un pronaos à colonnes, une cella divisée en trois parties et des chambres voûtées aménagées dans le soubassement. Par ses dimensions, son ordre corinthien et la richesse de son décor sculpté et épigraphique, le Capitole constitue l'un des principaux monuments religieux de Timgad.

L'édifice, antérieur au IVe siècle, connaît plusieurs phases de transformation au cours de l'Antiquité tardive. Une grande inscription monumentale commémore la restauration de ses portiques sous les règnes de Valentinien Ier et de Valens, dans la seconde moitié du IVe siècle. Ces travaux, attribués à Publilius Caetonius Caecina Albinus, témoignent du maintien de l'importance symbolique du sanctuaire à une période de réorganisation de la ville.

Progressivement ruiné par les effondrements, les incendies et le remploi des matériaux, le Capitole attire l'attention des premiers voyageurs dès l'époque moderne. Ses vestiges sont dégagés lors des fouilles du XIXe siècle, puis partiellement restaurés sous la direction d'Albert Ballu, qui remet en place deux colonnes monumentales du pronaos. Aujourd'hui, le monument conserve principalement son soubassement, une partie de son péribole et plusieurs éléments architecturaux qui témoignent de son rôle majeur dans le paysage religieux et urbain de Timgad.

Localisation de la cité

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Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.
Localisation du Capitole au centre du site (élément 14, en vert).

Timgad s'élève sur les premières pentes septentrionales du massif de l'Aurès, à la transition entre les reliefs montagneux et les plaines de l'intérieur numide[B 1]. La cité occupe un espace largement dégagé, directement ouvert sur les voies de circulation reliant les zones de plaine aux régions montagneuses, dans un secteur qui constitue à l'époque romaine une limite naturelle stratégique[B 1].

La création de la ville répond avant tout à des préoccupations militaires et territoriales[B 2]. Fondée au pied de l'Aurès, Timgad sert de place de seconde ligne destinée à contrôler les accès vers les massifs et à surveiller les populations montagnardes[B 2]. Cette fonction stratégique influence directement l'organisation de la cité, conçue selon un plan régulier hérité du modèle du camp militaire et protégée par une enceinte défensive[B 3].

Dans le cadre de l'Empire romain, Timgad constitue un exemple représentatif des colonies de droit romain établies en Afrique du Nord[B 4]. Sa situation géographique, à la fois périphérique et stratégique, conditionne son développement urbain et son rôle régional, tout en assurant son intégration aux structures administratives et territoriales de l'Afrique romaine[B 5].

Situation dans la ville et accès

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Vue générale du Capitole de Timgad avec son enceinte monumentale, une rangée de colonnes sur la gauche et les vestiges du temple dominés par deux hautes colonnes, sous un vaste ciel nuageux traversé par des rayons de soleil.
Vestiges du Capitole de Timgad : l'enceinte sacrée et les colonnes du complexe capitolin encadrent les ruines du temple dominant l'ancien centre religieux de la cité romaine.

Le Capitole de Timgad occupe une position structurante dans le tissu urbain, au sud du decumanus maximus et à faible distance de l'arc de Trajan[B 6],[S 1]. Une grande rue dallée se détache de cet axe majeur et conduit directement au sanctuaire, établissant une relation fonctionnelle et visuelle entre le centre civique et l'espace religieux[B 6].

Cette voie, désignée comme la rue du Capitole[N 1], longe d'abord un édifice terminé par une abside avant de traverser un quartier d'habitation largement dégagé lors des fouilles[B 6]. Son tracé en légère montée confère au monument une position dominante qui renforce son caractère monumental et symbolique[B 6]. La progression vers le sanctuaire marque ainsi une transition entre les espaces de circulation de la ville et l'enceinte sacrée du Capitole[B 6].

La façade du sanctuaire s'ouvre sur cette rue par un vaste portique élevé au-dessus du niveau de la chaussée[B 7]. Un escalier de quelques marches permet d'y accéder, accentuant l'effet de monumentalité de l'approche et marquant la séparation entre l'espace urbain et le domaine sacré[B 8]. Au-delà du portique, un second escalier conduit à la grande cour dallée du péribole, vaste espace rectangulaire précédant le temple proprement dit[B 8].

L'organisation de ces accès successifs (rue, portique, cour puis temple) structure un parcours progressif vers le cœur religieux du sanctuaire, conformément aux principes de l'architecture monumentale romaine[B 8]. Le Capitole apparaît ainsi comme un élément majeur de l'urbanisme de la ville antique, directement relié au réseau viaire principal tout en occupant une place dominante dans la hiérarchie monumentale de la ville[B 6].

Histoire de la cité

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La cité de Timgad est fondée en l'an 100 par Trajan, qui y établit une colonie romaine sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus[1],[2]. Implantée à 21 km de Lambèse, sur l'axe reliant cette dernière à Theveste, la ville occupe une haute plaine dominée par le massif de l'Aurès et le mont Bou Arif, dans une position stratégique permettant le contrôle des voies d'accès vers les régions montagneuses environnantes[3]. Son nom officiel, colonia Marciana Traiana Thamugadi, associe la mémoire de Marciana, sœur de Trajan, à un ancien toponyme indigène conservé sous la forme Thamugadi[2]. Les ressources hydrauliques, notamment celles de la source d'Aïn Morris, ainsi que les conditions naturelles favorables, soutiennent rapidement le développement agricole et urbain de la colonie[4],[5].

Durant le Haut-Empire, Timgad connaît une importante prospérité et s'affirme comme une cité civile majeure de Numidie, distincte du rôle plus directement militaire de Lambèse[6]. Cette croissance s'inscrit dans le contexte de la Pax Romana, qui favorise l'intégration des populations locales romanisées au sein des structures civiques et administratives de l'Empire[7]. La cité se dote progressivement de ses principaux monuments publics, parmi lesquels le forum, le théâtre, le marché, le Capitole, les temples et les thermes, tandis que son territoire assure une production agricole diversifiée fondée sur les céréales, l'oléiculture, l'élevage et les ressources forestières[8],[9]. Sous Antonin le Pieux, puis au cours du IIe siècle et au début du IIIe siècle, la ville connaît une phase d'importants travaux d'aménagement : le forum est réorganisé, la curie restaurée, les voies améliorées et de nouveaux édifices monumentaux sont construits, parmi lesquels l'Aqua Septimiana et le temple des eaux[10]. Au début du IIIe siècle, la population de la cité atteint environ 15 000 habitants[11].

À partir du IIIe siècle, et plus nettement au IVe siècle, Timgad devient un important centre chrétien de Numidie. La présence d'un évêque y est attestée dès le IIIe siècle, et l'évêque Novatus participe au concile de Carthage de 256[12],[13]. Plusieurs édifices religieux sont ensuite édifiés, notamment des basiliques, chapelles, baptistères, oratoires et un monastère[13]. La cité devient également l'un des principaux centres du donatisme en Numidie. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad joue un rôle politique et religieux majeur avant d'être arrêté après la chute de Gildon[14]. Lors de la conférence de Carthage de 411, la ville est représentée par deux évêques rivaux, l'un catholique et l'autre donatiste[14].

À la même époque, la cité entre progressivement dans une phase de déclin liée aux troubles de la fin de l'Antiquité. Elle passe sous domination vandale avant d'être affectée par les offensives maures, puis est prise et évacuée au plus tard en 484, sans que toute occupation ne cesse totalement[15],[16]. La reconquête byzantine transforme de nouveau la situation de la ville : en 539, sous l'action du patrice Solomon, Timgad est restaurée et dotée d'un fort byzantin, encore conservé aujourd'hui[13],[17]. Malgré le recul du centre monumental antique, une activité urbaine et religieuse subsiste encore aux VIe et VIIe siècles, comme l'attestent plusieurs dédicaces chrétiennes[18]. Les sources ne permettent toutefois pas de déterminer avec précision les dernières phases d'occupation du site[19].

Histoire du Capitole

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Dessin en coupe montrant la structure interne d'un édifice antique avec gradins, murs et éléments architecturaux.
Coupe longitudinale regardant le Capitole par Albert Ballu.

Le Capitole, dont la construction initiale remonte à une période antérieure au IVe siècle, connaît plusieurs phases de transformations au cours de son histoire[B 7]. Les premiers remaniements identifiables concernent les abords du sanctuaire, notamment la façade donnant sur la rue du Capitole, où sont installées trois auges rectangulaires alimentées par une conduite composée de tubes en poterie[B 7]. Leur forte usure témoigne d'un usage prolongé, tandis que leur implantation paraît liée à une réorganisation tardive de l'entrée du portique[B 7].

Une importante campagne de restauration intervient ensuite dans la seconde moitié du IVe siècle, sous les règnes de Valentinien Ier et de Valens[B 9]. Une inscription gravée sur l'architrave du portique attribue ces travaux à Publilius Caetonius Caecina Albinus, gouverneur de Numidie, qui fait reconstruire et orner de nouveau les portiques du Capitole, alors ruinés et effondrés jusqu'aux fondations[B 9]. La mention d'Aelius Julianus, curateur de la cité pour la seconde fois, permet de situer cette intervention peu après une dédicace effectuée dans le macellum, soit au plus tôt vers 365[B 10].

Ces restaurations s'accompagnent de transformations architecturales importantes. Les portiques latéraux du péribole sont partiellement réaménagés par l'ajout de pièces annexes et de galeries couvertes de type cryptoporticus, tandis que le dallage de la cour est repris à l'aide de nombreux matériaux de remploi, notamment des fragments d'inscriptions et d'éléments architecturaux récupérés dans la ville[B 11],[B 12]. Ces modifications traduisent l'évolution progressive des usages du sanctuaire à l'Antiquité tardive.

Le monument connaît enfin une destruction progressive marquée par des incendies, des effondrements et le démontage systématique des matériaux[B 13]. Les éléments architecturaux et décoratifs du temple sont largement récupérés pour être réutilisés dans des constructions postérieures, notamment durant la période byzantine, ce qui explique l'état très fragmentaire des vestiges lors des fouilles[B 13].

Redécouverte et fouilles

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Gravure ancienne représentant les vestiges du Capitole de Timgad avec plusieurs colonnes encore debout au milieu des ruines, entourées d’une végétation clairsemée et de palmiers.
Dessin de James Bruce représentant le Capitole de Timgad, où l’explorateur observe cinq colonnes encore dressées lors de son passage sur le site le 13 décembre 1765[20],[S 2].

L'état de ruine du Capitole de Timgad attire très tôt l'attention des voyageurs et des premiers observateurs des antiquités nord-africaines[B 13]. Dès le début du XIXe siècle, des relevés et des croquis témoignent de l'aspect encore partiellement conservé du monument[B 13]. Un dessin attribué à l'explorateur James Bruce suggère que certaines parties supérieures, notamment des éléments du fronton et des colonnes, étaient encore visibles avant leur effondrement progressif[B 13].

Au moment de la conquête française, l'état du sanctuaire apparaît déjà très proche de celui observé lors des fouilles[B 13]. Les témoignages graphiques conservés, notamment une aquarelle étudiée par Stéphane Gsell, confirment la disparition des parties hautes et la conservation essentiellement limitée aux structures basses, en particulier le soubassement et les substructions voûtées[B 13].

Les fouilles entreprises à l'époque moderne permettent de dégager les vestiges enfouis et de restituer partiellement le plan du monument[B 13]. Elles mettent au jour une grande quantité de matériaux architecturaux et décoratifs, mêlant pierres de taille, blocs de maçonnerie, fragments de marbre et éléments brûlés, qui témoignent à la fois de la richesse originelle de l'édifice et de la violence de sa destruction[B 13].

Les recherches archéologiques révèlent également l'ampleur des récupérations anciennes[B 13]. Les structures supérieures ayant presque entièrement disparu, les matériaux sont en grande partie remployés, notamment lors des occupations postérieures[B 13]. Cette situation explique le caractère fragmentaire des vestiges actuels et la difficulté de restituer avec précision l'élévation du temple, malgré la clarté relative de son plan au sol[B 13].

Ainsi, la redécouverte du Capitole repose à la fois sur les observations des premiers voyageurs et sur les dégagements archéologiques modernes, qui permettent de comprendre l'organisation générale du sanctuaire tout en révélant l'ampleur des destructions subies au cours des siècles[B 13].


Restauration partielle

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Photographie ancienne montrant les travaux de restauration d'une colonne du Capitole de Timgad, avec une grande structure en bois utilisée pour redresser et consolider la colonne parmi les vestiges antiques.
Restauration de la colonne droite du Capitole de Timgad lors des premières campagnes de conservation.

À la fin du XIXe siècle, le Capitole de Timgad fait l'objet d'une importante campagne de restauration menée dans le cadre des travaux de dégagement et de mise en valeur du site archéologique[21]. Albert Ballu entreprend alors la remise en place de deux des colonnes monumentales du pronaos, effondrées à la suite d'un tremblement de terre[21]. Ces colonnes, hautes d'environ 14 m, reposent sur un soubassement atteignant près de m, portant l'ensemble à environ 20 m au-dessus du sol[21]. Ballu indique également que Bruce avait encore observé cinq colonnes dressées lors de son passage à Timgad le 13 décembre 1765[21],[20].

Les travaux débutent après la consolidation d'une partie des assises du soubassement qui supportaient autrefois les colonnes du pronaos[21]. Une vaste structure de levage en bois, haute de 23 m, est alors installée sur un plan rectangulaire comportant six montants[20]. Les blocs sont hissés à l'aide d'un treuil mobile circulant sur des rails placés au sommet de l'échafaudage[20]. Les tambours des colonnes, dont certains atteignent 6 000 kg, sont assemblés grâce à des tenons en pierre dure noyés dans du mortier de chaux hydraulique et de ciment[20].

Après la remise en place des onze éléments composant la première colonne, l'échafaudage est déplacé afin de procéder à la restitution de la seconde[20]. Cette opération nécessite le soulèvement de la structure de 0,08 m au moyen de crics, puis son déplacement sur des fers plats de 0,02 m d'épaisseur et sur des rouleaux de 0,05 m de diamètre[20]. Une fois les travaux achevés, les deux grandes colonnes rétablies du temple de Jupiter Capitolin dominent de nouveau les ruines du sanctuaire[20].

Architecture

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Plan général

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Plan général du Capitole de Timgad montrant l’organisation du sanctuaire, avec la cella du temple, les alignements de colonnes et l’enceinte monumentale du complexe religieux.
Plan général du Capitole de Timgad présentant la disposition du temple et de son enceinte sacrée.

Le Capitole s'organise selon un schéma monumental caractéristique des sanctuaires de tradition capitoline, associant un temple à une vaste cour à portiques, ou péribole, qui forme l'avant-cour sacrée du monument[B 8],[S 2]. L'ensemble se développe suivant un axe principal structuré par la rue du Capitole, qui débouche sur un portique monumental puis sur une grande cour dallée au fond de laquelle s'élève le temple[B 8],[S 2].

Le péribole, de plan rectangulaire, est entouré de portiques sur plusieurs côtés[B 8]. Les observations récentes permettent de restituer une cour précédée d'une vaste façade à portiques, ouverte sur une esplanade centrale et bordée de galeries latérales soutenues par des alignements de colonnes[S 3],[S 2]. Certains de ces aménagements connaissent des transformations tardives avec l'ajout d'espaces fermés et de galeries couvertes de type cryptoporticus[B 12]. Le temple s'adosse au fond de cette enceinte, disposition fréquente dans les Capitoles provinciaux, où la façade postérieure participe directement à la clôture de l'espace sacré[B 8].

Lors des fouilles, l'élévation du sanctuaire apparaît très ruinée, mais les vestiges permettent encore de restituer une architecture conçue pour produire un fort effet de monumentalité[B 13]. Le temple repose sur un haut podium précédé d'un escalier monumental dont seules les marches inférieures subsistent[B 13],[S 3]. Les études récentes proposent une restitution du monument fondée sur les principes de l'architecture capitoline romaine, avec un vaste escalier axial composé de deux séries de marches séparées par un palier intermédiaire[S 2]. Les structures conservées indiquent que la superstructure comprenait un pronaos à colonnes précédant une cella élevée sur un large perron[B 13].

Le pronaos était précédé d'une façade hexastyle composée de six colonnes libres, disposition correspondant au type hexastylos[S 4]. Derrière cette première rangée prenait place une seconde série de quatre colonnes libres, tandis que les côtés du temple étaient bordés de longues colonnades latérales[S 4]. Selon les restitutions proposées, l'édifice pourrait appartenir au type prostylos pseudodipteros, avec des colonnes engagées dans le mur postérieur, ou au type amphiprostylos, caractérisé par la présence de colonnes libres à l'arrière du sanctuaire[S 4].

La cella, de plan rectangulaire, atteignait environ 17 m de longueur pour 11,2 m de largeur[S 4]. Les hypothèses de restitution suggèrent un espace intérieur divisé en plusieurs zones accessibles par des escaliers latéraux et séparées par des supports maçonnés délimitant le secteur cultuel principal[S 4]. Malgré la disparition des parties hautes, notamment du fronton et des colonnes de façade, les substructions voûtées et les massifs de blocage témoignent encore de la solidité de l'édifice et de l'importance de son développement vertical[B 13].

Ordre architectural et organisation interne

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Fragments architecturaux du Capitole de Timgad, comprenant des chapiteaux corinthiens sculptés, des tambours de colonnes et des blocs de pierre dispersés parmi les vestiges du sanctuaire sous un ciel partiellement nuageux.
Vestiges architecturaux du Capitole de Timgad avec plusieurs chapiteaux corinthiens et éléments de colonnes issus du décor monumental du temple romain.

Le Capitole relève de l'ordre corinthien, caractérisé par l'emploi de chapiteaux richement décorés et par un vocabulaire ornemental élaboré[B 14]. Les chapiteaux, de grandes dimensions, présentent une exécution soignée qui s'inscrit dans les canons classiques de cet ordre tout en témoignant du savoir-faire des ateliers provinciaux[B 14]. L'entablement comprend une frise ornée de guirlandes végétales, associée à une corniche décorée de modillons, d'oves et de denticules, tandis que les soffites reçoivent des motifs végétaux parfois enrichis de figures sculptées[B 15]. Cet ensemble décoratif participe à la monumentalité du sanctuaire et à son inscription dans les traditions architecturales de l'Empire romain[B 15].

La cella du temple, détruite en élévation lors des fouilles, se divise à l'arrière en trois parties correspondant à l'organisation traditionnelle des Capitoles dédiés à la triade capitoline (Jupiter, Junon et Minerve)[B 16]. Le sous-sol est composé de chambres voûtées accessibles par des ouvertures latérales, probablement destinées au stockage et au trésor du sanctuaire[B 14]. Les vestiges révèlent également la présence d'escaliers internes assurant la circulation entre les différents niveaux du bâtiment[B 14].

Autour du temple, le péribole comprend plusieurs espaces annexes associés aux portiques et aux galeries couvertes[B 12]. Ces aménagements accueillent vraisemblablement des fonctions liées à la gestion du sanctuaire, au dépôt des objets cultuels et aux activités religieuses qui se déroulent dans l'enceinte sacrée[B 12].

Dimensions et proportions

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Le Capitole présente des dimensions importantes qui soulignent son statut de monument majeur de la ville[B 14],[S 3]. Le temple lui-même mesure environ 53 m de longueur sur 23 m de largeur, couvrant une surface d'environ 840 m2[B 14],[S 3]. Ces proportions confèrent à l'édifice une présence dominante au sein de son enceinte et traduisent l'importance monumentale du sanctuaire dans le paysage urbain de Timgad[B 14].

La façade principale du monument, tournée vers la voie longeant le rempart antique en direction de la forteresse byzantine, atteignait environ 64,90 m de longueur[S 3]. Elle était précédée d'un portique rythmé par plusieurs colonnes et agrémenté de trois bassins monumentaux assimilables à des fontaines[S 3]. La vaste cour du péribole atteignait environ 62 m de largeur sur 105 m de longueur, constituant un grand espace découvert précédant directement le sanctuaire[B 15]. Des portiques latéraux bordaient cette cour et se développaient jusqu'au mur arrière du bâtiment central[S 3].

Les colonnes du temple, d'une hauteur d'environ 11,77 m, reposent sur des proportions harmonieuses, avec un diamètre décroissant vers le sommet, conformément aux règles classiques de l'architecture antique[B 8],[B 15]. Les portiques latéraux étaient composés d'une série d'environ onze colonnes réparties de manière asymétrique sur les côtés nord et sud[S 3]. L'accès au temple s'effectuait par un escalier monumental initialement composé de trente-huit marches, dont seules quelques-unes demeurent conservées[S 3]. Les deux massifs latéraux soutenant cet escalier atteignaient environ 4,85 m de largeur[S 3].

Au centre de la cour prenait place un autel avancé d'environ 10 m devant les marches du temple[S 3]. Son soubassement rectangulaire, long d'environ m et large de 5,20 m, supportait une dalle de pierre portant une inscription latine[S 3].

L'ensemble du monument, par l'équilibre de ses volumes et la hiérarchie de ses espaces, illustre une adaptation locale des modèles architecturaux romains, combinant monumentalité, fonctionnalité et cohérence formelle[B 8],[S 3].

Techniques de construction et matériaux

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Base antique d'une colonne du Capitole de Timgad, taillée dans la pierre et encore visible sur le podium du temple, avec le paysage des Hautes Plaines en arrière-plan.
Base d'une colonne du Capitole de Timgad conservée sur le podium du temple.

Le Capitole de Timgad met en œuvre des procédés de construction caractéristiques des grands édifices monumentaux d'Afrique romaine, combinant un important noyau de blocage à des parements extérieurs soigneusement appareillés[B 14]. Le soubassement du temple est constitué d'une maçonnerie massive formée de gros blocs liés au mortier, tandis que les parties visibles reçoivent un revêtement régulier en pierre de taille assemblée avec précision[B 14].

Les matériaux employés correspondent à ceux observés dans l'ensemble de la cité[22]. Le grès provenant des carrières voisines sert principalement aux constructions courantes, aux murs et au dallage des voies secondaires[22]. Le calcaire blanc est réservé aux éléments architecturaux les plus élaborés, notamment les chapiteaux, corniches, frises, bases et fûts de colonnes[22]. Le calcaire bleu très dur est utilisé pour les dallages monumentaux et les espaces les plus prestigieux de la ville[22]. Les constructeurs emploient également la brique, le moellon et différents types de marbres destinés aux revêtements et au décor architectural[22].

Les blocs du parement sont reliés par des crampons de bronze scellés au plomb, technique fréquemment utilisée dans l'architecture romaine afin d'assurer la stabilité des élévations[B 14]. Ce dispositif apparaît particulièrement dans les parties basses du temple, où les assises forment un puissant podium destiné à supporter la masse de la superstructure[B 14].

Tambours cannelés de colonnes du Capitole de Timgad abandonnés au sol parmi les vestiges du sanctuaire antique.
Tambours de colonnes du Capitole de Timgad conservés parmi les ruines du temple.

Le sous-sol de la cella comprend plusieurs chambres voûtées séparées par des murs de briques[B 14]. L'usage de la brique dans ces espaces internes contraste avec l'emploi de la pierre de taille dans les parties monumentales visibles, révélant une différenciation des matériaux selon leur fonction[B 14]. Les couvertures associent probablement des charpentes portant des tuiles et des parties voûtées aménagées en terrasses[22].

Les colonnes du temple, composées de tambours superposés, présentent des proportions monumentales[B 15]. Leurs surfaces sont parcourues de cannelures régulières, tandis que les chapiteaux corinthiens, sculptés en plusieurs blocs, témoignent d'une exécution particulièrement soignée[B 15]. L'entablement reçoit également un décor élaboré comprenant frises, corniches et soffites richement ornés[B 15].

Le dallage du péribole et des espaces annexes fait largement appel à la pierre taillée[B 11]. Les états tardifs du monument révèlent cependant une utilisation croissante de matériaux de remploi, notamment des fragments d'inscriptions et d'éléments architecturaux réemployés dans les pavements[B 11]. Cette pratique illustre l'évolution des techniques d'entretien et de restauration à l'Antiquité tardive[B 11].

Les revêtements intérieurs de la cella utilisent enfin des marbres polychromes de grande qualité, parmi lesquels figurent du marbre blanc, de la brèche violette, du rouge antique et du vert antique[B 17]. Ces placages participent au caractère prestigieux et monumental du sanctuaire[B 17].

L'étude des matériaux décoratifs montre que les marbres employés à Timgad ne proviennent pas uniquement d'importations méditerranéennes, mais incluent aussi des ressources régionales, notamment le marbre de Filfila, identifié parmi les éléments architecturaux en marbre blanc et gris retrouvés sur le site[23],[24]. Ce matériau apparaît particulièrement abondant à Timgad par comparaison avec d'autres villes d'Afrique du Nord, ce qui témoigne de réseaux d'approvisionnement régionaux adaptés aux grands programmes monumentaux de la cité[23],[24].

Décor architectural et sculpture

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Décor sculpté

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Dessin d'une balustrade du Capitole de Timgad ornée de motifs géométriques entrelacés et de panneaux décorés de figures animales et humaines.
Balustrade du Capitole de Timgad d'après une photographie réalisée par Albert Ballu.

Le décor sculpté du Capitole de Timgad se distingue par la richesse de son exécution et par la diversité des motifs employés, malgré l'état très fragmentaire des vestiges conservés[B 15]. Les éléments de l'entablement présentent un répertoire ornemental élaboré, comprenant des guirlandes de feuilles de laurier sculptées en demi-relief sur la frise, associées à une corniche ornée de modillons, d'oves et de denticules[B 15]. Les soffites offrent également des compositions végétales développées, parfois enrichies de figures, telles qu'un petit génie nu occupant le centre d'un décor de rinceaux[B 15].

Les fouilles ont livré de nombreux fragments de sculptures, dont certains appartiennent à des statues colossales[B 18]. Parmi ces vestiges figurent des éléments de membres et de têtes en marbre, dont les dimensions indiquent l'existence de figures monumentales[B 18]. L'une d'elles, identifiable par les caractéristiques de son type iconographique, correspond vraisemblablement à une représentation de Jupiter, occupant la position centrale dans la cella[B 18]. Les autres fragments, appartenant à des figures féminines, renvoient plutôt à des représentations d'impératrices ou de personnifications, et non aux divinités capitolines traditionnelles[B 18].

Le décor sculpté se retrouve également dans les éléments de balustrade découverts dans le péribole[B 19]. Ceux-ci présentent une ornementation variée, mêlant motifs géométriques — entrelacs, cercles sécants, étoiles, rosaces et représentations figurées[B 19]. Certaines plaques montrent des scènes avec personnages, animaux ou motifs symboliques, tandis que d'autres comportent des images à caractère apotropaïque[B 19]. L'ensemble de ces sculptures, bien que d'un intérêt artistique inégal, témoigne d'une production décorative abondante et diversifiée au sein du sanctuaire[B 19].

Décor épigraphique

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Fragments d'une inscription monumentale en latin provenant du Capitole de Timgad, gravée sur de grands blocs de pierre et commémorant la restauration des portiques du sanctuaire à l'époque romaine tardive.
Fragments de l’inscription monumentale du Capitole de Timgad commémorant la restauration des portiques sous les règnes de Valentinien Ier et de Valens[25].

Le décor épigraphique du Capitole est dominé par la grande inscription monumentale gravée sur l'architrave du portique d'entrée [B 7]. D'une longueur d'environ m et d'une hauteur proche de m, cette inscription mutilée commémore la restauration des portiques sous les règnes de Valentinien Ier et de Valens[B 7]. Elle attribue ces travaux à Publilius Caetonius Caecina Albinus, gouverneur de Numidie, et mentionne les responsables locaux chargés de leur exécution[B 7].

L'étude de cette inscription révèle qu'elle a été gravée sur un support antérieurement utilisé, dont les traces demeurent visibles sous le texte actuel, témoignant d'un remploi fréquent dans les phases tardives du monument[B 10]. Elle constitue une source essentielle pour la datation des transformations du Capitole et pour la connaissance de l'administration provinciale à l'époque impériale tardive[B 10].

D'autres fragments épigraphiques ont été découverts dans le dallage du péribole, réemployés comme matériaux de construction[B 11]. Parmi eux figurent des éléments d'une inscription monumentale dont les lettres, de grande taille, indiquent une origine prestigieuse[B 11]. Leur dispersion et leur remploi témoignent de la désagrégation progressive du décor initial et de la récupération systématique des matériaux à une époque tardive[B 11].

Fonction religieuse

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La triade capitoline

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Vue du Capitole de Timgad dominant les vestiges de la ville antique, avec ses hautes colonnes encore conservées, l'enceinte du sanctuaire et les ruines urbaines au premier plan, sur fond de collines verdoyantes.
Le Capitole de Timgad surplombe les vestiges du centre monumental de la cité romaine, marqué par les colonnes du sanctuaire et les ruines des édifices environnants.

Le Capitole de Timgad se rattache au modèle religieux romain centré sur la triade capitoline, composée de Jupiter, Junon et Minerve. L'inscription monumentale du portique identifie explicitement l'édifice comme le Capitole de la cité et précise qu'il était entouré de quatre portiques, disposition conforme à celle des sanctuaires capitolins dans les provinces de l'Empire[B 20].

L'organisation interne du temple confirme cette attribution[B 21]. La cella présente une division en trois parties à l'arrière, chacune destinée à recevoir une des divinités de la triade[B 21]. Cette disposition correspond à un schéma largement diffusé, inspiré du Capitole de Rome, où les trois compartiments abritent respectivement les statues de Jupiter au centre, de Junon et de Minerve de part et d'autre[B 21],[B 16].

Les fragments de sculpture découverts dans les fouilles suggèrent la présence de statues monumentales à l'intérieur du sanctuaire[B 22]. L'un des ensembles, attribuable à une figure masculine colossale, correspond vraisemblablement à Jupiter, dont la représentation suit les canons iconographiques traditionnels, assis et dominant les deux autres divinités[B 22].

Pratiques cultuelles

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Les dispositions architecturales du Capitole témoignent des pratiques cultuelles qui s'y déroulent[B 23]. La présence d'un autel situé dans la cour du péribole, à environ 10 m en avant du temple, indique l'emplacement des sacrifices, conformément à l'usage romain qui place l'autel à l'extérieur de la cella pour les rites sanglants[B 23].

Le sous-sol du temple, organisé en chambres voûtées, abrite le trésor du sanctuaire[B 14]. Cette fonction correspond à une pratique répandue dans le monde romain, où les offrandes précieuses et les objets sacrés sont conservés dans des espaces protégés situés sous la cella[B 14].

Les portiques du péribole accueillent également des activités liées au culte[B 23]. Les pièces aménagées le long des galeries peuvent servir de dépôts pour les objets rituels, de lieux de dévotion secondaire ou de boutiques destinées à la vente d'ex-voto[B 23]. Cette organisation reflète un usage complexe de l'espace sacré, associant cérémonies religieuses, gestion du sanctuaire et fréquentation quotidienne par les fidèles[B 23].

État de conservation et protection

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État actuel

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Le Capitole se présente, lors des fouilles, à l'état de ruine avancée, bien que ses vestiges conservent encore un caractère monumental marqué[B 13]. Les parties supérieures du temple ont presque entièrement disparu, tandis que subsistent principalement le soubassement, certaines structures voûtées et plusieurs éléments du péribole[B 13].

L'escalier monumental n'est conservé qu'à sa base, les marches supérieures ayant disparu avec l'effondrement de l'élévation[B 13]. La cella est totalement détruite, et les fouilles révèlent un sous-sol bouleversé contenant des fragments architecturaux, des éléments de marbre et des traces d'incendie, témoignant du pillage et du démantèlement du sanctuaire[B 13].

Le péribole demeure toutefois lisible dans son organisation générale[B 8]. Une partie des portiques, du dallage et des murs périphériques reste identifiable, permettant encore de percevoir les dimensions et l'ordonnance du complexe religieux[B 8]. Malgré les destructions et les réemplois successifs des matériaux, la masse des ruines continue d'illustrer l'importance du Capitole dans le paysage monumental de l'ancienne ville[B 8],[B 13].

Protection et mise en valeur

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Timbre-poste algérien de 1969 représentant le Capitole de Timgad avec ses colonnes restaurées et plusieurs vestiges antiques au premier plan.
Timbre-poste émis par l’Algérie en 1969 illustrant le Capitole de Timgad.

Le Capitole de Timgad fait partie de l'ensemble archéologique de Timgad, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982 en raison de son état de conservation et de son importance dans l'étude de l'urbanisme romain en Afrique du Nord[26]. Le monument bénéficie ainsi d'un cadre de protection national et international visant à préserver les vestiges antiques ainsi que leur environnement archéologique.

La protection du site relève de la législation algérienne sur le patrimoine culturel, notamment la loi no 98-04, qui encadre les opérations de restauration, de fouilles et d'aménagement dans les zones classées[27]. Cette réglementation impose également des mesures de sauvegarde des abords du site et prévoit la mise en place de secteurs protégés afin de limiter les atteintes au paysage historique[N 2]. Un Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur (PPMVSA) encadre les modalités d'intervention et de conservation sur l'ensemble du site archéologique[26].

La gestion du théâtre est assurée par l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés, en coordination avec les autorités culturelles et locales[26]. Les opérations de conservation prennent en compte les effets de l'érosion, des dégradations matérielles et de la fréquentation touristique, dans un contexte où les vestiges demeurent particulièrement exposés aux facteurs naturels et humains.

La mise en valeur du Capitole dépasse le seul cadre archéologique et patrimonial[28]. En 1969, le monument figure sur un timbre-poste émis par l'Algérie, qui représente les colonnes restaurées du sanctuaire et plusieurs vestiges antiques au premier plan[28]. Cette émission philatélique témoigne de la place du Capitole dans l'imaginaire patrimonial national et de son utilisation comme symbole de l'héritage antique de Timgad[28].

La représentation du monument sur un support de grande diffusion contribue également à faire connaître le site au-delà du cadre scientifique et touristique[28]. Par son image, le Capitole apparaît comme l'un des éléments les plus reconnaissables de Timgad, associé à la monumentalité de la ville romaine et à la valorisation du patrimoine archéologique algérien[28].

Comparaisons

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Capitoles d'Afrique romaine

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Vestiges du Capitole de Lambèse à Tazoult, avec les fondations du temple, des blocs monumentaux et plusieurs tambours de colonnes dispersés au premier plan sous un ciel nuageux.
Vestiges du Capitole de Lambèse à Tazoult, ancienne cité romaine située à proximité de Timgad.

Le Capitole de Timgad s'inscrit dans une tradition architecturale largement attestée en Afrique romaine, où de nombreuses cités possèdent un sanctuaire dédié à la triade capitoline[B 24]. Les témoignages épigraphiques et archéologiques permettent d'identifier plusieurs exemples, notamment à Carthage, Lambèse, Dougga ou encore Cirta, même si leur état de conservation demeure très inégal[B 24].

Malgré la diversité des plans et des dimensions, ces monuments présentent des caractéristiques communes[B 25]. Ils associent généralement un temple à une vaste cour, ou area, souvent entourée de portiques, et destinée à structurer l'espace sacré[B 25]. Cette organisation se retrouve clairement à Timgad, où le péribole constitue un élément essentiel de la composition monumentale[B 25].

L'organisation interne du sanctuaire offre également des points de convergence[B 21],[B 26]. La division de la cella en plusieurs espaces, correspondant aux différentes divinités de la triade, apparaît comme un principe largement répandu, même si sa mise en œuvre varie[B 21],[B 26]. Certains édifices présentent trois chambres distinctes, tandis que d'autres adoptent des solutions alternatives, comme des niches multiples ou des temples juxtaposés[B 21],[B 26].

Ces comparaisons montrent que le Capitole de Timgad participe pleinement d'un modèle architectural diffusé dans les provinces africaines, tout en présentant des adaptations liées au contexte local, notamment dans l'organisation de son péribole et dans les transformations qu'il subit au cours de l'Antiquité tardive[B 25].

Comparaisons dans l'Empire

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Maquette représentant le temple de Jupiter Capitolin et le Capitole dans la Rome impériale, avec les grands portiques, les temples annexes et l'organisation monumentale de la colline capitoline.
Le temple de Jupiter et le Capitole, maquette de la Rome impériale au Musée de la civilisation romaine.

À l'échelle de l'Empire romain, les Capitoles provinciaux s'inspirent du modèle du Capitole de Rome, considéré comme référence architecturale et religieuse[B 25]. Les cités qui érigent un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve cherchent à reproduire, dans leurs grandes lignes, l'organisation du sanctuaire capitolin de la capitale[B 25].

Ce modèle repose sur deux éléments essentiels, la présence d'une vaste enceinte précédant le temple et la division interne de la cella en plusieurs espaces distincts[B 21]. Le Capitole de Rome présente ainsi une structure où trois compartiments abritent les statues des divinités principales, disposition que l'on retrouve, sous des formes variées, dans les provinces[B 21].

Des parallèles peuvent également être établis avec certains sanctuaires d'Italie, comme celui de Pompéi, dont la cella comporte plusieurs compartiments, ou avec des ensembles monumentaux où la cour et les portiques jouent un rôle structurant[B 27]. Ces analogies soulignent la diffusion d'un modèle architectural commun, adapté selon les traditions locales et les contraintes topographiques[B 27].

Dans ce contexte, le Capitole de Timgad apparaît comme une interprétation provinciale fidèle aux principes du modèle romain, tout en intégrant des particularités propres à l'architecture africaine, notamment dans l'ampleur de son péribole et dans l'évolution de ses structures au fil du temps[B 25].

Notes et références

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  1. L'appellation « Rue du Capitole » apparaît dans l'ouvrage d'Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l'Empire romain : Le Forum (Paris, Ernest Leroux, 1905).
  2. La loi algérienne no 98-04 relative à la protection du patrimoine culturel définit le patrimoine national comme l'ensemble des biens culturels immobiliers, mobiliers et immatériels hérités des différentes civilisations, et fixe les règles de leur protection, sauvegarde et mise en valeur.

Références

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  • Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l’Empire romain : Le Forum, Paris, Ernest Leroux, 1905, XXII-362 p.
  1. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. ii–iv.
  2. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. iv.
  3. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 349.
  4. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. v.
  5. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. iv–v.
  6. 1 2 3 4 5 6 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 153.
  7. 1 2 3 4 5 6 7 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 154.
  8. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 168.
  9. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 154-155.
  10. 1 2 3 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 155.
  11. 1 2 3 4 5 6 7 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 169.
  12. 1 2 3 4 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 173.
  13. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 175.
  14. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 176.
  15. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 177.
  16. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 178.
  17. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 179.
  18. 1 2 3 4 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 180-181.
  19. 1 2 3 4 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 170-172.
  20. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 156.
  21. 1 2 3 4 5 6 7 8 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 160.
  22. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 181.
  23. 1 2 3 4 5 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 174.
  24. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 156-158.
  25. 1 2 3 4 5 6 7 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 159.
  26. 1 2 3 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 164.
  27. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 161.
  • (ar) Ezzedine Sadiki, « دراسة لمخططات المعابد الرومانية في موقع تيمقاد الاثري » [« Étude des plans des temples romains du site archéologique de Timgad »], Revue d'études archéologiques, vol. 21, no 1, , p. 21-39, article no 243593.
  1. Sadiki 2024, p. 28.
  2. 1 2 3 4 5 Sadiki 2024, p. 30.
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Sadiki 2024, p. 29.
  4. 1 2 3 4 5 Sadiki 2024, p. 31.
  • Autres sources
  1. CIL VIII, 2355 = 17842 et 17843
  2. 1 2 Henriette Doisy, « La politique municipale de l'empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime-Sévère », Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. 65, , p. 96-101 (DOI 10.3406/mefr.1953.7383 Accès libre).
  3. Paul Corbier, Timgad, son développement urbain, ses notables : Urbanisme et urbanisation en Numidie militaire (Actes du colloque organisé les 7 et 8 mars 2008 par l'université Lyon 3, Paris, Agnès Groslambert, , p. 182.
  4. Albert Ballu, Les ruines de Timgad, Paris, Ernest Leroux, , 301 p. (lire en ligne Accès libre), p. 95.
  5. Morizot 1994, p. 231-233.
  6. Ballu 1905, p. 4-5.
  7. Philippe Lamarque, Les très riches heures de l'Algérie de l'Antiquité à la Belle Epoque, Sommières, (ISBN 2843501385), p. 17.
  8. Ballu 1905, p. 9-10.
  9. Morizot 1994, p. 232-236.
  10. Serge Lancel, L'Algérie antique, Paris, Sommières, , 259 p. (ISBN 2844591914), p. 112-114.
  11. André Chastagnol, L'album municipal de Timgad, vol. 22, Bonn, Hablet, , 109 p. (ISBN 3774913919), p. 89.
  12. Courtois Christian, Timgad: antique Thamvgadi, Imprimerie officielle, , 103 p., p. 20.
  13. 1 2 3 Paul Monceaux, « Timgad chrétien d'après les dernières fouilles », Journal des savants, vol. 10, no 2, , p. 55-62 (lire en ligne Accès libre) .
  14. 1 2 Albert Ballu, Les ruines de Timgad (antique Thamugadi) : Sept années de découvertes (1903-1910), Paris, Neurdein Frères, , 186 p. (lire en ligne Accès libre), p. 32 .
  15. Morizot 1990, p. 1106.
  16. Courtois Christian, Timgad, Société nationale des entreprises de presse, , 8 p., p. 1-8.
  17. Pierre Morizot, « Recherches sur les campagnes de Solomon en Numidie méridionale (535-539) », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, CRAI, vol. 137, no 1, , p. 83-106 (DOI 10.3406/crai.1993.15188 Accès libre) .
  18. Morizot 1990, p. 1106-1180.
  19. Paul-Albert Février, Approches du Maghreb romain pouvoirs, différences et conflits, vol. 1, Aix en Provence, Edisud, coll. « études massalie », (ISBN 9782857444039), p. 72-73.
  20. 1 2 3 4 5 6 7 8 Ballu 1903, p. 80.
  21. 1 2 3 4 5 Ballu 1903, p. 79.
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  23. 1 2 Tykot et al. 2018, p. 467-468.
  24. 1 2 Tykot et al. 2018, p. 473.
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  28. 1 2 3 4 5 Hamid Bessalah, Encyclopédie du Timbre Algérien, France, Imprimeries Rimbaud - Hémisud, , 957 p. (ISBN 978-9947-0-2275-7, lire en ligne Accès libre), p. 196-197

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages généraux ou sur le site archéologique

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  • Albert Ballu, Timgad : une cité africaine sous l'Empire romain : Introduction, Paris, Ernest Leroux, , 493 p. (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Albert Ballu, Guide illustré de Timgad (Antique Thamugadi), Paris, Neurdein Frères, (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l’Empire romain : Le Forum, Paris, Ernest Leroux, (lire sur Wikisource), p. 1-91. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Morizot, Encyclopédie Berbère. Gabriel Camps (dir.) : Aurès, vol. 8, Aix-en-Provence, Edisud, (ISBN 2857444613, lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Morizot, Timgad et son territoire », dans Yann Le Bohec dir : L'Afrique, la Gaule, la religion à l'époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay., Bruxelles, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (ar) Ezzedine Sadiki, « دراسة لمخططات المعابد الرومانية في موقع تيمقاد الاثري » [« Étude des plans des temples romains du site archéologique de Timgad »], Revue d'études archéologiques, vol. 21, no 1, , p. 21-39, article no 243593 (lire en ligne Accès libre, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Robert H. Tykot, Ouahiba Bouzidi, John J. Herrmann et Annewies van den Hoek, « Marble on Rome's Southwestern Frontier: Thamugadi and Lambaesis », American Journal of Archaeology, vol. 122, no 3, , p. 465-494 (lire en ligne Inscription nécessaire). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Ouvrages sur le Capitole

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  • Albert Ballu, « Remise en place de deux colonnes du Capitole », dans Les ruines de Timgad (antique Thamugadi) : Nouvelles découvertes, t. II, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne Accès libre), p. 79-80. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes

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